La filière laitière “invitée” à Matignon par Manuel Valls, les industriels inquiets

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Dossier Le Premier ministre, Manuel Valls, entouré d’Emmanuel Macron et de Stéphane Le Foll, a convié la filière laitière à Matignon pour faire le point sur les négociations commerciales. Les industriels se disent inquiets. Stéphane Le Foll n'avait pas été tendre avec eux devant les députés, lors d'une audition...

Manuel Valls entouré de Stéphane Le Foll et Emmanuel Macron. Les trois surveillent les négociations commerciales comme le lait sur le feu.
Manuel Valls entouré de Stéphane Le Foll et Emmanuel Macron. Les trois surveillent les négociations commerciales comme le lait sur le feu.© Sylvain Aubril

Nouvelle réunion de crise sur la filière laitière. Manuel Valls, Premier ministre, Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, et Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, vont recevoir les syndicats agricoles, notamment la FNPL et la Confédération paysanne, avec les industriels de la Fédération nationale de l’Industrie laitière (FNIL) et les représentants des enseignes, pour faire le points sur les négociations commerciales.

Cette réunion semble inquiéter les industriels conviés, de Lactalis à Danone, Savencia (ex-Bongrain), ou encore Bel. La Fnil, présidée par Olivier Picot, a publié un communiqué. Elle précise que “les industriels laitiers et leur fédération partagent pleinement les inquiétudes de la filière et réitèrent leur volonté que tous dispositifs ou toutes actions qui pourraient être exigés des différents acteurs à l’issue de la réunion soient conformes avec les règles de concurrence”.

Besoin de vérifier les risques sur le “bien fondé de l’action” des ministres

La FNIL et ses adhérents - sous le coup d’une enquête de la Commission européenne pour "pratiques anticoncurrentielles alléguées” - comme de nombreuses autres fédérations et industriels - en raison des différentes réunions qui ont eu lieu au ministère de l’Agriculture l’an dernier visant à améliorer les cours du lait, n’ont pas du tout envie de voir débarquer les gendarmes de la concurrence dans leurs entreprises ou au siège de la fédération.

C’est tout le sens du communiqué où “ils rappellent ainsi que les discussions sur le prix du lait entre producteurs et transformateurs doivent se faire dans le cadre de relations contractuelles bilatérales et souhaitent une coordination des Pouvoirs publics avec les autorités de concurrence compétentes en vue de s’assurer du bien fondé de leur action”.

Par ailleurs, si les trois ministres, lors d’une précédente réunion avec les seules enseignes, avaient tenu à préciser que celles-ci n’étaient en rien responsables des crises agricoles, les industriels craignent de ne pas bénéficier de la même bienveillance. “Dans un contexte de « climat passionnel », les industriels laitiers et leur fédération soulignent la nécessité d’éviter toute stigmatisation et toute déclaration irresponsable. Il est en effet essentiel que les acteurs de la filière prennent leur responsabilité et facilitent chacun par leurs discours l’apaisement nécessaire à l’amélioration de la situation”. Ils voudraient en avoir l’assurance.

Stéphane Le Foll, pas tendre avec les industriels à l’Assemblée nationale

Or, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, n’avait guère été tendre avec les industriels et les distributeurs, le 17 février, lors d’une séance devant la Commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale. “On va multiplier les contrôles pour les grandes entreprises qui ne publient pas leurs chiffres. J’en connais dans le domaine laitier. Et il y en a qui gagnent de l’argent. On ne va pas le leur reprocher, qu’il y ait des entreprises qui marchent et figurent parmi les trois premières entreprises du monde dans le domaine laitier, très bien mais dans le contexte actuel chacun doit assumer leur part de l’effort”. Ce qui ne serait pas le cas. Il prévoit de renforcer les sanctions pour non publication de chiffre dans le cadre de la loi Sapin 2… D’où l’inquiétude fondée des industriels sur l’ambiance de la réunion

Et les distributeurs ? Ils n’avaient pas échappé à la remontrance ministérielle. “Concernant les prix et les négociations commerciales, des pressions ont été exercées sur l’ensemble des négociateurs, dans ces boxes où il se passe plein de choses qui ne sont pas toujours acceptables (...) et qui ont débouché sur une perquisition dans une grande enseigne” (Carrefour, NDLR). Il ne reste que quelques jours avant la fin des négociations, le 29 février. Et le début du Salon de l’Agriculture, où des manifestations d’agriculteurs pourraient avoir lieu. Même le président de la FNSEA l'a dit, il s’attend a être lui même pris à partie. La situation ne sera pas facile à gérer, ni pour les ministres, ni pour les acteurs économiques...

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