L214, l'association qui dérange

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À force de pétitions, de campagnes sur le terrain et de vidéos, L214 réussit à faire d’elle parler auprès des distributeurs et des industriels. Mais qui est-elle vraiment et que veut-elle ?

La diffusion, en mars dernier, d’une vidéo de L214 tournée en caméra cachée dans un abattoir de Mauléon, au Pays basque, montrant la maltaitance d’animaux vivants, a suscité l’émoi des Français, et une vive réaction du ministre de l’Agriculture.
La diffusion, en mars dernier, d’une vidéo de L214 tournée en caméra cachée dans un abattoir de Mauléon, au Pays basque, montrant la maltaitance d’animaux vivants, a suscité l’émoi des Français, et une vive réaction du ministre de l’Agriculture.© © L214 - Éthique & animaux

«Ils ne sont pas méchants, mais fatigants. » « On les a rencontrés deux ou trois fois, notamment au sujet des œufs de poules élevées en batterie. » « Ce sont des ultras. Ils sont contre l’élevage, comment voulez-vous discuter avec eux ? » « Ils » ? Ce sont les militants de l’association de protection des animaux L214. Et autant dire qu’il n’est pas aisé de délier les langues des distributeurs et des industriels de l’agroalimentaire à leur sujet. « On n’a pas envie qu’ils s’intéressent à nous », lâche l’un d’entre eux, sous couvert d’anonymat.

La réflexion fait sourire Brigitte Gothière, cofondatrice et porte-parole de L214. En cette fin de mois de mars pluvieux, la jeune femme au chignon sage et aux petites lunettes enchaîne les plateaux radio et télé. Après la diffusion d’une vidéo tournée en caméra cachée dans un abattoir de Mauléon, au Pays basque, montrant des images d’animaux écartelés vivants, la France est en émoi. Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, tape du poing sur la table, ordonnant des inspections spécifiques sur la protection animale dans les abattoirs, et exigeant que les responsables du bien-être des animaux au sein des abattoirs bénéficient d’un statut particulier équivalent à celui de « lanceur d’alerte ».

Une mécanique bien huilée

Loin des projecteurs, Brigitte Gothière retrouve le calme dans le local de l’association, situé dans le XIXe arrondissement de Paris, et prend le temps de répondre aux questions de LSA. L214 a été créée en 2008 par une poignée de militants végétariens issus de l’association Stop Gavage, née en 2003 pour faire cesser la production de foie gras. En 2008, l’action est élargie à la défense des animaux d’élevage, qu’il s’agisse de leurs conditions d’abattage ou de transport. Le nom de L214 fait référence à un article du code rural qui, à partir de 1976, désigne les animaux comme des êtres sensibles. L’association compte une quinzaine de salariés et 12 000 adhérents. Son budget 2015 s’élève à 500 000 €, alimenté pour l’essentiel par les cotisations et les donations des adhérents. De quoi poursuivre le combat, mais aussi payer les amendes de l’association à la suite de ses condamnations en justice. « L214 donne une nouvelle image des protecteurs des animaux, qui ne sont pas tous des illuminés », assure Virginie de Baler, militante de 33 ans.

Loin des opérations trash dont certaines associations se font une spécialité – on pense aux happenings de 269 Life France, au cours desquels les militants n’hésitent pas à se recouvrir de faux sang ou à se faire pendre par les pieds –, la mécanique de L214 est bien huilée. « Nous menons des enquêtes sectorielles très fouillées, sur le terrain, mais aussi en épluchant différents supports d’information, notamment la presse scientifique. Notre objectif est de soulever auprès de l’opinion publique la question de ce que l’on fait aux animaux », insiste Brigitte Gothière.

Le travail d’enquête est complété par la diffusion de vidéos chocs, suivie de pétitions lancées auprès du grand public. Diffusée en février 2016, la vidéo tournée dans l’abattoir du Vigan, dans le Gard, a été vue plus de 1,8 million de fois, celle d’Alès tournée en octobre 2015 plus de 2,3 millions. La méthode fait grincer des dents : « La vidéo du Vigan a été diffusée six mois après son tournage. Si la cause de L214 est de défendre les animaux, pourquoi attendre si longtemps ? Ces images qui culpabilisent les citoyens sont diffusées au nom de la seule cause végane et d’un monde sans élevage », s’agace un professionnel.

