La démonstration de force des agriculteurs est réussie

Plus de 1300 tracteurs et quelque 5000 exploitants agricoles ont convergé sur Paris pour sensibiliser l’opinion et amener l’Etat a accorder des aides pour faire face à la crise des filières viandes et laitières. Le point sur une agriculture en crise... et qui est pourtant aidée.

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La démonstration de force des agriculteurs est réussie
Le gouvernement va donc devoir trouver des solutions pour répondre à la crise.

Ils sont venus de toutes les régions de France. Selon la FNSEA, qui appelait à leur mobilisation, plus de 5000 agriculteurs sont montés à Paris, dont plus de 1300 avec leurs tracteurs. L’objectif est de sensibiliser l’opinion sur leur situation économique, désastreuse dans le secteur porcin et bovin, avec des cours au plus bas, qui touche désormais aussi le secteur laitier. D’après la Fnil, le géant néo-zélandais Fonterra, une coopérative qui bataille au niveau mondial, “a divisé par deux le prix du lait en deux ans”. Face à ces géants qui réalisent des milliards d’euros de chiffre d’affaires, les entreprises de viande comme les entreprises laitières ne sont pas compétitives, et l’effondrement des cours pour les agriculteurs français est particulièrement violent.

Les représentants des manifestants, notamment Xavier Beulin, président de la FNSEA, vont être reçus par le Premier ministre, avant de se rendre à l’Asssemblée nationale et au Sénat. Xavier Beulin veut une aide à la relance de l’agriculture sur le modèle de ce qui s’est passé pour la Grèce cet été, pour laquelle les Etats ont bien fini par trouver l’argent. “Pour moderniser les outils et rendre l’agriculture compétitive, l’Etat doit apporter 3 milliards d’euros”, estime-t-il. Il faut aussi renforcer les débouchés sur le marché intérieur, en contraignant la grande distribution, mais aussi les restauration hors foyer, comme les cantines d’entreprises, scolaires ou les hôpitaux, ou les restaurants des administrations, à acheter en priorité la production française. Le président de l’Association des maires de France, François Baroin, a apporté son soutien au nom des maires. Reste le passage à l’acte.

9 milliards d’euros de subventions

Le gouvernement va donc devoir trouver des solutions pour répondre à la crise. Pas facile, quand les caisses sont vides, avec l’endettement de la France et les engagements vis à vis de l’Europe à ramener le déficit en dessous de 3 %. D’autant que même si cela ne semble pas suffire, l’agriculture reste l’un des secteurs les plus subventionnés. Quelques chiffres : le chiffre d’affaires de l’agriculture, en 2014, s’est élevé à 73,9 milliards d’euros (prix à la production). Les subventions aux exploitations ont atteint 8,1 milliards d’euros, et les subventions aux produits 1,1 milliard d’euros. D’autres aides existent, notamment sur les investissements ou pour l’installation des jeunes agriculteurs, mais elles ne sont pas chiffrées. Il y a enfin les dotations aux chambres d’agriculture, ou encore à la recherche agronomique, qui bénéficient indirectement aux exploitants.

Par ailleurs, tous les secteurs agricoles ne sont pas en crise. Dans le vin, notamment le champagne ou les grands crus, les prix des terres et les revenus peuvent atteindre des sommes astronomiques. Les céréaliers sont soumis à de très fortes volatilités, mais nombre d’exploitations, de plusieurs centaines d’hectares, sont très rentables, et ils bénéficient de la plus grosse part des subventions, même si un rééquilibrage douloureux a été opéré au cours des dernières années. Un céréalier dispose en général d’un revenu trois fois supérieur à celui d’un éleveur. En valeur, la production végétale (y compris les fruits et légumes) représente 42 milliard d’euros. C’est le secteur de loin le plus rentable de l’agriculture

Restructurer la filière animale

C’est donc surtout l’élevage qui est en crise, et notamment parce que la restructuration n’a pas été menée dans les abattoirs porcins et bovins. Le chiffre d’affaires de la production animale et laitière, a atteint 26 milliards d’euros en 2014, dont 9 pour le lait, 7 pour la production bovine, 5 pour la volaille et 3,5 pour le porc. Il faudrait agrandir les exploitations, automatiser les usines d’abattage, adapter l’offre à la demande des consommateurs, qui évolue de plus en plus vers “du prêt à manger”. C’est à ce prix que les crises agricoles s’estomperont. On en est pas là. Même si Manuel Valls et Stéphane Le Foll arrivent à trouver quelques dizaines de millions d’euros pour répondre à la colère qui se manifeste.

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