La digitalisation du retail dans les veines

|

Pour piloter la transformation numérique de leur entreprise – poids lourds du retail ou PME –, ces directeurs omnicanaux partagent de fortes compétences en e-commerce.

Cyril Olivier (leader marketing et web de Kiabi) : Monsieur transformation

Cyril Olivier, 47 ans, se serait bien vu politologue. Mais après son Descaf à Skema Lille en 1992, c’est le commerce qui l’emporte. Rouennais­ d’origine, il débute chez Yoplait puis rejoint en 1996 la centrale de Système U comme chef de produit junior pour le bazar. « Ce sens empirique du commerce m’a bluffé ainsi que cette capacité à tisser un réel maillage entre la centrale et les adhérents pour rester au contact du client », analyse-t-il. Fin 1998, il intègre les 3 Suisses, où il passe de chef de produit et marché à responsable web puis directeur e-commerce. Il y vit le passage de l’équipement de la maison au textile puis de la VAD à l’e-com­merce. « J’ai appris la maniè­re de sublimer la vente grâce au stylisme, puis de remet­tre du sens produit plutôt que d’activer les seules promos. » Fin 2010, c’est l’arrivée chez Kiabi, « attiré par cette marque forte et accessible, l’esprit d’entreprendre des actionnaires et un modèle de gouvernance valorisant les compétences quel que soit le profil ». Après un passage express à l’exploitation web, il prend la direction des activités digitales marchan­des et cross-canal de la marque-enseigne. Depuis 2015, il assume aussi la direction marketing et l’accompagnement stratégique de Kiabi Russia. Parmi ses motifs de fierté, la création de l’e-réservation dès 2014, la réussite des bornes en magasin, l’ouverture d’un site portugais et bientôt brésilien.

 

Edouard Margain (directeur digital de Lavinia) : un habitué des casquettes multiples

Rien de très étonnant dans le poste de directeur digital d’Édouard Margain chez Lavinia. Issu d’une famille lyonnaise appréciant les délices de la table, ce diplômé de la Grenoble école de management affiche, à 34 ans, une décennie d’expérience dans l’e-commerce. Après un premier poste en marketing chez Deloitte, ce fan de sports extrêmes entre en 2008 chez FittingBox. Créée par un ami d’enfance, la SSII développe des solutions de réalité augmentée pour l’optique. Il y monte notamment un site d’e-commerce européen et une marketplace de lunettes de soleil, Enjoysunglasses. En 2010, Marc Simoncini rachète cette dernière pour son site de lunettes et de lentilles Sensee, dont Édouard Margain reprend l’e-business. « J’y ai appris la frugalité de l’e-commerce, la nécessité d’alléger les coûts et d’assumer soi-même le plus de fonctions possible », analyse-t-il. Puis vient, mi-2015, son mercato vers Lavinia. « J’ai voulu participer à la digitalisation d’un retailer dont la mission est de transmettre la passion du vin », précise-t-il. Un sacré défi : Lavinia exploite cinq magasins et restaurants dans trois pays, propose 6 000 références online, vend en BtoB, organise des formations… Autant d’offres et de points de contact qu’il convient d’unifier. En deux ans, Édouard Margain repense la logistique et le SI, conçoit une expérience omnicanale sans couture et branche Amazon Prime Now. Un nouveau site européen, plus expérientiel et premium, est attendu pour l’été 2018.

 

PingKi Houang (leader omnicanal de Fashion3) : fast, fun and furious

Début septembre, PingKi­ Houang, 46 ans, a débuté une nouvelle aventure au sein de Fashion3 (prononcez cube), le nouveau cluster de l’Association familiale Mulliez qui regroupe Pimkie, Rouge Gorge, Grain de Malice, Orsay, Jules, Brice, Bizzbee et La Gentle Factory. « Ma mission : créer un écosystème favorisant les synergies entre ces huit marques et les faire entrer pleinement dans l’ère digitale, via des parcours homogènes et complè­te­ment client-centric », précise-t-il. Pour relever ce défi, PingKi Houang affiche vingt-sept années d’expérience dans l’e-commerce. Arrivé en France à 5 ans, ce natif de Phnom Penh fonde, en 1990, une société d’import de jeux vidéo alors qu’il est encore étudiant à la Sorbonne­. Il devient vendeur à la Fnac Micro, dans le quartier Latin, puis prend en charge les jeux vidéo à la centrale. Sept années qui débouchent sur une entrée chez Pixmania que les frères Rosenblum­ sont en train de créer. Ils lui confient le busi­ness development, puis la marketplace et enfin l’agence de délégation. Au bout de douze ans, il rejoint Showroomprivé au poste de directeur général et contribue à doubler l’activité du site. En 2016, il part diriger Stuart, spécialiste de la livraison du dernier kilomètre. Mi-2017, à la suite du rachat de la start-up par La Poste, il entreprend un break, vite écourté par Jean-Christophe Garbino, le nouveau leader de Fashion3. « J’apprécie l’esprit d’entreprendre des Mulliez et leur culture valorisant l’initiative et les compétences humaines », conclut-il. Quant au cube de Fashion3 ? « Il signifie fast, fun and furious. ça me caractérise bien. »

 

Thierry Lernon (directeur général e-commerce, CRM et cross-canal de But) : une vocation pour le digital

Né à Lille en 1967, Thierry Lernon a dédié toute sa carrière à l’e-commerce et au marke­ting relationnel. Formé à l’IEP de Bordeaux­ puis à Assas en économie et finance, il débute comme contrôleur de gestion à La Redoute. Il restera treize ans au sein du groupe Redcats puis Kering : d’abord en Suède chez Ellos Group, ensuite à New York à la division lifestyle de Brylane et il rentre en France en 2006 pour mettre en place la nouvelle organisation e-commerce de La Redoute. Après un court passage chez le pure player Made In Design, il rejoint, début 2011, Virginmega.fr, « la seule entité du groupe qui a perduré, au sein de laquelle j’ai développé le streaming musical par abonnement et le livre digital », se souvient ce grand lecteur. Un parcours qui lui vaut d’être débauché début 2014 par Frank Maassen, pdg de But. « Il m’a demandé d’écrire la nouvelle vision stratégique e-commerce de But, pour accélérer sa digitalisation et renforcer son approche omnicanale », précise-t-il. La livraison en point relais et le retrait magasin en deux heures sont lancés mi-2016. Les contenus relatifs aux 10 000 références et aux services sont constamment enrichis pour répondre aux attentes des clients, dont 80 % préparent en ligne leurs achats magasin. Dernier grand défi de Thierry Lernon : développer le CRM pour ne plus faire de différence entre clients off et online, qui doivent se voir proposer la même offre, les mêmes services et une expérience unifiée, sans couture. D’ici à 2019, le numéro trois de l’équipement de la maison ambitionne de faire passer de 3 à 7 % la part de l’e-commerce dans son chiffre d’affaires.

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Article extrait
du magazine N° 2483

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Recevez chaque matin tous les faits marquants sur les stratégies digitales, omnicanales et e-commerce des distributeurs et sur les solutions technologiques conçues pour les accompagner.

Ne plus voir ce message