La croissance tranquille de Coop Atlantique

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· L'ex-Coop de Saintes ne voit pas d'un mauvais oeil l'arrivée d'Auchan à la tête de Paridoc. · Elle entend au contraire en tirer profit. · L'amélioration des performances des hypermarchés Mammouth et des supermarchés Atac donnera au groupe régional encore plus de moyens pour entretenir ses réseaux de proximité.

Le rachat par Auchan des Docks de France et de sa centrale Paridoc, dont la coopérative est actionnaire (à hauteur de 7,85%), n'empêche pas les responsables de Coop Atlantique d'afficher une grande sérénité. Bien au contraire. « Nous y voyons l'opportunité d'améliorer notre professionnalisme au contact de personnes dont le savoir-faire en matière de techniques marchandes est reconnu », affirme Bernard Gandais, président du directoire. Seule réserve émise par ce dernier, que « les conditions juridiques et contractuelles définies avec Docks de France soient reconduites » par le groupe nordiste.

Pour les ex-Coop de Saintes, l'enjeu est important : ses magasins sous l'une ou l'autre des enseignes propriété de Paridoc (Mammouth, Atac, Eco Service) représentent en effet près de 90% de l'activité de l'entreprise. Et Auchan prévoit que l'introduction de son savoir-faire et de son assortiment dans les Mammouth couplée avec le changement d'enseigne fera grimper les ventes de 70%. Coop Atlantique possède 7 hypermarchés à l'effigie de l'éléphant préhistorique. Ils représentent 45% de ses 4,4 milliards de francs de chiffre d'affaires. C'est donc d'un volume de ventes supplémentaire de plus d'un milliard dont la société peut espérer bénéficier. Bien que Bernard Gandais explique volontiers, dans un souci de réalisme, que certains Mammouth de la Coop implantés dans des zones rurbaines ont d'ores et déjà une emprise de 50% sur leur zone de chalandise et que pour ceux-ci l'effet Auchan « ne sera pas aussi important qu'ailleurs ».

L'effet Auchan

L'apport sera, quoi qu'il en soit, non négligeable dans le contexte actuel d'atonie de la consommation. Comme la plupart des chaînes de grandes surfaces, Coop Atlantique a souffert en 1996 de mévente dans les rayons non alimentaires. Implanté dans des régions à dominante rurale (Poitou-Charentes, Limousin, Centre), le groupe a de plus particulièrement pâti de la crise de la vache folle. De mars à la fin de 1996, le chiffre d'affaires des rayons boucherie des différents magasins a diminué de 15% en moyenne. « Globalement, précise Bernard Gandais, la crise a eu un impact d'un demi-point sur la totalité de nos ventes. » Des ventes étales en 1996 par rapport à 1995. L'arrivée d'un nouveau partenaire au sein de Paridoc s'avérera d'autant moins problématique que Coop Atlantique poursuit depuis plusieurs années une politique de rénovation de son parc tout à fait compatible avec ses ambitions. Auchan a décidé de développer sa branche supermarchés autour de l'enseigne Atac.

Coop Atlantique achève la mise de ses Atac aux dernières normes du concept. Les coopérateurs de Saintes nourrissent également depuis longtemps un projet d'extension de 1 500 m2 de leur hypermarché de Vierzon, le plus petit du parc avec 3 500 m2. L'agrandissement le rendra susceptible d'adopter l'enseigne Auchan. Il vient d'ores et déjà de bénéficier d'un remodelage complet au prix d'un investissement de 27 millions de francs. Fin 1997, ce sont les trois magasins de Saintes, La Rochelle et Périgueux qui auront été rénovés. De façon telle que la mise aux normes Auchan soit facile. Cette année, tous types de points de vente confondus, Coop Atlantique investira 120 millions de francs au total dans la modernisation de son parc.

Déjà allié à Carrefour au sein de sa filiale Carcoop qui exploite 6 hypermarchés, Coop Atlantique ne craint donc pas de s'adosser pour les magasins qu'elle gère en propre à l'autre géant français des hypermarchés. Car celui-ci n'est pas susceptible de l'absorber (« Une coopérative de consommateurs n'est pas opéable », se plaît à rappeler Bernard Gandais) et il n'empiétera pas sur l'autre terrain de prédilection de la société, à côté des grandes surfaces : la proximité.

En rénovant ses Coop, supérettes de 120 à 200 m2 de surface, l'entreprise entend rester fidèle à sa vocation consumériste. C'est dans cet esprit que s'inscrit également la transformation des Larc et des quelques Coop Boucherie (unités sans avenir sous des enseignes sans envergure nationale) en Eco Service, le module de proximité de Paridoc. Quelque 20 millions de francs seront nécessaires à ces transformations. Seuls les meilleurs magasins seront conservés.

Mais la proximité n'est pas, pour Bernard Gandais, qu'une question de respect du patrimoine. Ce dernier ne se limite pas à conserver l'acquis. Il veut aller plus loin en matière de soutien au commerce rural. C'est la raison pour laquelle il vient de lancer l'opération Mille Frais. Objectif : ouvrir les entrepôts de la Coop à des magasins indépendants non adhérents à une centrale. Le système est simple et peu contraignant. Le commerçant achète pour une somme dérisoire (1 000 F) le panonceau Mille Frais et une frise à poser sur les murs de sa surface de vente. Il dépose ensuite auprès de la Coop une caution afin de garantir le paiement de ses commandes. « Nous ne voulions pas créer un contrat de franchise, car Mille Frais n'est pas un véritable concept et les volumes concernés sont trop faibles pour être soumis à un cadre juridique très contraignant», précise Bernard Gandais.

Prudent, ce dernier veille à opérer une stricte sélection des candidats. « Nous préférons soutenir des commerçants existant plutôt que d'aider à la recréation d'épiceries de village fermées », précise-t-il en affirmant ne retenir que 10% environ des dossiers qui lui sont présentés. Vingt Mille Frais ont déjà vu le jour. Il devrait y en avoir 50 fin 1997.

On peut se demander pourquoi Coop Atlantique engage ainsi une opération dont ses responsables reconnaissent volontiers qu'elle n'a pas « d'incidence sur le plan économique ». La réponse apparaît dans la plaquette éditée à l'occasion de la publication des comptes 1996. Il y est plusieurs fois fait mention du rôle « d'entreprise citoyenne » du groupe coopérateur et de la « nécessité de maintenir une activité commerciale réelle dans les zones rurales ».

Dans le même ordre d'idées, Bernard Gandais rappelle volontiers à qui veut l'entendre que son entreprise réalise plus de 20% de ses achats auprès de PME de sa région. De là à penser que le nouveau contexte réglementaire apparu avec la loi Raffarin exige des entreprises de distribution, même des plus petites, qu'elles sachent désormais associer leur métier de base, la vente en grandes surfaces, à des actions plus « politiquement correctes », il n'y a qu'un pas. Coop Atlantique, de part ses origines consuméristes et ses alliances avec Carrefour et Auchan, est peut-être la mieux placée pour tenir ces deux discours.
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Article extrait
du magazine N° 1540

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