La Fnac relève le défi de la musique en ligne

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Après Virgin Megastore, la Fnac est le deuxième distributeur français à lancer son site de téléchargement musical, Fnacmusic. Mais la filiale de PPR devra affronter la concurrence de sites qui bradent la musique pour mieux vendre des matériels ou des services informatiques.

Cette fois, c'est la bonne ! Initialement annoncé pour juin, puis reporté pour des « raisons techni-ques », Fnacmusic, le site de téléchargement de musique de la Fnac, verra officiellement le jour le 18 septembre. La plate-forme, qui ambitionne d'être le numéro un du marché, proposera quelque 300 000 titres à télécharger dans un premier temps, vendus moins de 1 E. Un prix équivalent à celui des principaux concurrents européens (lire encadré). Mais le prix est loin d'être décisif sur le marché émergent du téléchargement. Aux États-Unis, seul Real Networks a joué les trouble-fête, en cassant les prix à 49 cents la chanson téléchargée et 4,99 $ l'album. Et si Wal-Mart vend sur le Web depuis décembre 2003 des chansons 10 % moins cher que les plates-formes concurrentes, le distributeur n'a pas déstabilisé le tout-puissant Apple, qui revendique une part de marché de 70 % et 100 millions de chanson téléchargées dans le monde.

Car, à en croire tous les acteurs en présence, le succès ou l'échec du développement de la musique en ligne dépendra de l'interopérabilité entre les différentes offres de musique en ligne et le matériel d'écoute. La Fnac a déjà prévenu qu'elle en ferait son cheval de bataille. « Les systèmes cloisonnés sont une source de confusion pour les gens, et une source de développement pour le piratage », souligne François Monboisse, directeur de Fnacmusic. Dans le collimateur, les maisons de disques qui, par leurs exigences de verrouillage (protection contre la copie illi- cite), encouragent la multipli- cation des systèmes propriétaires. Mais aussi les fabricants : Apple est ici clairement montré du doigt. Les chansons téléchargées sur sa plate-forme iTunes Music Store ne peuvent, en effet, être transférées que sur son baladeur ipod, Apple refusant de licencier sa technologie. La firme mise sur les ventes de son baladeur iPod (860 000 unités écoulées au deuxième trimestre 2004), sur lequel elle réalise une marge confortable de 20 % pour gagner de l'argent, le magasin en ligne ne réalisant, lui, aucun bénéfice. Reproduite par Sony qui, tout en plaidant pour l'interopérabilité, mise sur son service Connect pour vendre ses nouveaux lecteurs Mini Disc HiMD, cette stratégie est de plus en plus contestée.

Jouer les synergies

 

Aux États-Unis, l'opérateur Real Networks a carrément choisi de passer outre le barrage d'Apple en développant un logiciel, Harmony, capable de rendre ses propres fichiers musicaux compatibles avec les baladeurs iPod. Quant à Microsoft, nouvel entrant sur le marché américain, avec MSN Music Store (plus de 1 million de titres), il esquive grâce à une technologie de musique numérique compatible avec quelque 70 baladeurs musicaux...

Cette guerre des formats risque, en tout cas, de faire des victimes. Car les modèles économiques qui en découlent sont incompatibles avec les impératifs de rentabilité de distributeurs comme la Fnac ou Virgin. Certes, la Fnac dispose, dans cette bataille, d'avantages non négligeables, à commencer par son réseau de distribution physique, qui lui permet de faire jouer les synergies entre les différents canaux de distribution de la musique. Un disque de présentation de Fnacmusic équipera ainsi les PC vendus par l'enseigne. L'enseigne pourra aussi compter sur 1,5 million d'adhérents, dont 500 000 inscrits sur Fnac.com. Un autre atout évoqué par le distributeur est la variété d'un catalogue, grâce à la signature d'un accord-cadre signé avec l'Union des producteurs français indépendants, qui regroupe la plupart des labels indépendants.

Mais les dirigeants de la Fnac n'en demeurent pas moins « inquiets », témoigne Rodolphe Buet, le directeur du disque, dans Epok, le consumer de l'enseigne : « Le business ne pourra pas se développer s'il n'est pas rentable, et la musique sera étouffée si elle ne sert qu'à remplir les tuyaux des fournisseurs d'accès à internet ou à faire vendre du matériel. » Les préoc- cupations sont identiques chez Virgin Megastore. « Nous avons saisi le Conseil de la concurrence en juin pour abus de position dominante d'Apple, souligne Laurent Fiscal, le directeur général de VirginMega. Aujourd'hui, les internautes sont en phase d'apprentissage et de découverte. D'où l'importance de rendre la musique le plus accessible possible. »

Combien de temps faudra-t-il pour que les sites soient rentables ? Tandis que les distributeurs traditionnels s'alarment, les marchands en ligne se déclarent confiants. Sophie Bramly, la directrice des nouveaux médias chez Universal Music France, affiche une foi inébranlable dans l'avenir de la plate-forme E-Compil : « Nous espérons la rentabilité pour cette année, et nous peaufinons une nouvelle stratégie avec le lancement, d'ici à deux mois, d'une nouvelle version de notre site. »

Quoiqu'il en soit, le piratage a probablement de beaux jours devant lui. « Sur les 40 millions de consommateurs d'Europe de l'Ouest qui ont téléchargé de la musique en ligne, à peine 10 % ont payé », note Paul Jackson, de la société d'études Forrester. Même la Fnac semble d'ailleurs s'être fait une raison : considérant que la tranche des 13-20 ans est, pour l'heure, perdue pour le téléchargement payant, Fnacmusic vise prioritairement les 25-45 ans...

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Article extrait
du magazine N° 1873

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