La fin des pionniers du web

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Le départ de Gauthier Picquart de la présidence de RueDuCommerce, quelques mois après celui des frères Rosenblum de Pixmania, signe la fin des précurseurs du web marchand.

 RueDuCommerce Gauthier Picquart quitte la société en janvier 2013. Il reste au conseil d'administration d'Altarea, qui détient 95 % du capital depuis février 2012.
RueDuCommerce Gauthier Picquart quitte la société en janvier 2013. Il reste au conseil d'administration d'Altarea, qui détient 95 % du capital depuis février 2012. © DR

Exit ! Gauthier Picquart a quitté la présidence et direction générale de RueDuCommerce qu'il exerçait depuis l'origine du site, cofondé avec Patrick Jacquemin en 1998. Ce dernier avait quitté la maison en 2008, laissant les clés à son complice. Depuis le rachat du site par la foncière Altarea, début 2012, on se demandait combien de temps il « tiendrait » dans cette nouvelle configuration. On a désormais la réponse.

Son cas rappelle celui de Pierre Kosciusko-Morizet, fondateur de Price Minister, en 2001, et qu'il avait revendu, en 2010, au groupe japonais Rakuten. Sauf que l'homme est encore à la tête de l'entreprise pour cinq ans, avec la mission de conduire le développement européen. Le 10 août, ce sont les frères Rosenblum qui ont cédé leurs parts restantes dans Pixmania. Créé en 2001, Pixmania avait été cédé en 2006 au groupe Dixons, qui en détenait 77 %. Il prévoit aujourd'hui de lourdes restructurations, avec la fermeture de neuf pays. Les trois frères Charle, fondateurs de Cdiscount en 1998, ont, quant à eux, vendu, début 2011, le solde (18,6 %) de leur participation au capital du site au groupe Casino, arrivé en 2000 au capital.

Vers le commerce de demain

Marc Simoncini, autre figure du web, cédait, en août 2011, la majorité de ses parts de Meetic, qu'il avait créé en 2002, à match.com, lequel en détenait déjà 27 %. Il avait, lui aussi, évoqué la nécessité de prendre du recul... pour mieux sauter : en novembre 2011, il lançait Sensee, site de vente de lunettes en ligne.

De même, Jean-Émile Rosenblum a vite démarré un nouveau business de vente d'accessoires pour smartphones et tablettes... en dur ! Étonnant ? Pas vraiment. « Le concept préfigure les magasins de demain, avec de la personnalisation de produits via des dispositifs digitaux », estime Yannick Franc, consultant chez Kurt Salmon.

Car la fin des pionniers va de pair avec des modèles qui évoluent. «Ils voulaient monter des entreprises et en développer le chiffre d'affaires avec un espoir de rentabilité en atteignant la taille critique, reprend Yannick Franc. Cela n'a pas été le cas. Ils ont dû faire entrer des fonds, qui ont cherché à revendre pour optimiser leurs investissements, obligeant les pure players à s'adosser sur des distributeurs qui cherchaient à rattraper leur retard sur le Net. »

L'ère du cross canal

Si la plupart ont su bien revendre, le départ des précurseurs acte une nouvelle ère, celle du cross canal. Les enseignes qui n'ont pas su prendre le tournant dans les produits culturels paient le prix fort (Virgin, Game...). Car l'appétence des Français change. Selon une étude de l'Ifop pour Bonial, ils poussent les acteurs à une stratégie résolument multicanal : 91 % pensent que les enseignes doivent se doter d'un site marchand, et 74 % estiment que les pures players doivent disposer de points de vente physiques. Les modèles se mixent, à l'image de Monoprix, qui a ouvert une boutique textile sur Amazon.

Vente-privée, toujours dirigé par son fondateur, est le dernier des Mohicans. « C'est l'un des derniers grands pure players, commente Guy-Noël Chatelin, associé chez OC et C Strategy Consultants. C'est un ovni qui a su construire un modèle sur les prix bas, l'effet de surprise et l'expérience shopping. » Mais même lui doit évoluer : fin janvier, il annoncera de nouveaux projets dans le spectacle. The show must go on...

Pourquoi ils partent

  • Revendre avec des niveaux de valorisation intéressants. 
  • La perte d'autonomie ou les désaccords stratégiques engendrés par la nécessité de s'adosser à des fonds ou des partenaires pour se développer. 
  • La volonté de souffler ou de prendre du recul. 
  • L'envie de développer de nouveaux projets, directement ou à travers une activité d'investisseur.

 

Ils ont vendu ou quitté le navire

  • Cdiscount Hervé, Christophe et Nicolas Charle quittent Cdiscount en janvier 2011 et cèdent leur participation de 18,6 % à Casino, majoritaire depuis février 2000. 
  • Meetic Marc Simoncini cède à l'américain match.com 70 % de sa participation dans le site Meetic, en août 2011, et reste membre du conseil d'administration. 
  • Pixmania Steve et Jean-Émile Rosenblum revendent, en août 2012, leurs 22 % de l'actionnariat à Dixons Retail, qui en détenait 77 % depuis 2006, et quittent Pixmania à cette même date. 
  • PriceMinister En juin 2010, Rakuten rachète PriceMinister. Pierre Kosciusko-Morizet reste aux commandes pour cinq ans.
  • RueDuCommerce Gauthier Picquart quitte la société en janvier 2013. Il reste au conseil d’administration d’Altarea, qui détient 95% du capital depuis février 2012.

 

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Article extrait
du magazine N° 2258

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