La crise financière s'abat sur la grande consommation

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CONJONCTURE - Affaiblies par le mauvais contexte économique, les entreprises de la grande consommation voient leurs lignes de crédits s'amenuiser, rendant plus élevés leurs coûts de trésorerie et plus complexes leurs projets de développement. Premières touchées : les jeunes et petites entreprises.

C'était inévitable ! La crise qui ravage le monde de la finance et des banques commence à peser sur la grande consommation. « On est dans une grande paralysie de l'investissement », résume Éric Gervet, associé AT Kearney Paris, évoquant la combinaison de trois facteurs : la hausse du prix des matières premières depuis un an, la baisse de l'indice de confiance et, désormais, la crise financière qui se traduit par une chute du volume de crédit octroyé par les banques et par une remontée des taux d'intérêt.

Multiplication des défaillances

Une accumulation de problèmes déjà lisible dans l'accroissement de 30 % du taux de sinistralité dans le textile-habillement, c'est-à-dire des défauts de paiement, selon le cabinet Atradius. Mais également dans la hausse de 5 % du nombre de défaillances d'entreprises de l'industrie agroalimentaire enregistrée au premier semestre 2008 par l'Insee. Ainsi touché, ce secteur est aussi en première ligne avec l'évolution du coût du crédit. « Les industries agroalimentaires ont un ratio d'endettement sur fonds propre de 78 %, ce qui est assez élevé au regard du taux d'endettement moyen de l'industrie, qui est de 61 % », précise Karine Berger, directeur des études chez Euler Hermes Sfac.

« Les banques tétanisées »

Au-delà de l'approche sectorielle, l'exposition à la crise dépend aussi de la taille et du type d'entreprises. Ainsi les PME, déjà plus sensibles aux retournements de conjoncture, ont peu de réserve de trésorerie. « Les PME les plus dynamiques, qui étaient en phase de croissance, vont devoir remettre leur développement à plus tard, tandis que les plus fragiles, aux marges déjà affaiblies, vont prendre de plein fouet cette pénurie de crédit », note Alain Rouleau, président de la Feef. « Les banques sont tétanisées, il y a un vrai problème d'accès au crédit, notamment pour les PME », confirme Stéphane Treppoz, président du directoire de Sarenza.com, qui n'a pas trouvé de crédit pour financer son développement à l'étranger. Certains, tel Marc Senoble, se sentent plus à l'abri : « Je détiens 100 % de mon capital. Le seul impact que cette crise aura pour Senoble, c'est le ralentissement de la consommation. Je ne pense pas que les banques vont abandonner les entreprises saines. »

Pour Karine Berger, « si une sélection doit se faire pour l'octroi de crédits, ce sont les entreprises les plus jeunes qui seront les plus touchées, car elles n'ont pas d'historique, donc un rating plus sévère de la part des banques ». Un avis partagé par Olivier Cazal, responsable de l'arbitrage France de la Coface : « Les banquiers risquent de ne pas suivre ces entreprises déjà fragilisées. Comme dans le secteur de la volaille, chez les producteurs de lait et, plus généralement, pour tous ceux dont les comptes de résultats sont déjà dégradés par la hausse du coût des matières premières. »

Côté enseignes, l'immobilier commercial subit aussi la crise du crédit : « Les négociations concernant la cession ou l'acquisition d'un local durent désormais plus longtemps, plutôt neuf ou douze mois, contre six auparavant, car les enseignes sont plus prudentes et peuvent avoir du mal à boucler leur financement », relève un acteur de l'immobilier commercial. Les enseignes qui se développent en franchise sont particulièrement touchées, puisque de plus en plus d'entrepreneurs se voient refuser leurs prêts. Plusieurs chaînes intégrées ont également ralenti ou gelé leurs ouvertures. On parle notamment d'Etam, de Mexx ou de Game.

Des investissements ajournés

Beaucoup font le dos rond en attendant la fin de l'orage. Fleury Michon retarde ainsi la mise en route de sa nouvelle usine, à Cambrai. De même, chez Malongo, on attendra au moins janvier pour avancer sur les projets en cours. Un délai optimiste si l'on en croit Alain Rouleau. « L'incertitude va durer, on peut s'attendre à ce que les investissements soient décalés durablement. » Le gouvernement a pourtant réitéré sa volonté de soutenir le tissu économique français pour éviter la multiplication des dépôts de bilan que beaucoup prédisent. 22 milliards d'euros ont été mobilisés le 2 octobre pour faciliter l'octroi de crédits aux PME. « La filière agroalimentaire reste très importante pour notre économie et les responsables politiques pourraient intervenir pour éviter un impact trop lourd en termes d'emplois, en proposant des allégements ou échelonnements des taxes », estime Olivier Cazal. Reste à savoir combien de temps il faudra tenir. « La crise financière est derrière nous. L'effet domino a été évité. Mais la croissance zéro risque fort de se poursuivre en 2009 », pronostique Éric Gervet. Guère rassurant.

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Article extrait
du magazine N° 2060

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