La distribution signe en faveur de l'écologie

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Développement durable - Suite du Grenelle de l'environnement, la signature d'une convention avec le ministère de l'Écologie engage les acteurs de la grande distribution sur des objectifs ambitieux. Qui ne pourront pas se réaliser sans l'implication de ses fournisseurs.

« Écologique et moins cher que le produit de référence. J'aimerais bien que cela se sache un peu plus. » Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie, avait tenu, le 29 janvier, à faire précéder la signature de la convention entre son ministère et la grande distribution d'une visite en magasin. Au Carrefour de Saint-Quentin-en-Yvelines, le rayon des produits d'entretien lui a donné le ton de cet accord, qu'il commentera un peu plus tard devant la presse : « Cette convention est importante dans la mesure où la distribution est un secteur influent sur le comportement du consommateur, mais où il pèse aussi en amont sur les producteurs, les industriels et les agriculteurs ou encore sur la filière de l'emballage. »

Première du genre en Europe, la convention, qui se décline en six engagements majeurs pris pour cinq ans sur le terrain du développement durable, innove à un double titre : pour la première fois, c'est tout un secteur qui prend date collectivement alors que, en retour, les pouvoirs publics s'engagent à apporter les soutiens nécessaires à la réalisation des objectifs. Illustration emblématique : la volonté d'augmenter de 15 % chaque année l'offre de produits issus de l'agriculture biologique. « C'est un objectif ambitieux, commente Stéphane Dufort, responsable du développement durable pour la branche supermarchés de Carrefour, mais réaliste par rapport à la demande très forte du consommateur. Nous ne pourrons tenir un tel rythme de croissance que si les pouvoirs publics soutiennent financièrement la reconversion des agriculteurs, sachant que le bio ne couvre actuellement que 1,8 % des surfaces cultivées en France. »

Des objectifs précis

De l'écoconception à la réduction des emballages en passant par une gestion verte des transports et l'information du consommateur, la convention FCD-Medad balaie large et va s'obliger à des expertises complexes. Trop ? « Les indicateurs seront forcément sujets à débat, mais ils auront au moins l'avantage de donner un cadre référentiel qui permettra à chacun de se positionner, estime Hervé Juvin, président de l'Eurogroup Institute. Cet accord va donc dans le bon sens, parce qu'après la période des grandes déclarations d'intention, il responsabilise les acteurs sur des objectifs précis. »

Responsabilisées, les grandes enseignes alimentaires le sont toutes, à titre individuel, mais aussi collectif depuis plusieurs années, comme l'a rappelé Jérôme Bédier, président exécutif de la Fédération du commerce et de la distribution. « Deux programmes, en 2003 et 2005, nous ont déjà engagés dans ce domaine, notamment celui de la réduction des sacs de caisse. Mais le Grenelle de l'environnement a créé un cadre nouveau, qui nous conduit à cette démarche globale. » La distribution va mobiliser ses compétences pour travailler sur tous ces sujets, mais « cette convention est aussi ouverte sur l'extérieur », a souligné Jérôme Bédier. Une manière d'en appeler déjà à tous les partenaires, qui ne manqueront pas d'être impliqués : on a cité le monde agricole, mais aucune filière industrielle ne pourra échapper à des remises en question, pas plus que les prestataires de la supply chain. Les organismes experts, ceux en particulier qui décernent les écolabels, seront aussi mis à contribution.

Accompagner le client

Des six engagements pris par la FCD, le premier - qui se donne pour objectif d'orienter les choix du consommateur vers les produits écologiques - est aussi celui qui, sans conteste, mobilise tous les efforts. « Les mesures que nous voulons prendre sont réalisables, mais tout dépendra de la prise de conscience des clients, prévient Jacques Beauchet, directeur général de Carrefour. En la matière comme pour le reste, c'est le consommateur qui tranchera. Mais il faut souligner que, de notre côté, nous ferons tout ce qu'il faut pour l'accompagner dans cette prise de conscience et pour qu'il adhère à nos initiatives. » L'étiquette carbone, censée mesurer le CO2 généré par la production et la commercialisation des produits, est évidemment dans tous les esprits. « L'objectif est bien de pouvoir établir, à terme, le " prix " écologique des produits », précise le ministre.

