La concurrence sur la sellette au congrès des coopératives

Les fusions, acquisitions, ententes, au menu du congrès tenu par les coopératives agricoles et agroalimentaires qui se tient à Paris ont montré le fossé d’incompréhension qui prévaut entre la vision des autorités de la concurrence européennes et françaises, et le monde des coopératives en pleine restructuration.

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La concurrence sur la sellette au congrès des coopératives

En cause, notamment, l’approche dite des « marchés pertinents » pour évaluer si une entrepris risque de détenir un "pouvoir de marché" trop important. Pour les autorités de concurrence, ceux-ci servent de base à assurer qu’il n’existe pas de monopole permettant d’augmenter les prix en raison d’un manque de concurrence, même s'il s'agit d'un tout petit marché comme dans le cadre du cidre lors de la fusion d’Agrial avec Elle et Vire (70 millions d'euros). Pour les coopératives, au contraire, le manque de concurrence découle finalement des décisions des autorités qui les empêchent d’atteindre la masse critique ou l’efficience économique leur permettant de jouer dans la même cour que les grandes entreprises, coopératives ou capitalistiques.

Plateau de choix

Philippe Mangin, président de Coop de France, avait déjà eu l'occasion de faire part de ses interrogations lors des fusions d'Agrial et d'Elle et Vire, puis de Champagne Céréales avec Nouricia. Et même sa stupéfaction lors des amendes infligées aux "cartels" de l'endive et de la farine. Pour mieux comprendre ces décisions, il a convié un plateau de choix à débattre devant les congressistes, avec le chef de la Task Force Alimentation de la DG Concurrence à Bruxelles, ainsi que Nadine Mouy, chef du service du contrôle des concentrations de l’Autorité de la concurrence, et Marie Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris et rapporteur au Sénat du rapport sur « les coopératives en France, un atout pour le redressement économique ».

Légitimité politique en cause

Cette dernière n'a guère caché qu'elle était interloquée par le mode d’analyse retenue par les autorités de concurrence. « Les décisions ont des conséquences graves sur la structuration de la production, alors que les critères retenus ne sont pas les mêmes partout en Europe. Quel est la légitimité politique de telles décisions, quel est le cadre législatif qui aurait décidé que le Roquefort est un marché pertinent à lui seul et que le consommateur ne pourrait pas se reporter sur du Bleu de Bresse ? On n’y comprend rien, c’est l’insécurité juridique, la finalité de la concurrence serait de permettre de faire baisser les prix alors que le poids des enseignes n’est pas pris en compte », fustigeait la sénatrice.

Les marchés pertinents fondés

« Nous ne décidons par des marchés pertinents sans fondement, nous prenons en compte les préférences des consommateurs, dans le cas du cidre, il est acquis que les gens ne se reportent pas sur d’autres boissons et la situation de monopole aurait pu aboutir à des augmentations de prix de 10 % », a défendu Nathalie Muy, sous le grondement des congressistes, que l’animateur a dû appeler à la retenue. Concernant le cartel de l’endive, qui a abouti à une amende qui met en péril une dizaine de coopératives, elle a rappelé que «le regroupement est tout à fait légal mais pas l’entente». Elle a également défendu l'interdiction de contraindre les adhérents d'une coopérative à acheter la totalité intrants auprès de celle-ci au motif que "les adhérents et leurs coopératives sont des entités distinctes". Or, une grosse part des bénéfices des coopératives vient de la fourniture aux producteurs qu'elles collectent, ce qui revient à déstabiliser leur modèle économique...

"Le consommateur anglais ne boit que de lait anglais"

Philippe Chauve, pour l’Autorité de Bruxelles, a rappelé que « la lutte contre les cartels, notamment dans l’alimentation animale, les pâtes en Italie et le pain en Roumanie avait permis de démanteler des systèmes aboutissant à des augmentations de prix de 50 %. ». Il a également estimé logique que dans le lait, le britannique Arla ait dû renoncer à des acquisitions parce que le marché pertinent était national : «Le consommateur anglais ne boit que du lait anglais, c’est ce que nous avons retenu ». Alors que le géant coopératif Danish Crown, en position quasi monopolistique sur son marché, peut croître au motif que les «Suédois, les Norvégiens et les Hollandais lui font concurrence » en Europe.

Règles sans tenir compte du poids économique et du pouvoir de négociation

Les débats auront surtout montré que si les Autorités de concurrence sont utiles pour faire appliquer des règles strictes pour les grands groupes luttant les uns contre les autres et pesant des milliards d’euros et pouvant nuire au marché, aux entreprises et au consommateur, elle deviennent incompréhensibles quand elles touchent à des micromarchés comme l’endive ou le marché du cidre, qui pèsent quelques millions d’euros, face à des enseignes dont le poids économique se mesure en milliards d’euros, avec des capacités de péréquation sur les prix et les marges d’un marché à l’autre et un pouvoir de négociation correspondant.

100 % de marges

Ainsi, selon Jean-Michel Delannoy, président de Felcoop, le taux de marges sur l’endive en grande distribution est de 100 %, alors qu’il n’est que de quelques pourcent au sein des coopératives sanctionnées. Pas sûr que la justice ait été de mise dans cette affaire, même si les sacrosaintes règles de l’Autorité de la concurrence ont été appliquées.

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