La Fnac a-t-elle une chance face à Deezer et à Spotify

L’enseigne lance, six ans après ses deux principaux concurrents, sa plate-forme payante d’écoute de musique en ligne. Un pari osé dans un secteur qui peine à décoller.

Essayer de monter dans un train qui roule. C’est l’impression que donne la Fnac avec le lancement de son nouveau service Jukebox, un site de streaming musical accessible sur PC, smartphones et tablettes. Le streaming musical La possibilité d’écouter en ligne sans téléchargement gratuit ou avec abonnement toute la musique que l’on souhaite.

Premier vendeur de disques en France avec 33% du marché, la Fnac, qui a abandonné l’année dernière son activité de ventes de MP3 à Apple, est a priori tout à fait légitime sur ce marché de la musique en ligne. Petit problème néanmoins : internet n’a pas attendu l’enseigne d’Alexandre Bompard pour lancer ce type de service. Rien qu’en France, deux sites labourent déjà le terrain : Deezer, le pionnier hexagonal du secteur qui compte 5 millions d’abonnés dans le monde, et Qobuz, le site des mélomanes, qui propose une offre de streaming haut de gamme avec un son hi-fi. Et c’est sans compter sur les étrangers, comme le leader mondial suédois Spotify (6 millions d’abonnés), les américains Rdio, Beats Music, Napster, le Google Play Music ou le service que s’apprêterait à lancer Amazon, si l’on en croit une rumeur persistante. Le train dans lequel veut monter la Fnac semble donc, en plus, déjà complet.

Et s’il n’y avait que les sites de streaming. Aujourd’hui, la musique s’écoute de plus en plus gratuitement sur des sites de partage de vidéos. Selon une étude de 2013 de l’Hadopi (Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet), les clips musicaux représentent 13% du contenu de YouTube. Des vidéos qui totalisent en moyenne 40 000 vues par jour, soit la plus forte proportion de visionnage du site américain. Bref, tout ça mis bout à bout laisse à penser que le Jukebox de la Fnac pourrait bien à tourner à vide.

Esprit découverte

Et pourtant, après avoir testé le service, force est de constater que le Fnac Jukebox possède quelques atouts. D’abord, l’interface qui est très claire avec le lecteur dans la partie supérieure, les différentes rubriques (playlists, genre, radio…) dans une colonne à gauche, la barre de recherche (par artiste, titre, album…) et le contenu éditorial (chroniques, articles…) au centre. L’ensemble fait penser à Deezer, le contenu éditorial en plus.

Mais c’est sur les offres qu’on note une vraie différence. Là où les concurrents n’en présentent que deux (5 € par mois pour y accéder sur PC, 10 € pour les versions mobiles), la Fnac propose un abonnement à 2 € qui donne accès à 200 titres (sélection renouvelable chaque mois). « C’est une offre découverte qui permettra aux utilisateurs de se familiariser avec le service, explique Olivier Garcia, directeur de la musique au sein de l’enseigne. Car nous nous sommes aperçus que le streaming restait encore très méconnu en France : 80% des Français sont, par exemple, incapables de citer un site qui en propose. »

Ainsi, malgré une offre pléthorique, seuls 500 000 Français sont abonnés à de tels sites, principalement à Deezer d’ailleurs. Si on ajoute les offres opérateurs (les abonnements à Deezer vendus avec les forfaits Orange par exemple), on monte certes à plus de 1 million, mais cela reste encore un petit marché. En 2013, le chiffre d’affaires du streaming s’est établi à 54 millions d’euros (en légère hausse de 4%), quand celui généré par la vente de CD était de 370 millions d’euros. Le streaming reste donc un marché balbutiant en France que la Fnac compte bien populariser.

Disquaires maison

54 M €

Le chiffre d’affaires du streaming musical en 2013 en France, à + 4 %. Ce marché pèse sept fois moins que celui des ventes de disquesSource : Snep

Et l’enseigne dispose pour cela d’un atout que ne possèdent pas ses concurrents : ses magasins. La Fnac va ainsi déployer des corners Fnac Jukebox dans l’ensemble de ses 88 magasins, avec des démonstrateurs munis d’une tablette pour faire découvrir le service. Des avantages seront aussi prévus pour les porteurs de carte Fnac (3,5 millions en France), comme la possibilité de bénéficier d’un mois d’essai gratuit. La puissance du réseau donc, mais aussi l’expertise des disquaires maison. Quand la plupart de ses concurrents utilisent des algorithmes pour leur rubrique « découverte » (« vous avez aimé ça, vous aimerez ça »), la Fnac met en avant ses vendeurs dans l’onglet « éclaireurs », qui mettront en ligne sélections d’albums, coups de cœur et playlists diverses… « Notre valeur ajoutée, c’est l’humain. C’est ça que nous devons mettre en avant à travers ce contenu, dont nous seuls disposons », souligne Olivier Garcia. Une proposition exclusive qui va s’étoffer avec la mise en ligne des concerts privés, les showcases.

Reste la question de la rentabilité, le gros point faible du secteur. Ainsi malgré ses 6 millions d’abonnés payants, le leader mondial Spotify n’a jamais bouclé un exercice dans le vert, creusant ses pertes à 58,7 millions d’euros sur le dernier exercice. La faute à l’internationalisation, assure-t-on du côté de la Fnac, qui refuse de donner son point mort, mais précise qu’elle ne compte pas exporter, du moins dans un premier temps, son Jukebox. Le pari n’est peut-être finalement pas si osé.

Frédéric Bianchi

Ce sera dur de se faire entendre

Une co ncu rrence bien implantée

Deezer Créé en 2007 au sein de l’incubateur de l’Essec,le site français, accessible sur ordinateurs et smartphones, propose un catalogue de 25 millions de titres. Convoitépar Orange et Microsoft, le site est de loin la plate-formela plus populaire en France.

 

 

 

Spotify Le suédois, né en 2008, est le leader mondialdes sites de streaming. Disposant comme le français d’un catalogue de 25millions de titres, Spotify a pris Deezerde vitesse en se lançant le premier aux États-Unis.

Le gratuit privilégié

Avec 40 000 vues par jour en moyenne par clip, la musique est, de beaucoup, le contenu le plus visionné sur YouTube. Le gratuit freine l’essor du streaming payant.

Mais la Fnac va jouer sa partition

En s’appuyant sur son réseau

Dans les 103 magasins de l’enseigne,des démonstrateurs munis d’une tabletteferont découvrir le service Fnac Jukeboxaux 130 millions de visiteurs annuels.

En multipliant les offres

Une première formule découverte à 2 € par mois (pour accéder à 200 titres renouvelables chaque mois), les abonnements classiques (5 € pour y accéder sur PC, 10 € sur smartphone), la Fnac travaille notamment sur une offre familiale (plusieurs écoutes avec un seul abonnement)et une offre HD avec un meilleur son.

En mettant en avant son expertise

Une rubrique éclaireur sur le site, alimentée par les vendeurs musique Fnac, permettraaux utilisateurs de découvrir des sélections de musique qui correspondent à leur goût.

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Article extrait
du magazine N° 2310

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