Adepte des réseaux sociaux

Mais avec 460 000 fans sur Facebook et 12 000 followers sur Twitter, L214 a réussi à tisser sa toile sur les réseaux sociaux. Les militants reçoivent un magazine. Sur son site, un agenda permet de se tenir au courant des prochains événements : conférence, distribution de tracts, repas vegan…

De quoi faire trembler distributeurs et industriels ? « Notre but n’est pas de leur jeter l’opprobre. Au contraire, on voudrait s’en faire des alliés, car eux seuls peuvent changer les choses », lâche Brigitte Gothière. Et de citer l’exemple de Monoprix, qui, ne commercialise plus à sa marque, depuis février 2013, des œufs de poules élevées en batterie, ou, plus récemment, celui de Michel et Augustin, qui, après plusieurs mois d’échange et une campagne d’information publique, s’est engagé à ce que la totalité de sa gamme soit exempte d’œufs de batterie d’ici à octobre 2016. De même, L214 a lancé une campagne « Secouez Super U » afin que l’enseigne retire les œufs de batterie de ses linéaires. « Sur une trentaine de références, une vingtaine sont issues de poules élevées en plein air. Pour autant, Super U n’a pas l’intention d’arrêter complètement les œufs classiques car, derrière, il y a tout une filière d’élevage, et des consommateurs qui veulent avoir le choix », lâche un cadre de l’enseigne. Une idée de la liberté qui, aux yeux de L214, trouve ses limites…

Ses moyens

  • Un budget de 500 000 €
  • Une quinzaine de salariés
  • 12 000 adhérents

Son combat

Inspirée de l’antispécisme (mouvement qui refuse la discrimination faite entre les humains et non-humains), L214 dénonce la maltraitance animale et prône le véganisme, c’est-à-dire un monde sans élevage.

Sa cible

99 % des animaux d’élevage sont destinés à être consommés. L214 vise donc les distributeurs et les industriels qui adoptent un ton de communication ouvert et mettent en avant leurs efforts en matière de développement durable.

Ses principales campagnes contre l’agroalimentaire

« Monoprix, les cages, ça suffit ! »

Après quinze mois de campagne de L214, Monoprix jette l’éponge en février 2013 et annonce par un communiqué la fin de la commercialisation à sa marque des œufs de batterie.

« Secouez Super U »

L’association continue son action auprès des supermarchés du groupe Système U afin d’obtenir le retrait des œufs de batterie de leurs rayons. Une pétition est en ligne sur le site internet de L214.

« Michel et Augustin, les trublions du dégoût »

D’ici à mai, l’ensemble des biscuits salés et sucrés seront produits avec des œufs de poules élevées en plein air ou au sol. D’ici à la fin de l’année, il en sera de même pour les mousses au chocolat. L214 faisait campagne auprès de la marque depuis 2015.

Carnet des décideurs

Sandra Hazelart

Sandra Hazelart

Directrice ressources humaines du groupe Monoprix

Emmanuel Gabriot

Emmanuel Gabriot

Responsable du marché liquides et surgelés de Monoprix

Karine Viel

Karine Viel

Directrice du développement durable & déléguée générale de la fondation […]

Pierre-Marie Desbazeille

Pierre-Marie Desbazeille

Directeur de la clientèle de Monoprix

Corinne  Dauby

Corinne Dauby

Directrice alimentaire et directrice des marques propres alimentaires et beauté de Monoprix

Nicolas Bonnetot

Directeur de l'offre alimentaire et parfumerie du groupe Monoprix

Diane Coliche

Diane Coliche

Directrice administrative et financière de Monoprix

Florence Chaffiotte

Florence Chaffiotte

Directrice marque et digital de Monoprix

Françoise Combis

Françoise Combis

Directrice des achats beauté de Monoprix

François Morice

François Morice

Directeur des opérations e-commerce de Monoprix

Stephanie Buret-Cruiziat

Stephanie Buret-Cruiziat

Directrice de l’e-commerce du groupe Monoprix

Franck Poncet

Franck Poncet

Directeur général de Naturalia France

Robert Belleudy

Robert Belleudy

Ex-directeur des exploitations du groupe Monoprix et président de Naturalia, […]

Lilian Rosas

Lilian Rosas

Directrice de l’offre textile, Maison-Loisirs de Monoprix

Valérie Decaux

Valérie Decaux

Directrice des ressources humaines, de la communication et du développement durable de Monoprix

David Murciano

David Murciano

Directeur finance et développement de Monoprix

Pascale Cartier

Pascale Cartier

Présidente du réseau de magasins bio La Vie Saine

Béatrice Grenade

Béatrice Grenade

Directrice marketing de Linkfluence

Dominique Benoit

Dominique Benoit

Directeur franchise et immobilier de Monoprix

Régis Schultz

Régis Schultz

Président de Monoprix

Arthur de Fouquières

Arthur de Fouquières

Franchisé Monop'

Augustin Paluel-Marmont

Augustin Paluel-Marmont

Co-fondateur de Michel & Augustin

Michel De Rovira

Co-fondateur de Michel & Augustin

Patrick Oualid

Directeur e-commerce de Monoprix

Sophie Remusat

Sophie Remusat

Directrice des ressources humaines de Michel & Augustin

Cécile Cloarec

Cécile Cloarec

Ancienne directrice des ressources humaines, du développement durable et de la […]

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Article extrait
du magazine N° 2408

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