La crise du tourisme menace le commerce antillais

Le spectre de conflits sociaux de grande ampleur inquiète les distributeurs guadeloupéens et martiniquais, qui tentent de contrer la chute des ventes liée à la crise du tourisme.

Si les mouvements sociaux provoqués par l'annonce du retrait des activités hôtelières du groupe Accor aux Antilles ont épargné la distribution locale durant la première semaine du conflit, l'inquiétude reste grande. Ainsi, le blocage des stations-service démarré en Guadeloupe la semaine dernière n'a pas perturbé les livraisons des magasins. Mais « il ne faudrait pas que le mouvement dure », s'inquiètent des distributeurs échaudés par les dégâts provoqués par la chute de l'activité touristique.

« Depuis le début de l'année, nous constatons une baisse de nos ventes de produits locaux d'environ 2 %, en particulier sur le rhum », déclare Bruno Cadier, responsable des achats des Carrefour du groupe Hayot, dont celui du centre commercial Destrelland à Baie-Mahault, en Guadeloupe. Même constat au Cora du Gosier, à Bas-du-Fort.

La Martinique n'est pas en reste. Au Champion du Marin, dans le sud de l'île, où la clientèle de touristes réalise habituellement 10 % du chiffre d'affaires du magasin, les ventes ont fléchi de 2 % en six mois. L'enseigne se rattrape par l'avitaillement des bateaux de passage dans le port. Sur la commune du Lamentin, Gérard Loizeau, directeur du magasin Hyper U, déplore « un net retrait des produits exotiques dérivés (confitures, épices ), avec un fléchissement de 8 % sur la seule gamme des rhums ».

Le hard-discount n'est pas épargné

Même le hard-discount subit les conséquences de la décrue touristique. « Notre magasin implanté près du débarcadère des croisiéristes, au coeur de Fort-de-France, voit ses ventes reculer de 11 % », déclare Patrick Fabre, PDG des Ets Fabre, franchisé Leader Price en Martinique. Pour le moment, ce magasin est le seul à connaître un tel revers sur les huit exploités dans l'île.

Évidemment, les répercutions se font ressentir dans l'industrie locale. « Les fabricants de glaces, de jus de fruits, de yaourts, de rhums, de confitures, les producteurs d'eau Tous voient leurs ventes affectées », déclare Patrick Doquin, président de l'Association des moyennes et petites industries de la Guadeloupe, également directeur de la Société des Eaux de Capès-Dolé, qui a vu ses ventes dans le secteur hôtelier s'effondrer de 40 % en six mois !

Pour contrer cette chute commerciales, la plupart des industriels cherchent leur salut à l'export. Autre recours : « soigner » davantage la clientèle locale. « Nous intensifions les promotions, notamment sur les produits frais, le bazar et l'équipement, indique Gérard Loizeau (Hyper U). Toutefois, les incertitudes, notamment sur le trafic aérien ou l'activité du port pouvant à tout moment être touchés par un mouvement social, rendent notre visibilité quasi nulle. »

Et beaucoup craignent des jours sombres : « Si aujourd'hui la clientèle locale nous permet de maintenir notre chiffre d'affaires, son pouvoir d'achat, demain, risque d'être affecté par les difficultés rencontrées par les entreprises », analyse Roger Poignot, directeur commercial des jus de fruits Caraïbe.

« C'est le tourisme, et plus particulièrement l'hôtellerie, qui entraîne le reste de l'économie », résume Pierre Marie-Joseph, le nouveau président de l'Association martiniquaise pour la promotion de l'industrie. « Nous sommes dans une situation de quitte ou double, conclut de son côté Marie-Line Dormoy, PDG de l'entreprise du même nom (punchs, sirops et confitures). Ou bien nous réagissons et acceptons d'intégrer le jeu mondial avec du travail bien fait, de la rigueur et de la performance, ou bien nous laissons la place à d'autres. Tout dépend de nous. »
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Article extrait
du magazine N° 1791

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