La bascule du bio [Edito]

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Yves Puget

Moins 6,7 % ! Le recul des ventes de produits bio en GMS au premier trimestre interpelle, et la question du pouvoir d’achat n’explique pas tout. Certes, certains prix sont devenus insupportables pour des consommateurs qui ont du mal à finir leurs fins de mois. Mais il ne faut pas s’en servir comme alibi pour se voiler la face. Pour commencer, il convient de « revenir sur terre ». Le bio bute toujours sur ce que certains appellent un plafond de verre aux alentours de 5 % des ventes des PGC-FLS. Ceux qui ont cru qu’il deviendrait un marché de masse et même la norme se sont quelque peu emballés, pour ne pas dire fourvoyés. Tous les Français ne veulent pas manger bio et toute la production agricole ne peut pas être bio. Un constat encore plus criant avec les conséquences de la guerre en Ukraine.

Ensuite, les acteurs du bio, parfois pétris de certitudes, n’ont pas assez vu les réactions des autres marchés (ou n’y ont pas cru) et ont sous-estimé les nouvelles tendances. Il est évident que les Français réclament de plus en plus de circuits courts. Et certains ont abandonné le bio au profit de marques « terroirs ». Parce qu’ils ne sont pas totalement convaincus des valeurs du bio et sans doute parce qu’ils n’en connaissent que trop vaguement la définition. Mais aussi parce que des acteurs sont allés trop loin dans l’importation, notamment de fruit et légumes. Le made in France a aussi fait son œuvre. Les distributeurs ont donné de la place en rayons aux produits venant de PME françaises et les consommateurs se sont laissés séduire par ces produits locaux ou régionaux. N’oublions pas que, souvent, l’offre crée les marchés…

Mais ce n’est pas tout. Les entreprises de taille intermédiaire et les multinationales ont vu le danger venir et elles ne sont pas contentées de développer leur offre bio, souvent dans un temps record. Elles ont également revu leurs approvisionnements et leurs recettes. Les Français ont alors compris que des grandes marques, elles aussi, jouent la carte de la responsabilité. Et pour terminer, les consommateurs n’y comprennent plus rien dans les labels et normes qui se multiplient et apportent plus de confusion que de clarification. Un brouillard volontaire ou involontaire entre le label AB, la certification européenne, la HVE et autres affirmations qui ne sont pas toujours des certifications. Résultat, un même produit peut porter plusieurs dizaines de tampons !

Pour le bio, les difficultés sont donc réelles et multiples, et les belles années paraissent déjà loin. Les acteurs peuvent toujours se dire qu’il s’agit avant tout d’un problème de croissance (trop rapide), plus que d’un rejet ferme des consommateurs. Ce qui est vrai. Mais ils doivent se retrousser les manches, ce qui est amorcé, et abandonner les querelles picrocholines (« le » ou « la » bio…), réaffirmer leur positionnement, élargir leur territoire (sur le non-alimentaire…), arrêter la course folle aux ouvertures de magasins, s’appuyer sur l’e-commerce, rationaliser ou améliorer leur offre, miser sur le local, effacer des mauvaises pratiques… Alors, le bio, qui porte de vraies valeurs, repartira de l’avant et cette mauvaise passe ne sera que conjoncturelle. Tel est l’intérêt de tous. 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2700

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