La filière courte, le petit modèle qui grandit

|

Enquête - En quelques années, les filières courtes, sans intermédiaire entre le producteur et les consommateurs, sont passées du stade embryonnaire à l'état de circuits d'avenir. Ce phénomène est porté par les préoccupations environnementales grandissantes des Français.

Chaque mardi, Miren Iturria-Martin va chercher un panier de fruits et légumes dans un magasin relais près de son bureau. Cela fait plus de dix ans que cette fonctionnaire territoriale à Gaillac (Tarn), a adhéré au réseau Cocagne, des jardins maraîchers biologiques à vocation d'insertion sociale et professionnelle. « Notre motivation première est de manger de bons fruits et légumes ainsi que des produits locaux de saison, souligne Miren Iturria-Martin. Et cela nous coûte moins cher qu'en GMS. » Pour sa viande, elle s'adresse aussi à un agriculteur de la région, qui lui vend des colis de 7 kg qu'elle stocke ensuite au congélateur.

Un succès croissant

Une consommatrice atypique ? Pas tant que ça. Depuis quelques années, les filières courtes, portées par les produits frais (fruits et légumes, viandes, fromages...), connaissent en effet un succès croissant. Sans intermédiaire entre le producteur et le consommateur, le système est aujourd'hui symbolisé par les associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (Amap). Ce rapport direct rassure des consommateurs échaudés par la multiplication des crises sanitaires.

Le développement des filières courtes a connu une nette accélération, sous l'effet conjugué du pacte de Nicolas Hulot pendant la dernière campagne présidentielle et du Grenelle de l'environnement. Mais les Français semblent aussi faire le choix de cette forme alternative de commerce pour « le lien social qui se crée, une certaine authenticité, ainsi que par volonté de s'engager, souligne Sébastien Ravut, fondateur du Marché citoyen, un annuaire internet sur la consommation bio, équitable et citoyenne. Preuve de cet engouement, il est aujourd'hui très difficile dans nombre de villes, notamment à Paris, de trouver une place dans une Amap. »

De multiples canaux

Mais il existe bien d'autres types de filières courtes, à commencer par les antiques marchés de producteurs, qui restent encore le principal circuit de la vente directe. Autre pratique séculaire, la vente à la ferme qui tend à se structurer et à prendre des formes plus ludiques, à l'image des vingt-deux cueillettes du groupement d'intérêt économique (GIE) Chapeaux de Paille. Les producteurs laissent les consommateurs arpenter, généralement en famille, leurs champs, potagers et vergers. Un retour à la terre le temps d'une journée ou de quelques heures. Plus récents, les magasins de producteurs connaissent, eux aussi, un succès croissant et tendent à se multiplier et à se spécialiser. Enfin, dernier arrivé, le web, grâce auquel quelques agriculteurs s'affranchissent des intermédiaires. Mais les coûts logistiques liés aux contraintes sanitaires des produits frais restent un frein au développement des ventes directes sur internet.

Du côté des producteurs, les différentes interprofessions et les grands syndicats agricoles se font peu diserts sur le sujet, mais ne cachent pas leur réprobation contre cette minorité qui « casse le marché » en ne respectant pas les politiques de prix des filières. La Confédération paysanne (proche des milieux altermondialistes) se félicite, quant à elle, de cet engouement qui « contribue à relocaliser les productions, explique Régis Hochart, son porte-parole. On a en effet eu tendance à concentrer les productions, avec l'impact négatif sur l'environnement que l'on connaît, sans parler des dépenses énergétiques et de la pollution liées au transport des marchandises. »

Un élément de différenciation

Mais que l'on ne s'y trompe pas, la vente directe reste une pratique commerciale encore largement marginale. « Le chiffre d'affaires est globalement négligeable, et ce système n'intéresse que des petits producteurs peu structurés », estime ainsi Pierre Bergougnoux, PDG de PB Conseils, spécialiste des produits frais alimentaires. Certes. Mais si la grande distribution n'a pas attendu l'émergence des filières courtes pour mettre en avant ses approvisionnements locaux, on ne peut que constater la multiplication des initiatives mettant en scène les relations entre distributeurs et producteurs. Ce que reconnaît d'ailleurs Pierre Bergougnoux. Il rapporte ainsi une expérience récemment mise en place par le Leclerc de Pornic, « qui a créé la marque C'est du coin, s'étendant aussi bien sur des produits carnés, des fruits et légumes, des fromages que des produits de la mer, avec à chaque fois l'adresse et la photo des producteurs ». Ces derniers effectuent même des animations dans le point de vente.

L'enseigne spécialiste du bio La Vie claire a, quant à elle, lancé Esprit de Saison en mai 2007 : un panier de fruits et légumes bio hebdomadaire fourni par des producteurs locaux. Un concept sur lequel se pencheraient déjà nombre d'enseignes bio et qui pourrait donner des idées à la grande distribution. Les plus prompts à récupérer cette tendance environnementale et sociétale à leur profit pourront en faire un puissant élément de différenciation, bienvenu à l'orée de la guerre des prix qui se profile.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2031

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous