Négociations commerciales: la boîte de Pandore est ouverte [Edito]

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yves puget

«J’aimerais bien que les députés ouvrent une commission d’enquête sur les origines de l’inflation », a assuré, fin juin, Michel-Édouard Leclerc. Quelques heures plus tard, des députés de La France insoumise saisissaient la balle au bond. Quant à la commission des affaires économiques du Sénat, elle a ­annoncé un premier bilan pour le 20 juillet. Si tous ces travaux sont menés avec sérieux et objectivité, il en ressortira peut-être quelques bonnes idées. Mais, pour commencer, il convient de comprendre que l’inflation ne touche pas que l’alimentaire, un poste qui pèse moins de 15 % du budget des ménages. Ensuite, bon courage aux parlementaires tant il ne sera pas aisé de séparer le bon grain de l’ivraie. Car celui qui annonce la plus forte hausse n’est pas forcément le plus « filou ». Pour estimer ce qui est une juste inflation ou de la spéculation, il faudra décortiquer l’ensemble des coûts d’un produit (matières premières, emballages…) et même d’une entreprise (production, transport, énergie, investissements, masse salariale…). Plus compliqué qu’il n’y paraît…

Quel dommage d’en arriver là ! Et que peut donner une telle commission d’enquête menée par LFI ? Nul le sait. Mais beaucoup craignent que ces débats renforcent le sentiment du « tous pourris », et dérapent au détriment de l’industrie et du commerce. Car, n’en déplaise à certains, des abus existent des deux côtés.

Il est évident que la grande majorité des industriels réclament à juste titre des augmentations de tarifs. Le nier est irresponsable. Mais il faut aussi reconnaître que certains profitent de cette fenêtre de tir. Soit en passant des hausses alors qu’ils ne sont pas affectés. Soit en réclamant des majorations disproportionnées, même si cette situation arrive après de trop nombreuses années de déflation. Et que penser des distributeurs ? Chez eux, la consigne est clairement de limiter l’inflation. C’est leur rôle. Mais, là aussi, il convient de ne pas se servir de quelques cas pour en faire une généralité. Donc d’accepter les hausses lorsqu’elles sont justifiées.

Encore une fois, appeler les pouvoirs publics à la rescousse n’est pas sans risque. Il suffit de se souvenir de la commission d’enquête parlementaire sur les négociations commerciales en 2019 : un député imagina interdire les MDD (!) et un autre traita de « caïd » un grand distributeur français. Sans oublier cette proposition de mettre des caméras dans tous les box d’achats ou d’imposer que les négos se fassent chez les fournisseurs ! On le voit, l’enfer est pavé de bonnes intentions… Et, dans les semaines à venir, il faut s’attendre à une telle surenchère. Par exemple, qui aurait prédit que Bruno Le Maire annoncerait à la va-vite vouloir monter de 34 à 50 % le seuil du montant des promotions, pour faire volte-face vingt-quatre heures plus tard ! Faute de pouvoir s’entendre, les acteurs de la conso ne sont pas au bout de leurs surprises.

ypuget@lsa.fr @pugetyves

 

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Article extrait
du magazine N° 2709-2710

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