La distribution nippone en ébullition

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La fusion de Seven & I Holdings avec Millenium Retailing, les numéros deux et huit de la grande distribution japonaise, donne naissance à un nouveau géant dans un secteur en pleine restructuration.

>La refonte de la grande distribution s'accélère. Quelques jours seulement après la montée en puissance de Wal-Mart dans le numéro cinq local Seiyu, et l'annonce par le gouvernement du futur durcissement de la législation sur l'ouverture des grandes surfaces, la naissance du nouveau champion japonais a été officialisée. Seven & I Holdings - qui contrôle Ito Yokado et 7 Eleven - et Millenium Retailing (les grands magasins Seibu et Sogo) ont annoncé, le 25 décembre, des fiançailles qui feront du nouvel ensemble le numéro un nippon (et 5e mondial), avec un chiffre d'affaires de 32 milliards d'euros. Seven & I rachètera 65 % de Millenium Retailing pour un peu moins de 1 milliard d'euros à fin mars, et le reste des actions en juin.

« L'alliance est une nouvelle étape de la restructuration du secteur, estime un professionnel de l'alimentaire, d'autant que l'actionnariat de Daiei, numéro trois local, devrait évoluer lorsque l'organisme public chargé de son redressement cédera ses titres début 2008. » Le quotidien Yomiuri y voit pour sa part la « troisième vague du changement » : après l'apparition des supermarchés généralistes et le développement des convenience stores (CVS), l'heure est aux synergies et aux rationalisations, notamment les achats. Les dirigeants de Seven & I et de Millenium Retailing ont insisté sur cette motivation lors de leur conférence de presse. Même si l'alliance semble aussi justifiée par un fort sentiment d'urgence face à un environnement incertain. « On ne sait pas où se dirige la distribution du futur », a expliqué Toshifumi Suzuki, président de Seven & I et futur président du nouvel ensemble.

Des concurrents en meilleure forme

 

De fait, les concurrents d'Ito Yokado et de 7 Eleven ont été plus rapides à anticiper les changements. Les nouveaux dirigeants de Daiei, en redressement, ont repositionné l'enseigne sur l'alimentaire et semblent récolter les premiers fruits de cette stratégie. En novembre et décembre, les ventes ont été supérieures à celles de 2004 pour la première fois depuis deux ans et demi. Aeon poursuit son programme d'ouvertures de centres commerciaux à la périphérie des villes et a digéré ses différentes acquisitions (y compris les 8 hypers de Carrefour). Mycal, qu'Aeon avait récupéré au bord de la faillite en 2001, a annoncé, début janvier, avoir remboursé toutes ses mauvaises créances. Lawson expérimente depuis quelques années, avec le soutien capitalistique et industriel de Mitsubishi Corporation, des CVS thématiques (Natural Lawson, 100 Yen Lawson). Uniqlo s'est relancé à l'international en 2005 après trois ans de restructuration. Une partie des grands magasins, y compris Seibu et Sogo, profitent de la reprise de la consommation privée, notamment celle des foyers à revenus élevés. Les bonus de fin d'année des salariés du privé ont augmenté de 5 % en 2005...

À l'inverse, Ito Yokado s'était endormi sur ses lauriers, porté par le succès de sa filiale 7 Eleven. Il n'a pas su renouveler la formule du supermarché des années 70-80, attaquée par la montée en puissance des discounters spécialisés. Qui plus est, depuis 2000, les ventes des CVS reculent, alors que les ouvertures de nouvelles surfaces se multiplient. Quant aux supermarchés et aux grands magasins, ils voient décliner leur chiffre d'affaires depuis huit ans.

Enfin, contrairement aux pronostics d'il y a cinq ans, les groupes étrangers ont du mal à percer. Après avoir englouti près de 250 millions d'euros, Carrefour a jeté l'éponge en mars 2005. Wal-Mart, trois ans et demi après son entrée au capital, n'a toujours pas réussi à faire de sa filiale à 53 % Seiyu un centre de profit. Après sa récente montée dans le capital, sa stratégie est simple : accélérer la mise en place d'un système informatisé d'achats dans tous les supers de l'enseigne, augmenter le poids des marques propres dans son assortiment et persévérer dans sa politique de discount.

Société à l'occidentale

 

Ces choix sont cohérents avec l'évolution des consommateurs nippons, selon l'expert en marketing Atsushi Miura, qui explique, dans un livre récent (Karyu Shakai, la Société du bas), que le Japon devient de plus en plus une société de classes, à l'occidentale, avec d'un côté des foyers aux revenus de plus en plus élevés, de l'autre une classe moyenne aux moyens plus limités. Des grands magasins restructurés cibleront la première catégorie - ce que fait Sogo avec son nouveau magasin du quartier de Shinsaibashi à Osaka ou Isetan à Tokyo -, et les discounters développeront une offre adaptée aux besoins de la seconde en tenant compte de particularités locales.

Le gouvernement ne facilite pas la tâche de Wal-Mart, d'Aeon et de Daiei... Soutenu par les lobbys de petits commerçants, il a décidé de présenter, cette année, un projet de révision de la loi sur l'urbanisme et d'interdire l'implantation des grandes surfaces commerciales de plus de 10 000 m2 dans les banlieues. Les difficultés croissantes des petits commerces ont incité les partis de la majorité à durcir la loi à partir de 2007, ce qui suscite l'amertume du président d'Aeon - groupe le plus touché par ce changement -, pour qui « c'est un retour en arrière, alors que le gouvernement devrait plutôt stimuler la consommation intérieure ». La grande distribution nippone est assurément à la veille de bouleversements, et personne n'est capable de donner le vainqueur des évolutions actuelles...

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Article extrait
du magazine N° 1934

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