La Chine, nouvel eldorado de la filière porcine française

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Confrontée à un déficit de matière première, la Chine devient le premier marché pour les exportations européennes de viande de porc. Les stocks ont été absorbés et le cours s’est envolé. De quoi donner un nouveau souffle à la filière française.

En 2015, 56 millions de tonnes de viande de porc ont été consommées en Chine.
En 2015, 56 millions de tonnes de viande de porc ont été consommées en Chine.© ©TEH ENG KOON

Eleveurs et industriels de la filière porcine retiennent leur souffle. Depuis février, les stocks européens ont été aspirés. Mieux, le cours de la viande de porc, qui se négocie au marché au cadran de Plérin – c’est dans cette petite ville des Côtes-d’Armor qu’est établi le prix de référence national de la viande de porc –, affiche une belle résistance. Et Didier Delzescaux, directeur de l’interprofession porcine (Inaporc), reconnaît sans détour : « Le calme est revenu. » Il y a un peu plus d’un an, pourtant, l’abondance de l’offre et la chute des prix précipitaient la crise. Au bord du gouffre, les éleveurs multipliaient alors les barrages sur les routes et les opérations coup de poing à l’égard des distributeurs. Que s’est-il donc passé depuis ce terrible été 2015 ?

Numéro un mondial

Bien loin de la Bretagne, éleveurs et abatteurs ne jurent plus que par la Chine. C’est de là que vient le miracle de la filière porcine. Le pays compte 1,4 Mrd d’habitants, soit une population 21 fois plus nombreuse qu’en France, et brille par la démesure, y compris en matière de production et de consommation de viande de porc. Avec 55 millions de tonnes, la Chine contribue à 55 % de la production mondiale et s’affirme comme le numéro un de la filière. Le pays est aussi, selon les données collectées par l’Ifip auprès de l’Usda, le plus gros consommateur au monde de viande de porc. En 2015, 56 millions de tonnes ont été consommées, obligeant donc la Chine à importer plus de un million de tonnes.

Presque du luxe

Mais sous l’effet de la restructuration de la filière porcine, visant à fermer les exploitations de petite et moyenne taille, et également d’une crise sanitaire, ce déficit s’est encore creusé au cours des premiers mois de l’année 2016. Résultat, un prix du porc vif qui se négociait au mois d’avril à 2,55 € le kg et même 3 € au mois de mai. « Tout laisse à penser que ce niveau de prix va se stabiliser jusqu’au début de l’année 2017 et des fêtes du Nouvel An chinois », explique Fanyé Meng, chargé de mission pour Inaporc à Pékin. Vu de France, où le cours se négocie aux alentours de 1,39 €, le porc chinois figurerait presque comme un produit de luxe… Une aubaine pour l’Europe et en particulier la France, dont les stocks étaient très importants jusqu’à la fin du mois de février 2016. « Le marché chinois est devenu très important pour la France », confirme Didier Delzescaux.

Déjà, en 2015, les volumes exportés vers la Chine ont augmenté de 25 000 tonnes, pour atteindre 89 000 tonnes. En valeur, la Chine représente pour le porc français 160 M €, soit 59 M € de plus qu’en 2014. Certes, nous sommes bien loin des milliards autrefois générés par le marché russe qui, depuis sa fermeture en 2014, représente un manque à gagner de 8 Mrds €. Mais en l’espace de cinq ans, les volumes exportés vers la Chine ont été multipliés par plus de deux, faisant du pays la deuxième destination du porc français en 2015 et même la première en 2016 ! L’Italie, client historique (98 000 tonnes en 2015), va ainsi être reléguée à la deuxième place. « Après avoir ouvert le marché aux viandes en provenance de Hongkong, du Canada, mais aussi des États-Unis, la Chine privilégie depuis 2010 les pays européens », souligne Didier Delzescaux.

À l’origine de ce retournement, la volonté manifeste de contrôler le marché et de ne plus laisser entrer depuis Hongkong des matières premières issues de sites industriels non agréés par les autorités sanitaires chinoises. Autorisés aux États-Unis, les porcs dopés à la ractopamine, un complément alimentaire permettant d’augmenter la masse musculaire, sont désormais interdits en Chine. Dès 2012, Inaporc a recruté un salarié chinois. Installé à Pékin, Fanyé Meng entretient des relations étroites avec les autorités chinoises dans tous les domaines, et notamment les missions d’inspection sanitaire sur le territoire français. « C’est une présence précieuse, car nous ne sommes pas à l’abri de tracasseries, liées notamment aux procédures de dédouanement des containers », reconnaît Didier Delzescaux.

Tout est bon

Au total, 14 abattoirs français sont agréés par les autorités sanitaires et ont donc l’autorisation d’exporter vers la Chine. Quatre autres sites français sont actuellement en attente.

Parce que les Chinois mangent volontiers pieds, oreilles et viandes avec os, les industriels français voient là un bon moyen de valoriser au mieux l’équilibre des carcasses. Au sein du groupe Bigard, numéro deux de l’abattage en France, la viande de porc représente 46 % des volumes. Les produits congelés acheminés par containers depuis Le Havre (le trajet dure six à sept semaines) sont vendus à des industriels de la viande, des distributeurs et des industriels de la charcuterie. Mais sur ce marché gigantesque, les Français sont loin d’être seuls en lice.

