La filière bio en pleine crise de croissance

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La France accuse du retard par rapport à ses partenaires européens. Suite au rapport du député Martial Saddier, le ministère de l'Agriculture doit annoncer des mesures avant la fin de l'année afin de relancer le secteur.

Le Salon Marjolaine, principal rendez-vous des amateurs de produits bio, ouvrira ses portes ce samedi. On y attend près de 72 000 visiteurs. Côté exposants, on devrait parler de l'avenir de la filière. Le constat est connu : la France, naguère leader de l'agriculture biologique, est en perte de vitesse. Si les surfaces progressent fortement (+ 23 % en 2002) et le nombre d'exploitations un peu moins (+10 %), l'Hexagone n'a consacré en 2001 que 1,4 % de ses surfaces aux cultures bio. Mais surtout les conversions d'agriculteurs sont en panne. On est loin du million d'hectares et des 25 000 exploitations fixés par le plan de développement de l'agriculture biologique lancé en 1997.

Pourquoi ce retard ? Pour Martial Saddier, député UMP de Haute-Savoie, auteur d'un rapport pour le compte du Premier ministre, il faut chercher du côté des différences de cahiers des charges entre les pays européens. « La France doit arrêter de surenchérir par rapport à la réglementation européenne [...] Je ne comprends pas pourquoi l'Union européenne a laissé les États membres réécrire complètement les règlements. Elle a tout intérêt à définir une agriculture biologique qui soit la même de la Pologne à la Bretagne, ne serait-ce que pour s'armer face aux importations », explique le député.

Ainsi, la moitié des produits bio vendus en France est importée. « Si la réglementation du bio existe, c'est grâce à la volonté des producteurs. Il ne faut pas les déposséder de leur bien », répond Vincent Perrot, délégué général de la Fédération nationale de l'agriculture biologique (Fnab), qui rassemble 70 % des agriculteurs bio, et qui craint « une harmonisation au ras des pâquerettes ».

Économies d'échelle

Autre élément de distorsion, l'Hexagone est l'un des derniers pays n'ayant pas instauré une aide au maintien, censée reconnaître les effets positifs de la bio sur l'environnement, l'aménagement du territoire et l'emploi.

Le rapport Saddier pointe aussi le manque d'informations sur le comportement du consommateur ou l'établissement des prix et préconise la mise en place d'un observatoire des coûts et des prix. « La France a connu plusieurs années avec des taux de croissance supérieurs à 20 % par an, ce qui est trop rapide pour permettre une adéquation parfaite entre l'offre et la demande », analyse Michel Helfter, directeur de l'Agence Bio, organisme qui chapeaute la filière.

Martial Saddier propose de renforcer les aides vers l'aval de la filière, trop peu développé. Ce qui revient « à placer l'agriculture biologique face au dilemme de son schéma d'évolution : rester une niche, et ne jamais être à même de s'engager sur un terrain industriel, ou devenir une agriculture à part entière dans l'agriculture française, et se donner les moyens d'organiser suffisamment la filière de production pour pouvoir s'intégrer à des procédés industriels de transformation ». Cela suppose des approvisionnements stables et réguliers ainsi que la réalisation d'économies d'échelles pour amortir investissements et coûts de production. Dans ce modèle, « la grande distribution est la porte d'entrée des consommateurs dans l'agriculture biologique ».

Créer une interprofession

Les GMS représentent déjà 40 % des ventes en valeur, devant les magasins spécialisés (28 %), les marchés et la vente directe (23 %). Les enseignes auditionnées par le député mettent en avant « les difficultés d'approvisionnement, l'hétérogénéité de la qualité, la traçabilité médiocre, les prix élevés et non attractifs, un taux de rotation faible en rayons ». Autant de handicaps qui les ont incités à créer leurs marques propres, proportionnellement deux fois plus importantes en bio qu'en conventionnel.

« Si on veut développer le bio en France, on ne le fera pas qu'avec la grande distribution », avertit pourtant Vincent Perrot, pour qui le maintien de circuits courts est vital. Avec les principales organisations de la filière, la Fnab a adopté une plate-forme commune en réaction au rapport Saddier : ils y réclament la création d'une véritable interprofession. Les « bio » s'inquiètent que l'on veuille les diluer dans les organisations de l'agriculture conventionnelle. La bio serait-elle devenue une affaire trop sérieuse pour la laisser aux mains des bio ?, ironise l'association Nature et Progrès.

Cela fera partie des questions que doit trancher le ministre de l'Agriculture, Hervé Gaymard, qui a promis un plan pluriannuel de développement du bio pour la fin de l'année. Il semblerait que le projet « se contente de grandes orientations à moyens budgétaires constants, hormis l'aide au maintien, qui serait instituée », selon un connaisseur de la filière. Le titre du rapport Saddier, Vers la reconquête d'une première place européenne, ne serait donc qu'un voeu pieux ?

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Article extrait
du magazine N° 1835

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