Marchés

La flambée des prix des céréales se propage

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Matières premières - Les cours du blé s'envolent et, avec eux, les coûts de production des industriels. Seule solution, prolonger la chaîne de la hausse jusqu'aux distributeurs et, in fine, aux consommateurs. La valse des étiquettes est donc certaine mais variable selon les secteurs.

La hausse des prix des matières premières agricoles est générale. Plus 25 % pour le cacao depuis le début de l'année, entre + 20 et + 45 % pour les huiles, + 40 % pour le beurre industriel... Un maelström dans lequel sont aussi emportées les céréales, dont la situation préoccupe encore plus industriels et distributeurs, tant ces productions sont à la base de nombreuses filières agroalimentaires. En un an, le blé tendre a bondi de près de 60 %, passant de 130 à 210 E la tonne. Le maïs a augmenté de plus de 50 % et le soja de 40 %. « La céréale est devenue objet de spéculation pour des fonds de pension », note le groupe Glon, spécialiste de la nutrition animale. Dans les faits, les causes sont multiples. Une succession de mauvaises récoltes, d'abord, liées à des incidents climatiques - sécheresse en Australie et en Ukraine, pluies en Europe de l'Ouest. Un accroissement de la consommation des pays émergents, ensuite, qui épuise pratiquement tous les stocks. Et, enfin, un développement exponentiel de la demande de matières premières agricoles pour les biocarburants.

Les coûts de production explosent

« Tout concourt à tirer les prix vers le haut, reconnaît Jean-François Loiseau, administrateur de Passion Céréales, collectif regroupant l'ensemble des acteurs de la filière céréalière. Mais ce n'est finalement qu'un rattrapage. Les prix des céréales étaient tombés à des niveaux particulièrement bas. Le coût de production se situant aux environs de 150 E la tonne de blé, les agriculteurs ne pouvaient plus vivre de leur terre. Une moyenne de 190 E la tonne n'aurait rien de choquant. »

Sauf que cette perspective n'est pas du goût de tout le monde. Agriculteurs, industriels et distributeurs se livrent à un jeu de billard à trois bandes, et les premiers cités ne sont pas les moins bien lotis. En un an, selon l'Insee, ils ont vu leur revenu moyen s'accroître de 16 %. Pour les industriels, il en va tout autrement. « Nous sommes coincés entre le marteau et l'enclume, résume l'un d'entre eux. D'un côté, harcelés par les agriculteurs qui cherchent à tirer profit de la situation. De l'autre, tiraillés par les distributeurs qui mènent, pour certains, un jeu hypocrite, et refusent l'idée même d'augmenter leurs prix. »

Une chose est sûre, pourtant : les coûts de production explosent. Et pas uniquement dans les seules filières dont les céréales constituent la base de l'approvisionnement. Les industriels de la conserve et des surgelés, par exemple, en subissent également le contrecoup. « La culture de légumes devenant moins attractive que celle du blé, certains agriculteurs peuvent être tentés de l'abandonner », concède Emmanuel Chaveron, directeur industriel France Bonduelle Surgelé international. Pour éviter cela, Bonduelle a dû revaloriser la rémunération de « ses » quelque 2 300 agriculteurs de 6 à 8 % en moyenne pour la campagne 2007. « Et l'année prochaine devrait connaître une hausse plus forte encore », prévient Jean-Claude Ruffin, directeur des services agronomiques du groupe.

Les fabricants de pâtes alimentaires sont, quant à eux, en première ligne. « Le blé dur a bondi de 40 % en quelques semaines, et cela se traduira forcément par une forte augmentation du prix », s'alarme le Syndicat des industriels fabricants de pâtes alimentaires (Sifpaf). « Les matières premières pèsent jusqu'à 30 à 50 % du prix de vente, détaille de son côté Franck Rouard, PDG d'Alpina Savoie. Par conséquent, notre prix de revient subit une hausse de 12 à 25 %. Impossible de ne pas la répercuter sur nos tarifs. »

Pas d'autre solution que d'augmenter les tarifs

La situation est identique dans le secteur de la biscuiterie-viennoiserie, grand consommateur de farine. Sans parler de celui de la bière. L'évolution du coût du malt est très nette : 210 E la tonne en 2005, contre 400 E aujourd'hui. Impossible, alors, d'échapper à la valse des prix : + 10 % à attendre, sans doute. Dans la boulangerie, si « le contexte est, certes, défavorable, comme le reconnaît la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie, l'augmentation du prix de la baguette n'est pas une certitude. » Les industriels qui approvisionnent la grande distribution tablent pourtant sur une hausse de 8 %.

Ce qui est loin d'être le cas dans la filière avicole, touchée, elle, de plein fouet. « Les céréales constituent près des deux tiers de la ration alimentaire, voire 80 % pour un poulet label Rouge », témoigne André Lepeule, délégué général de la Fédération des industries avicoles (FIA). « Nos coûts de production ont crû de 13,5 %, assène Philippe Guillet, directeur des achats du groupe LDC (Loué et Le Gaulois). Il n'y a pas d'autre solution que d'augmenter nos prix. » Dès le mois de juillet, LDC a revu ses tarifs à la hausse de 4 à 5 %. Et ce n'était qu'un avant-goût. « À la rentrée, prévient Philippe Guillet, il faut s'attendre à une nouvelle hausse de 8 à 10 %. »

La balle est désormais dans le camp des grandes enseignes. À leur corps défendant, tant elles auraient préféré voir le problème se régler avant d'arriver jusqu'à elles. Mais Jean-René Buisson, président de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania), n'hésite pas à les ramener à la dure réalité. « Compte tenu des marges extrêmement faibles des entreprises agroalimentaires, il ne serait pas possible pour le secteur d'absorber ces hausses sans les répercuter, explique-t-il. Cela reviendrait à mettre en péril la viabilité d'un grand nombre de nos entreprises. » Cependant, ajoute-t-il aussitôt, « nous ne sommes pas masochistes. Nous ne voulons pas que les consommateurs se détournent davantage des produits alimentaires ». Selon l'Insee, en effet, la consommation de denrées alimentaires (hors boissons alcoolisées), qui représentait 14,7 % des dépenses de consommation des ménages il y a dix ans, a chuté à 13,7 % en 2006. « Personne n'a intérêt à ce que cette part baisse encore », juge Jean-René Buisson. Jérôme Bédier, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), fait le même constat, et appelle de ses voeux une hausse des prix « la plus limitée et la moins durable possible ». Reste à savoir quelle en sera l'ampleur.

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