La concentration s'accélère dans les coopératives

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PRODUCTEURS AGRICOLES - Les coopératives explorent toutes les pistes pour peser sur l'industrie agroalimentaire : mariage avec le privé, alliances, développement sur les marchés internationaux...

Belle année 2008 ! Au cours desdix premiers mois, 68 opérations ont été menées par les coopératives et leurs filiales. Bien plus que les 56 opérations recensées en 2007, preuve que la concentration repart dans ce secteur qui représente 40 % des ventes de l'agroalimentaire en France. « Cela devrait encore s'accélérer », prévient Philippe Mangin, le président de Coop de France, l'organisation professionnelle du secteur. Pour au moins trois bonnes raisons. Avec la remise en cause de la politique agricole commune d'ici à 2013, les opérateurs doivent se préparer à une concurrence exacerbée. La volatilité du coût des matières premières agricoles observée ces derniers mois accélère ce phénomène. Enfin, les coopératives agricoles doivent atteindre une taille critique pour répondre aux appels d'offres internationaux. « Plusieurs coopératives se sont engagées dans une internationalisation de leurs activités », observe Philippe Mangin. Ainsi, dans les céréales, le rachat en août dernier par Malteurop de l'américain ADM Malting et, plus récemment, du russe Belgorsolod, fait de cette filiale de Champagne Céréales le numéro un mondial du malt avec près de 10 % du marché. Loin du Sud-Ouest de la France, Euralis et Maïsadour tentent de s'implanter en Chine pour y développer le marché du foie gras.

Mieux, les coopératives jouent la carte de l'association ou de la prise de participation avec les industriels privés. Annoncée à la fin de l'été, la reprise de Socopa par Bigard est emblématique de ces alliances autrefois contre-nature. D'ici au 1er janvier 2009, l'opération donnera naissance à un leader européen en viande bovine. L'ensemble devrait afficher un chiffre d'affaires proche de 5 milliards d'euros et commercialiser 1,2 million de tonnes de viande, principalement de boeuf. De quoi rivaliser avec les puissants groupes d'Europe du nord : Vivion Food le hollandais (7,4 Mds E de chiffre d'affaires) et Danish Crown (6 Mds E), le danois.

Mariages et absorptions

À une autre échelle, la prise de participation du groupe Maïsadour dans le capital du groupe familial Excel Developpement, spécialisé dans la transformation de canards, va permettre à la coopérative du Sud-Ouest de contrôler 35 % de la production de foie gras. Maïsadour devient ainsi le numéro un de la filière, au coude à coude avec sa rivale Euralis en nombre de canards abattus (plus de 10 millions). Quant à sa filiale Delpeyrat, au bord du gouffre en 2003, elle multiplie les acquisitions depuis 2006. Cette année, deux opérations d'envergure ont été menées : l'acquisition au printemps de la société de foie gras Muller, basée à Hagetmau dans les Landes (32 ME) par le groupe CCA de Monique Piffaut et surtout le rachat de Maison Chevallier, le numéro un du jambon de Bayonne, en juillet.

Mais le secteur coopératif a aussi été marqué en 2008 par des rapprochements entre groupements de producteurs : dans la filière porcine, les alliances et contre-alliances se sont succédé. Après le rapprochement des coopératives bretonnes Prestor et Cecab avec le groupe privé Gad fin 2007, Cooperl a absorbé Arca cet été. L'ensemble pèse 1,5 Mrd E pour une capacité de 5 millions de porcs abattus par an. De leur côté, Terrena, qui était partenaire d'Arca, et Unicopa ont annoncé le 1er septembre le rapprochement de leur filière porcine au sein de Pigalys, avec la montée au capital programmée de Terrena dans Brocéliande, la branche charcuterie-salaison d'Unicopa.

Cette effervescence ne saurait faire oublier quelques dossiers sensibles. « La tension autour de la fixation du prix du lait monte entre producteurs et transformateurs et les importations de lait allemand à prix très compétitif risquent de fragiliser la filière. Les écarts vont se creuser entre entreprises selon leurs débouchés », s'inquiète Philippe Mangin. L'avenir de Yoplait, fleuron de la filière, reste en suspens.

La fiscalité en question

Le groupe coopératif laitier Sodiaal, qui détient 50 % de la marque Yoplait, aura-t-il les moyens de racheter la part de PAI Partners ? Le fonds d'investissement, qui peut contractuellement revendre sa participation depuis le 1er juillet 2007, envisage sa sortie. Le géant Lactalis ne fait pas mystère de son intérêt et renforcerait sa position dominante vis-à-vis des producteurs. Cette perspective inquiète la coopération agricole française.

La défense du statut fiscal de la coopération agricole est une autre priorité. La plainte déposée à Bruxelles en 2004 contre l'État français par les représentants du négoce aurait dû être instruite cette année. Mais, après la montée au créneau de la coopération espagnole, dont le statut fait aussi l'objet d'une plainte devant la Commission européenne, le dossier français risque de s'enliser. Le litige porte sur le traitement fiscal particulier des coopératives. En contrepartie d'obligations (défense de la territorialité, impartageabilité des réserves, etc.), elles ne sont pas soumises à l'impôt sur les sociétés pour leurs activités non filialisées. Cette fiscalité pourrait être assimilée à une aide de l'État français et, dans ce cas, remettrait en cause l'identité même de la coopération agricole française. Toutefois, « la crise financière nous donne des arguments vis-à-vis de Bruxelles », estime Philippe Mangin. Le secteur coopératif bénéficie en effet d'un modèle économique stable, peu exposé aux aléas des marchés boursiers. Un atout incontestable...

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Article extrait
du magazine N° 2065

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