Alors qu’il y a quatre ans, elle était le troisième exportateur européen vers la Chine, la France occupe désormais la quatrième place derrière l’Espagne, le Danemark et l’Allemagne. En cause, un positionnement prix de l’offre française plus élevé. « Associé à la gastronomie, le porc français, reconnu pour sa qualité, bénéficie d’une image très positive parmi les consommateurs chinois », explique cependant Fanyé Meng. Pionnière, la coopérative bretonne Cooperl vend depuis 2005 une partie de sa production en Chine. « La Chine représente bien plus qu’un marché de dégagement pour les oreilles et les pieds de nos cochons. L’ambition de la coopérative est d’innover à l’export et de valoriser la qualité de nos produits », insiste Thierry du Teilleul, directeur marketing et communication du groupe Cooperl.

Gare à la dépendance

Une ambition concrétisée cette année avec l’implantation, au sud de Pékin, d’une ferme dédiée aux reproducteurs et à l’amélioration de la génétique. Porcs français ou chinois, « la maîtrise de la traçabilité est un argument fort auprès de nos interlocuteurs », assure Thierry du Teilleul.

Autant de perspectives positives qui appellent cependant à la prudence. Le niveau des exportations porcines européennes vers la Chine atteint en effet des records (plus de 1,2 million de tonnes en 2015). « La dépendance des filières porcines européennes et mondiales envers le marché chinois est bien réelle », juge Inaporc. Jusqu’en 2014, les abats étaient les plus vendus. Mais le marché est de plus en plus demandeur pour des produits à plus forte valeur ajoutée. « De nouveaux équilibres s’établissent, et il sera indispensable de bien les analyser afin de définir une stratégie sur le marché chinois », estimait l’interprofession à l’occasion de sa dernière assemblée générale, en juin 2016.

Le contexte

  • La Chine est le plus gros producteur et consommateur de viande de porc au monde.
  • Mais la filière porcine chinoise est en pleine restructuration. Une aubaine pour l’Europe, et notamment la France.
  • Cependant, la viande porcine française veut défendre une qualité et un positionnement haut de gamme.

L’empire du milieu, une destination incontournable pour le porc français

C’est à partir de 2011 que les exportations vers la Chine de viande de porc française se sont accélérées. En 2016, le pays deviendra le premier client de la filière porcine française.

Cas d'entreprises

Cooperl ouvre un élevage au sud de Pékin

C’est à partir de 2005 que Cooperl s’attaque au marché chinois. Le groupe coopératif breton figure parmi les premiers européens à être agréés par les autorités chinoises. Depuis, Cooperl exporte des viandes crues congelées, ainsi que son jambon « bien élevé » Brocéliande (issu de porcs élevés sans antibiotiques à partir du sevrage). Mais pas seulement. En mars 2016, bien loin de Lamballe, siège de la coopérative, Cooperl a inauguré une ferme, au sud de Pékin, dédiée aux reproducteurs et à l’amélioration de la génétique.

La Chine, un débouché essentiel pour Bigard

Au sein du groupe Bigard, la filière porcine pèse 46 % des volumes de viandes transformées, dont un quart est orienté vers l’export. « Notre métier consiste à désassembler une pièce entière, et à trouver le débouché le plus valorisé pour toutes les parties », explique Thierry Meyer, directeur de la filière porc du groupe. À cet égard, l’Asie, et la Chine en particulier, contribue fortement à la valorisation de la carcasse, puisque sont expédiés pieds, oreilles et os avec viande, que les Français ne consomment pas. Pour l’export vers la Chine, Bigard s’appuie sur son partenaire Cipa International Food, une société spécialisée dans le négoce de viande.

 

Les chiffres

  • 1,4 Mrd, le nombre d’habitants en Chine en 2015, soit 21 fois la population française
  • 55 millions de tonnes, le volume de la production de viande de porc en Chine en 2015, soit 55 % de la production mondiale
  • 1,7 % La part du déficit de la Chine en viande de porc, soit 1,5 million de tonnes importées en 2015.
  • 34 870 tonnes Le volume des exportations de viandes de porcines françaises vers la Chine au cours des quatre premiers mois de 2016, soit une augmentation de 236 %

Source : Inaporc

 

2 questions à Fanyé Meng, chargé de mission à Pékin pour Inaporc

« Mon rôle consiste à faciliter les relations commerciales entre la France et la Chine »

Depuis son bureau de Pékin, Fanyé Meng, chargé de mission pour le compte de l’interprofession nationale porcine (Inaporc), joue un rôle essentiel dans le développement de la filière porcine en Chine. Contacté par téléphone, il nous raconte dans un français impeccable son travail au quotidien.

LSA - Vous êtes basé à Pékin pour le compte d’Inaporc. En quoi consiste votre mission ?

Fanyé Meng - Mon bureau est installé non loin de l’Ambassade de France à Pékin. Ma mission consiste à répondre aux sollicitations des entreprises françaises qui cherchent à exporter vers la Chine mais aussi à faire l’interface avec les importateurs chinois et à accompagner les inspections sanitaires chinoises en France en vue de l’agrément d’un site industriel. Ma mission revêt des aspects très concrets lorsque, par exemple, une procédure de dédouanement pose problème et qu’il faut débloquer des containers.

LSA - Comment la viande française est-elle perçue en Chine ?

F. M.- Les Chinois sont de très gros consommateurs de viande de porc. Celle qui vient de France bénéficie d’une image très positive, reconnue pour sa qualité, d’où son prix relativement élevé. Les consommateurs chinois apprécient cette qualité, mais aussi les industriels, qui doivent faire face à un véritable déficit de matière première. Dans ce contexte, la demande devrait rester soutenue au moins jusqu’au début de l’année 2017 et les fêtes du Nouvel An chinois.

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Article extrait
du magazine N° 2430

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