Marchés

La distribution s'active sur les produits locaux

Lors d'une table ronde organisée le 28 juin par LSA et le Sial 2012, les enseignes ont dévoilé leur politique en matière de produits locaux, dont la présence en magasins ne cesse de croître.

Le local n'a jamais été autant à la mode. De par la demande du public d'abord, toujours plus en attente de fraîcheur, de qualité et de santé, mais aussi très favorable à tout ce qui se révèle un soutien pour l'économie et l'emploi local. Sous l'impulsion des politiques aussi. Le soutien à la production française a été, en effet, l'un des thèmes principaux de la campagne présidentielle. Le nouveau gouvernement étant allé jusqu'à créer un ministère du Redressement productif. Dans sa région, alors qu'il était député, Arnaud Montebourg avait lui-même fortement incité les enseignes à s'approvisionner localement. Quant à Sylvia Pinel, à peine nommée ministre du Commerce, elle a été invitée par Casino à se rendre compte des efforts menés en matière d'offre locale dans un magasin à Beaumont, dans le Tarn-et-Garonne ! C'est dire si le produit local est dans l'air du temps.

En réalité, il l'est depuis longtemps dans un certain nombre de magasins. Ceux dont le pilotage est indépendant, comme les Cora ou Intermarché, ont toujours eu des produits du village, du canton ou de la région, ne serait-ce que pour cause d'insertion dans l'économie locale. Les plus centralisés ne sont pas les derniers, notamment Auchan dans le domaine des produits agricoles, et Casino, qui déploie désormais une politique active en la matière. D'où l'idée d'une table ronde, organisée par LSA et le Sial le 28 juin, pour tenter d'y voir plus clair dans les stratégies, avec le témoignage de responsables de quatre enseignes : Sabine Pélissier (Casino), Christian Delesalle (Auchan), Alain Pardon (Cora-Match), Daniel Sberna et Benoît Landier (Intermarché) et le nouveau président de la Feef, Dominique Amirault.

 

Effet d'image ou business réel

Quelques chiffres, d'abord. Effet d'image ou business réel ? Les deux, apparemment. Pour Cora, par exemple, Alain Pardon estime que « les produits locaux représentent 10% de l'alimentaire, mais le chiffre précis est difficile à obtenir, car ces produits n'ont pas de codes-barres spécifiques et ne passent pas par la centrale ». Chez Intermarché et Auchan, on estime le poids de l'offre dans le chiffre d'affaires du magasin entre 1 et 3%. Quant à Casino, il compte quelque 700 entreprises, artisans ou producteurs référencés pour les produits locaux. « Mais, surtout, nous observons une demande en très forte hausse cette année, de l'ordre de 30 à 40 % , constate Sabine Pélissier. Tout dépend des secteurs mais, dans mon magasin, l'offre en légumes est composée à 80 % avec des producteurs locaux. Parfois, elle tient à la localisation du point de vente. Il n'est pas facile d'avoir du melon local à Lille ou en Bretagne ! »

 

Du local au régional

Mais qu'est-ce qu'un produit local ? Alain Pardon, patron de l'offre pour Cora-Match, fait appel à la géographie et au bon sens : « Du cassoulet toulousain à Toulouse, c'est de l'offre locale, mais pas dans le Limousin ! Cependant, il faut distinguer le produit local, qui fournit un ou deux magasins, et le produit régional, qui peut répondre à une dizaine de magasins ou plus. Et les deux offres se complètent. »

Chez Casino, où l'on élabore toujours la théorie avant d'agir, le concept a été testé en région stéphanoise avant un déploiement national. « L'offre locale provient de moins de 80 km, à quelques exceptions près, expose Sabine Pélissier. Nous avons un producteur exceptionnel de fruits récoltés localement qui livre des magasins à plus de 100 kilomètres. Mais surtout, il doit s'agir de producteurs, d'artisans ou de très petites entreprises, voire de PME, car le souhait des consommateurs, ce qui leur tient à coeur, c'est de soutenir les entreprises et l'emploi dans leur localité. Avec le goût, le plaisir et la confiance, la notion de solidarité est prédominante. »

Mais le débat est toujours passionné sur la définition du produit local, entre ultraproximité et produits régionaux. Pour le patron de la Feef, « le produit local ne doit pas se résumer au seul produit agricole, sans quoi les PME en seraient écartées. Or, c'est sur l'ancrage des entreprises et l'emploi qu'elles procurent que les clients choisissent ces produits ». Valérie Lobry, du Sial, pense la même chose et affirme que tout est fait pour l'on puisse trouver des produits locaux de PME lors de son salon. Charles Antoine de Fougeroux, dirigeant des Biscuits Fossier, abonde aussi dans ce sens : « Un produit local doit avant tout véhiculer une image, et sa diffusion peut aller bien au-delà de sa région d'origine. »

