La bataille mondiale du lait fait rage

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L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINETout le monde veut une place de premier ordre sur l'échiquier mondial des produits laitiers, des groupes connus (Lactalis, Danone, Pepsico) jusqu'aux ambitieuses nouvelles stars des pays émergents (Bright Foods, Lala). Car les pays en développement représentent un potentiel en pleine explosion...

Les grandes manoeuvres
Les grandes manoeuvres©

Les grandes manoeuvres

MARS 2011 General Mills rachète 51 % du groupe Yoplait, au nez et à la barbe de nombreux autres prétendants internationaux. MARS-AVRIL 2011 Lactalis monte progressivement au capital de l'italien Parmalat et lance une OPA le 26 avril sur l'ensemble des titres restants. DÉCEMBRE 2010 PepsiCo achète 66 % du russe Wimm-Bill-Dann pour 3,8 milliards d'euros. Wimm-Bill-Dann est un acteur majeur des jus de fruits et des produits laitiers dans son pays. JUIN 2010 Signature d'un accord de fusion des activités produits laitiers frais de Danone dans les pays de la zone CEI (Russie, Ukraine, Kazakhstan, Biélorussie) avec celles de la société russe Unimilk.

Tenir à jour un classement des entreprises laitières est un véritable sport. À chaque semaine son actualité, la dernière en date étant le déclenchement, la semaine dernière, de l'OPA du français Lactalis sur l'italien Parmalat. Cette opération d'un montant important (3,4 milliards d'euros) devrait donner naissance, en cas de succès, au premier groupe laitier mondial avec un chiffre d'affaires cumulé de 14 milliards d'euros. L'ambition est de faire de Parmalat un acteur de référence dans le lait de consommation au niveau mondial, en atteignant une taille critique. Mais Lactalis entrevoit un double intérêt à l'opération, puisque « l'expansion sur les marchés en fort développement comme le Brésil, l'Inde, la Chine, dans lesquels la présence des deux groupes est limitée, pourrait être rendue plus efficace par le biais d'une intervention commune », précise le groupe de Laval (Mayenne).

 

Un secteur en pleine consolidation

Cette opération, qui vient s'ajouter à une liste déjà bien fournie ces derniers mois (voir carte), achèvera de convaincre que le secteur est en pleine consolidation, avec des marges de manoeuvre considérables tant le potentiel est là. Personne ne veut rater le train en marche, car « à moyen et long terme, le développement de la demande mondiale en matière de lait et de produits laitiers est assez soutenue », soulignait le Centre national interprofessionnel de l'industrie laitière (Cniel) lors d'un récent point de conjoncture. Avec la forte volatilité de la matière première et des zones matures où la consommation évolue peu, les entreprises n'ont d'autre choix que de se racheter entre elles pour grossir. Un adage valable pour les grands (General Mills-Yoplait, Bel-Boursin, Lactalis-Parmalat), les opérateurs de taille moyenne (Senoble effectue des rachats en Espagne, en Angleterre), mais également les plus petits... « Les transactions s'accélèrent, car la rentabilité du secteur est assez faible », ajoute un expert. Cette force de frappe possède aussi son intérêt pour attaquer de nouveaux marchés, aux perspectives alléchantes.

 

Le lait se tourne vers l'international

La nouveauté est que les pays émergents, généralement faibles consommateurs de produits laitiers, se tournent de plus en plus vers l'or blanc. Faute de disponibilités suffisantes, ces acteurs locaux sortent du bois et tentent d'accéder à ce marché mondial. Si l'on ajoute que les sociétés déjà bien établies cherchent à prendre ou à consolider des positions dans ces mêmes zones, tous les ingrédients sont réunis pour promettre une belle foire d'empoigne, illustrée lors de la mise en vente de 50% de Yoplait. L'engouement planétaire pour ce dossier a été sans précédent, émanant parfois de groupes assez peu connus comme Bright Foods (Chine) ou Lala (Mexique), tous attirés par une marque à forte notoriété et une implantation géographique de premier ordre, majoritairement tournée vers l'international. « Cet intérêt est dû au fait que les marques sont de plus en plus mondiales et attrayantes. Bright Foods est limité en Chine, et Lala voyait certainement une occasion de sortir du Mexique et de devenir un poids lourd mondial du secteur », analyse un industriel qui possède des années d'expérience en la matière. Car pour rassurer les consommateurs sur une catégorie assez sensible sanitairement parlant, la marque apparaît comme un signe de garantie supplémentaire, de nature à aider au développement de la consommation.

