La baisse des impôts n’aura probablement pas lieu avant... 2018

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Depuis des mois, il est question d’une baisse d’impôts pour les Français, notamment les classes moyennes. Manuel Valls l’a encore évoquée sur BFM TV. Mais en réalité, elle ne pourra pas avoir lieu avant 2018, compte tenu du prélèvement à la source. Et globalement, la fiscalité augmente bien plus que les baisses d’impôts sur le revenu annoncées…

Le Premier ministre a annoncé qu'il y aurait assez de croissance pour baisser les impôts
Le Premier ministre a annoncé qu'il y aurait assez de croissance pour baisser les impôts© gouvernement.fr

C’est parti pour les annonces de baisse de l’impôt sur le revenu des Français, que le président de la République, avant l’été, avait évoqué , “si la croissance était au rendez-vous”. Manuel Valls, sur BFM TV, est revenu sur le sujet, estimant que tous les indicateurs montraient que la croissance - 1,5 % en 2016 et 2017 - serait là. Et que donc, il y aurait une baisse d’impôts. Sans citer de chiffres, mais le montant global de la baisse serait de 2 milliards, et orienté plutôt vers les classes moyennes, qui ont payé le plus lourd tribut depuis 2012 au renflouement des caisses de l’Etat.

Mais en réalité, cette annonce a tout du trompe-l’oeil. Car si l’on suit bien le calendrier du gouvernement, le prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source sera appliqué à partir de janvier 2018, sur les impôts de 2018. En 2017, les Français paieront l’impôt sur leur revenu de 2016, c’est à dire avec un an de décalage, comme à l’accoutumée. L’année 2017 sera donc une année fiscale “blanche”, c’est à dire que les Français ne paieront pas d’impôts. Et donc, réduire de 2 milliards - sur les 72 milliards d’impôts sur le revenu - un impôt qui ne sera pas payé, revient à ne rien déduire du tout pour 2017. La mesure ne s’appliquera donc qu’en 2018, c’est à dire après l’élection présidentielle. Si bien sûr le gouvernement mis alors en place respecte la promesse. Pas si sûr : la droite n’est pas pressée de réduire l’impôt sur les ménages, elle préfère alléger le fardeau des entreprises pour que celles-ci créent des emplois.

22 milliards d’impôts en plus en 2016 qu’en 2010

La situation est d’ailleurs assez floue. De quoi va-t-on parler lors de la loi de Finances pour 2017, dans les prochaines semaines ? Normalement, on ne devrait pas parler de l’impôt sur le revenu, puisqu’il n’y en aura pas. Ni de l’impôt sur le revenu de 2018, puisque celui-ci est débattu, normalement, dans les derniers mois de 2017. On s’étonne qu’aucun commentateur n’ait abordé la question sur cette baisse fictive pour l’année qui vient. Et le chef du gouvernement s’est lui aussi bien gardé d’évoquer ce qu’il ne peut pourtant ignorer. Et les deux milliards de baisse restent bien modestes en regard de la hausse de l’impôt sur le revenu depuis 2012, lequel est passé de 50 à 72 milliards d’euros. Le pic a été atteint en 2015, et le niveau d’impôt est désormais stabilisé à ce montant plateau. C’est 22 milliards d’euros de plus chaque année, par rapport à il y a cinq ans.

En réalité, la loi de Finances pour 2017 ne parlera évidemment pas que de l’impôt sur le revenu. Elle doit aussi évoquer l’impôt sur les sociétés - qui lui aussi se stabilise à un plancher de 2010 - après avoir fortement augmenté jusqu’en 2014 - à 33 milliards d’euros. L’effet CICE et crédit d’impôt recherche tourne désormais à plein. Mais la discussion sur le budget au Parlement sera également consacrée aux taxes diverses, qui foisonnent. La TVA, notamment, rapporte 3,6 % de plus que l’an dernier, avec 144,6 milliards de recettes attendues pour 2016 - contre 127 en 2010, par exemple. La flambée touche aussi la TIPCE (énergie, carburants), passée de 14 à 16 milliards d’euros. Et enfin, diverses taxes de poche, comme la taxe Grand Paris étendue à toutes les régions (600 millions d’euros) et éventuellement la hausse de la TVA sur les barres chocolatées, qui passerait de 5,5 % à 20 %, si la proposition du député Razzy Hammadi est adoptée, et pourquoi pas quelques taxes “affectées”, comme l’an dernier pour les huiles et corps gras.

Nouvelle hausse des taxes sur le gasoil

Il y a aussi les taxes sur le gasoil, qui doivent être revues à la hausse, et toutes ces taxes bien cachées au sein de la facture d’électricité, des assurances. Enfin, sera discuté aussi le projet de loi de finances de la sécurité sociale. Et là, en augmentant le prix des médicaments et des consultations, mais en diminuant les remboursements, les Français se voient soit puiser dans leur porte-monnaie, soit payer plus cher leur mutuelle, et le plus souvent les deux. Heureusement - mais il ne faut pas trop le répéter aux industriels et aux agriculteurs, la baisse des prix permet de compenser un peu la perte liée aux dépenses contraintes. Et favorise donc un peu le pouvoir d’achat. Il est d’ailleurs en hausse sensible.

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