Marchés

La filière agricole pour du CBD est en France à l’âge du Minitel…. [Tribune]

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TRIBUNE D'EXPERTS Antoine Roux, entrepreneur toulousain, fondateur de la marque Yogah, porte-parole du Syndicat professionnel du chanvre et adhérent de l’association française des producteurs de cannabinoïdes, livre une tribune à LSA. Celle-ci concerne la filière agricole qui pourrait tirer bénéfice de l’essor actuel des produits à base de CBD. Mais…….  

Antoine Roux, fondateur de Yogah
Antoine Roux, fondateur de Yogah© DR

Le CBD est un véritable phénomène de société, et cela s’explique aisément. Environ 1000 CBD shops ont fait irruption ces derniers mois dans nos centres villes, la GMS distribue certaines marques au succès naissant, près de 8 000 buralistes en commercialisent. Enfin, des acheteurs de grands groupes de parapharmacies me confient que 10 % de leurs officines ont référencé des produits avant même que leur centrale n’ait eu le temps de finaliser le cahier des charges.

Ce boom, on le doit d’abord à l’Europe qui, en vertu de la libre circulation des marchandises, a contrecarré la politique conservatrice prohibitionniste du gouvernement français.
On le doit aussi à la mondialisation: l’écrasante majorité des produits finis est importée de nos pays limitrophes. Quant à la matière première issue de l’extraction de la plante, elle provient de ceux qui ont eu la volonté d’accompagner leur filière agricole, tels que les Etats-Unis, l’Amérique du sud, le Canada et nombres de pays de l’UE…

Au niveau du développement d’une filière CBD en France, on en est à l’âge du minitel quand la majorité des états déploient la 5G…

Ce retard, nous le devons en premier lieu au type de chanvre qui est donné à cultiver aux agriculteurs. Les 600 cannabiculteurs recensés par l’’AFPC en 2021 sont contraints par les limites du catalogue français. Celui-ci est en effet uniquement composé de semences fibreuses adaptées au secteur du BTP, du textile ou de l’alimentaire, mais nullement à l’extraction des cannabinoïdes.
Un autre frein majeur réside dans le taux de THC autorisé dans la plante, de seulement 0,2 % en France aujourd’hui, contre 0,5 % en Italie ou 1 % en Suisse.

Les taux de CBD et de THC étant liés par un rapport de proportionnalité, on comprend que nos agriculteurs sont très loin de partir sur un pied d’égalité face à leurs concurrents. Dans la compétition sur un marché estimé en France à 900 millions d’euros, le handicap de départ est démesuré. Pour entrer dans la course et être en mesure de développer une filière française du CBD, le seuil acceptable pour ce taux de THC se situe assurément à 0.5 %.

L’accélération de nos concurrents, leur « 5G CBD », elle est aussi rendue possible par le génie génétique, qui leur permet de créer des semences riches en CBD et pauvre en THC. Il s’agit de semences féminisées, où seuls les plants femelles présentent une concentration intéressante, les plants mâles devant être arrachés à la main en plein champ… Cette dynamique d’innovation, on la trouve également dans la technique du bouturage qui permet d’obtenir une production normée et homogène, avec une pleine maîtrise du taux de cannabinoïdes.

Créateur d’une marque CBD, je suis aussi fils d’agriculteur. Sur l’exploitation familiale, nous avons décidé de cultiver cette année deux parcelles pour recueillir des données chiffrées pour notre projet.
Alors qu’un hectare de maïs dégage sur notre exploitation un CA de 2,7 k€, cette même surface en chanvre typé CBD cultivé en bio dégagerait, avec un rendement correct, un revenu de… 560 k€*.

On voit bien que nos territoires se privent aujourd’hui d’une manne financière exceptionnelle. La majorité des agriculteurs passerait d’un état de précarité à une capacité d’investissement importante et pourrait vendre leur production en circuit court. Avec, à terme, un maillage territorial potentiellement comparable à celui des vignerons.

Mais cela reste pourtant aujourd’hui une chimère. Notre gouvernement s’oppose à la législation européenne et tend à interdire la vente de fleurs (cf projet d’arrêté du 20/07/21).

Cette décision casserait complètement la dynamique agricole actuelle. Les pays performants sur le sujet ont tous une agriculture forte et "décomplexée". La fleur représente en général 60 à 80 % des revenus dans un premier temps, avant que les produits transformés ne prennent le pas.
Il ne faut donc pas rêver : si les agriculteurs ne vendent pas de fleurs et continuent d’avoir un cadre réglementaire de culture datant de l’après-guerre, les extraits continueront de provenir de l’étranger. La France sera un pays de distribution et les agriculteurs auront été floués.

*sur la base du prix de gros des fleurs - 100 kgs (3500 pieds à l’hectare x 0,2 kg/pied x 800 € HT/kg)

A propos de l'auteur :
Antoine Roux, fondateur de Yogah
Porte-parole du Syndicat professionnel du chanvre
Adhérent de l’association française des producteurs de cannabinoïdes (AFPC)


 

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