À titre de comparaison, les Européens engloutissent annuellement environ 290 kg de produits laitiers par habitant (voir carte), contre 96 kg en Inde. Si ce chiffre n'y atteindra peut être jamais celui des zones matures (pour des raisons de régime alimentaire, d'intolérance, etc.), le différentiel est assez énorme pour justifier un intérêt. « Le niveau de consommation des produits laitiers en Chine augmente de 10% par an, et même de 20% pour les yaourts. Pour alimenter cette croissance, nous avons recours à l'import pour moitié », indiquait à LSA Wang Lili lors de la tournée des dirigeants de Bright Foods en France au mois de mars. Pour convaincre PAI de vendre sa participation dans Yoplait, la directrice stratégie et acquisition du groupe laissait entendre que les ventes de la marque à la petite fleur en Chine pourraient y atteindre « 200 millions d'euros environ d'ici à cinq ans ». Avec, en parallèle, la mise en place d'un courant d'exportation depuis la France pour les autres produits laitiers du groupe Sodiaal.

 

Des pays courtisés

Ce changement d'échelle est représentatif de l'évolution des échanges entre grands bassins laitiers, qui s'effectue dorénavant au niveau mondial. « L'Océanie ne suffira pas à subvenir à la demande de l'Asie. L'Union européenne et les États-Unis auront peut-être un rôle à jouer dans cet approvisionnement », souligne le Cniel. Coup sur coup, la Chine vient d'ail-leurs de sécuriser une partie de ses achats de poudre de lait puisque le groupe Synutra va construire une usine en Bretagne (alimentée en lait par Sodiaal), dont la production sera destinée au marché chinois. Une annonce précédant de peu celle de la coopérative normande Isigny-Sainte-Mère, qui doit signer un important contrat d'exportation de poudre de lait infantile... toujours en Chine.

Mais ce pays n'est pas le seul à focaliser les regards, avec l'Indonésie, l'Amérique du Sud, etc. Et la Russie n'est pas en reste. Danone puis Pepsico y ont mis la main sur d'importants acteurs locaux, dans un but bien précis. « La création de Danone-Unimilk est pour Danone un mouvement stratégique dans une région porteuse de croissance pour les années à venir. [...] C'est également une étape supplémentaire importante dans le déploiement mondial de Danone et la conquête de nouvelles géographies », commentait Franck Riboud, le PDG de Danone en juin dernier. À défaut d'être sacrées comme en Inde, les vaches du monde entier ont rarement été aussi courtisées.

Pourquoi cet intérêt autour des produits laitiers

  • LA CONSOMMATION se développe fortement dans les pays en développement (lait de consommation, poudre de lait et yaourt), qui ne disposent pas forcément de la ressource laitière qu'ils doivent importer.
  • LES MARGES du secteur sont faibles, d'où une course au gigantisme, aux synergies et économies d'échelle.
  • LA DEMANDE se tourne de plus en plus vers des marques mondiales et plus seulement locales.

Bright Foods CHINE

  • La tournée de séduction menée en France par les dirigeants de Bright Foods pour la reprise de Yoplait n'aura pas suffit à convaincre, mais elle aura montré la volonté d'expansion locale et internationale de cet acteur (9,3 Mrds € de CA en 2010) présent dans l'agroalimentaire et la distribution de détail. Le projet présenté par Bright Foods consistait, dans un premier temps, à ouvrir le marché chinois à la marque Yoplait, puis à la développer dans les marchés émergents et établir un courant d'exportation pour Sodiaal. Bright Foods estimait le potentiel de Yoplait dans son pays à environ 200 M€ d'ici à cinq ans. Et l'entreprise n'avait pas caché sa volonté de développer les échanges laitiers dans le sens France-Chine pour alimenter une consommation galopante.

Lala MEXIQUE

  • Le groupe laitier Lala possède 43 usines (réparties au Mexique et aux États-Unis) produisant du lait liquide, des yaourts, des fromages et des boissons. Il envisage d'entrer prochainement à la Bourse mexicaine et, selon Eduardo Tricio, son patron, la croissance de Lala atteindrait entre 3 et 4% par an. Lala figure au 47e rang des 100 plus grandes entreprises mexicaines et représente 45% du marché laitier mexicain (d'une valeur totale de 7,2 milliards d'euros selon le ministère de l'Agriculture), en pleine croissance. Les nombreux fermiers francais qui viennent en voyage d'etudes visiter Lala sont souvent surpris par la taille des exploitations laitières, qui peuvent avoir jusqu'à 2 000 ou 3 000 vaches, quand la moyenne francaise est d'environ 50. Lala faisait partie des prétendants à la reprise de Yoplait.

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Article extrait
du magazine N° 2180

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