La bière sous (haute) pression

La filière brassicole est abasourdie d'être le seul secteur des biens de grande consommation touché par une hausse de la fiscalité. Elle ne voudrait pas devenir aussi sinistrée qu'au Royaume-Uni.

En juillet, les lobbyistes de la bière avaient fait leur tournée annuelle des ministères. Le moment d'expliquer la vie de cette filière industrielle, en déclin depuis trente ans, et de s'assurer que rien ne la menace. « Aucun nuage ne s'annonçait », explique l'un d'eux. En septembre, un billet dans le quotidien Les Échos affirmait déjà le contraire. Le 1er octobre, la nouvelle est confirmée : les droits d'accise de la bière vont plus que doubler. « Le relèvement des droits sur la bière apportera 480 millions d'euros à la Sécurité sociale », peut-on lire dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

 

Des arguments discutables

L'argument des ministères de la Santé et du Budget ? L'alcool est la deuxième cause de mortalité en France. Cette mesure comportementale vise donc à « rendre plus difficile l'accès financier à ces produits ». Pour autant, elle ne stigmatise cette fois-ci que la bière. Le vin, pour le moment, reste épargné. L'an dernier, les spiritueux et les sodas avaient été touchés par les taxes dites « Fillon ». Avec des conséquences sur la consommation : - 1,1% sur les apéritifs, - 1,2% pour les alcools et liqueurs, - 2% pour les colas, selon SymphonyIRI (CAM à fin août 2012).

Le deuxième argument des ministères tient-il mieux ? Pas sûr. Ceux-ci justifient aussi cette hausse du droit d'accise par le fait que « le niveau de fiscalité spécifique à la bière est l'un des plus bas d'Europe ». La France se situe au 22e rang, loin derrière les Pays-Bas, le Royaume-Uni ou l'Irlande.

Un argument irrecevable par la profession. « Suite au renforcement des taxes, le marché britannique de la bière est devenu sinistré », prévient Jean Hansmaennel, directeur des affaires publiques des Brasseries Kronenbourg. « À ce jour, la bière rapporte 337 millions d'euros à l'État, soit déjà l'équivalent de 15% du chiffre d'affaires de la filière », poursuit Pascal Chévremont, délégué général de l'Association des brasseurs de France. Avec cette annonce, les droits d'accise représenteraient alors au total 40% du chiffre d'affaires de cette branche. Un pourcentage intenable. Dans les têtes des Brasseurs, le parallèle avec le secteur automobile, symbolisé en ce moment par les soucis de Peugeot, est vite fait. Si la consommation fléchit, les conséquences économiques pourraient être dramatiques : les sites brassicoles pourraient se retrouver en surcapacité, ce qui mettrait une épée de Damoclès sur les emplois.

Une filière industrielle fragile...

- 30% Le déclin de la consommation totale de bières depuis trente ans

2 Mrds € de chiffre d'affaires en 2011 (stable)

3 600 emplois

450 brasseries, dont de nombreuses microbrasseries

Source : Association des brasseurs de France (ABF)

 

... mais un rayon dynamique

Ventes en valeur en GMS, CAM à fin août 2012, et évolution vs 2011

1,7 Mrd € (+ 6,2%)

+ 5,6% L'évolution en volume

Source : SymphonyIRI

 

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Article extrait
du magazine N° 2244

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