Mis à l'étude par le groupe Casino, l'étiquetage carbone devait apparaître sur quelques dizaines de produits à marque de distributeur du groupe au printemps. Casino parle aujourd'hui du second semestre et insiste surtout, par la voix de Claude Risac, son directeur des relations extérieures, sur « la nécessité de partager cette initiative avec tous les distributeurs ». Pierre Frisch, directeur environnement d'Auchan, acquiesce : « Sur ce sujet, nous devons éviter la cacophonie nutritionnelle, où chacun s'active dans son coin avec, à l'arrivée, des informations hétéroclites. Il est donc impératif que les données soient partagées et que tout le monde utilise les mêmes. » Et pas question « de jouer avec les indicateurs, ajoute une porte-parole d'Intermarché, les informations doivent être réelles et tenir compte, notamment, de la situation de chaque magasin. »

Pour réussir ce pari, une condition expresse : la simplicité. Pourtant, on fait valoir, à la FCD, que l'empreinte carbone, déjà complexe à mesurer et à formaliser, n'est pas la seule information environnementale que pourrait délivrer cette étiquette. Philippe Joguet, chef de service réglementations et développement durable à la Fédération, centralise les travaux sur le sujet, avec l'étiquetage de 300 produits représentatifs de la consommation. La méthode reste à construire, mais « nous avons l'intention de faire beaucoup d'efforts sur la lisibilité », promet Philippe Joguet, qui reconnaît quelques problèmes de visibilité, voire de crédibilité sur les écolabels qui fleurissent ces dernières années. Sans préjuger de la méthode de travail, un précédent a la cote parmi les membres de la FCD : l'étiquette énergétique des appareils électrodomestiques, « qui donne une information claire et quantifiée. » Créditée aussi de ses effets positifs sur les ventes, l'étiquette est pourtant contestée par l'industrie du gros électroménager, qui s'y sent à l'étroit et plaide désormais auprès des autorités européennes pour sa reconfiguration (lire ci-dessous).

Prolonger la vie des produits

Précurseur, le secteur de l'électrodomestique le reste, puisqu'après avoir assuré le succès de l'étiquette énergie, il se frotte concrètement, depuis un peu plus d'un an, au problème du recyclage - un autre élément clé de la convention - avec l'entrée en application de la directive D3E (LSA n° 2018). Le système, qui sort à peine de sa phase de rodage, ouvre déjà des perspectives aux plus entreprenants. « Nous encourageons nos fournisseurs à s'investir dans l'écoconception, révèle Serge Amiard, président du directoire de Darty, mais nous réfléchissons aussi à infléchir notre business model dans ce sens. » Championne incontestée du service, l'enseigne d'électrodomestique imagine ainsi de proposer de nouvelles prestations à ses clients. « Si nous voulons sortir du cycle économique où l'on jette systématiquement les appareils au moindre incident, nous devons nous donner les moyens de prolonger la vie des produits, poursuit le patron de Darty. Sans dévoiler ses projets, Serge Amiard signale quand même que le télédépannage permet de résoudre à distance 80 % des pannes dans l'informatique, mais seulement 40 % pour les téléviseurs et 15 % pour le gros électroménager. Des ratios qui laissent une forte marge de progression...

Un vrai critère de sélection

L'exemple de Darty plairait à Serge Papin, président de Système U, qui se réjouit de voir le GIE de recyclage des déchets Ecovalor atteindre, dix ans après sa création en Vendée, l'équilibre financier. « L'économie rejoint l'écologie », conclut Serge Papin. Une formule que les Américains ont déjà adoptée. Associé chez PriceWaterhouseCoopers, Pierre-François Thaler rappelle que Lee Scott en personne, le PDG du tout-puissant Wal-Mart, s'est dit prêt à consentir des conditions moins draconiennes aux fournisseurs qui amélioreront la performance écologique de leurs produits. « Cela indique à quel point le développement durable devient un critère de sélection des produits au même titre que sa qualité ou la fiabilité de son producteur », ajoute le consultant, qui s'apprête à lancer dans l'univers de la grande consommation un outil d'évaluation des fournisseurs, Ecovadis, pour donner les moyens aux acheteurs de « faire le bon sourcing », mais aussi de limiter les risques.

Dans l'immédiat, « notre boulot, c'est d'élaborer une méthodologie commune », tempèrent les représentants des enseignes. Les questions économiques - prix des produits, fiscalité environnementale, options de bonus-malus - ne sont pas abordées. Pour ne pas préjuger des expérimentations.

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Article extrait
du magazine N° 2030

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