Comment nourrir cette offre qui demande de l'abondance ? Auchan a organisé pas moins de 14 salons régionaux l'an dernier, dédiés à ces PME ; Intermarché en fait autant. La qualité sanitaire est surveillée « comme le lait sur le feu , mais nous évitons de doublonner les contrôles, car nous savons que les PME sont fragiles », ajoute Benoît Landier, responsable du sourcing et PME d'Intermarché. L'approvisionnement local n'est pas une mince affaire à gérer. Mais les coups de coeur des patrons, qu'il s'agisse des raviolis frais de Daniel Sberna, fabriqués tout près de son magasin à Nice, ou du lait cru et du beurre qui fait fondre Sabine Pélissier chez Casino, n'ont pas de prix.

CORA-MATCH

Alain Pardon Responsable relations PME

  • En raison de l'indépendance des magasins voulue par le groupe, l'approvisionnement local a toujours été de la partie dans les Cora et les Match, qu'il s'agisse de produits ou d'entreprises locales. Il est couplé avec des opérations régionales. LE COUP DE COEUR Les producteurs de salades du Gaec Jungling, qui fournissent le magasin Cora de Moulins-lès-Metz. Compte tenu de l'importance de nos achats, 37 % de nos fournisseurs livrent en direct un ou deux magasins, sans passer par la centrale et la codification. De vrais fournisseurs locaux ! "

 

 

AUCHAN

Christian Delesalle Directeur des partenariats

  •  L'enseigne nordiste mène de front l'offre locale et l'offre régionale, sous les marques collectives telles Bienvenue en Gourmandise ou Produit en Bretagne. La première répond au soutien à l'économie proche du magasin, l'autre à une offre plus large, incluant des PME régionales. LE COUP DE COEUR La marque régionale Saveurs en Or, qui couvre la bière, le lait, la viande dans la région Nord. Les vrais produits locaux s'adressent à un ou deux magasins et représentent entre 1,5% et 3% du chiffre d'affaires alimentaire. Mais ces produits ont un statut et des racines auxquels les clients sont très sensibles. "

 

 

CASINO

Sabine Pélissier Responsable du développement de l'offre locale

  • Casino développe son offre locale via son nouveau concept Le Meilleur d'ici , avec des produits provenant de moins de 70 km de distance du magasin, chacun comptant en moyenne entre 25 et 40 fournisseurs en fonction du tissu économique et agricole local. LE COUP DE COEUR Le lait cru de la ferme de Restedern en Bretagne. L'offre locale doit rester du domaine des producteurs, des artisans et des TPE. Nous proposons 250 à 450 références sélectionnées pour leur goût et leur authenticité. Plus la production est proche du magasin, mieux c'est. "

 

 

INTERMARCHÉ

Daniel Sberna Adhérent direction sourcing et PME

  • L'offre locale d'Intermarché relève uniquement des magasins, même si les régions ou la centrale échangent des expériences et des adresses de fournisseurs. Très ancrée dans les territoires, l'offre locale de l'enseigne est importante. LE COUP DE COEUR Des artisans niçois proposant des pâtes fraîches sous blister, et notamment des raviolis. L'offre locale ne représente que 2 ou 3 % des ventes du magasin, mais 80 % des ventes de légumes, que je vends à prix coûtant, car ils sont devenus trop chers et les gens en mangent trop peu. "

 

 

Les enjeux

  •  La demande de produits locaux par la population s'intensifie 
  • Le contexte politique, en faveur de la production française, crée un environnement propice
  • La principale revendication des clients tient au soutien de l'économie locale et à l'emploi

 

Définition

Le produit local n'a pas de définition légale et chaque enseigne peut en dessiner le contour. Aux États-Unis, s'est développée la notion de « one hundred miles », le produit devant provenir de moins de 160 km à la ronde, pour des raisons écologiques. Casino se limite à 80 km. Producteur de fruits et légumes, taille d'entreprise (TPE ou PME), recettes peuvent aussi servir de cadre.

1 commentaire

Jean Luc

18/07/2012 09h34 - Jean Luc

Sauf erreur, la marque régionale de Normandie est "Bienvenue en Gourmandie" si je ne m'abuse, et non "Gourmandise".

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