La Francap quitte Casino pour adhérer à Provera

À l'étroit dans son partenariat avec Casino, la Francap se réjouit d'avoir trouvé chez Cora une parfaite complémentarité de réseaux. Le groupe stéphanois, lui, minimise cette défection.

Au 1er janvier 2004, l'adhésion à la centrale d'achats de Cora-Match, Provera, rompant un partenariat engagé avec Casino dès 1996, constituera, pour la Francap, une étape importante de la mutation engagée depuis plus de deux ans. Troisième larron du marché très animé de la proximité derrière les poids lourds Carrefour et Casino, la centrale d'achats négocie un virage stratégique. La Francap revendique une plus grande cohérence dans la politique commerciale de ses enseignes, notamment Coccinelle et Cocci- market avec un tronc d'assortiment commun, des promotions nationales et une communication homogène. « Cette politique laisse peut-être moins d'indépendance à nos franchisés, commente Jacques Ripotot, PDG de la Francap, mais elle donne de bons résultats, puisque nous avons fini l'année 2002 sur une progression de 4,4 % à surface comparable. »

Accentuer encore cette stratégie rendait l'accord avec Casino de plus en plus problématique. « Essentiellement pour des raisons juridiques, avance Jacques Ripotot. Depuis 1996, les deux groupes ont évolué, des concentrations ont eu lieu, des risques de positions dominantes sont apparus. » Des mises en garde ministérielles seraient intervenues au sujet de la région parisienne, à l'occasion de la reprise de Monoprix par Casino.

Manque de visibilité sur la diffusion

Surtout, l'effort de cohésion commerciale entrepris par la Francap n'aurait pas suffi à convaincre Casino au moment de renégocier le contrat d'affiliation qui liait sa centrale EMC à la Francap. « Compte tenu de la grande liberté que la Francap laisse à ses adhérents, explique un proche du dossier, EMC ne pouvait garantir aux industriels la totalité des services négociés. » La centrale d'achats du groupe stéphanois, réduite en réalité au rôle d'une centrale de référencement, « manquait de visibilité sur la diffusion des produits, voire sur la facturation des services, souligne encore ce bon connaisseur, qui ajoute : « Ce n'était pas du chiffre d'affaires utile et les synergies étaient faibles. » La nature même du partenariat - une centrale d'achats adossée à une autre centrale, qui livre toute une série de grossistes - semblait également susciter quelques interrogations du côté des fournisseurs.

Enfin, des frictions concurrentielles ont pu durcir les relations entre les deux partenaires, depuis que Casino se bat avec acharnement sur le terrain de la proximité. Une renégociation a bien été entamée avec EMC, dans l'optique d'une meilleure maîtrise de la politique commerciale. Mais Casino aurait (volontairement ?) placé la barre très haut. Des exigences inacceptables pour la Francap, qui a préféré se tourner vers un autre partenaire.

Bonne complémentarité avec Cora et Match

L'horizon sera-t-il plus ouvert avec Provera qui connaît bien la Francap pour l'avoir côtoyée au sein d'Opéra ? Les questions concurrentielles, en tout cas, ne se posent pas : le groupe Cora n'exploite que des hypermarchés et des supermarchés. Pas davantage de complications géographiques, mais « une bonne complémentarité », insistent les deux futurs alliés. Qui s'accordent pour se reconnaître un état d'esprit commun d'entrepreneurs familiaux et indépendants, des « PME qui discutent avec des PME. »

L'accord porte dans un premier temps sur les marques nationales, mais les deux partenaires confirment qu'ils pourraient, ultérieurement, travailler ensemble sur les premiers prix. Selon les termes du contrat, Provera est mandaté par la Francap pour négocier « sur des engagements précis et des actions réelles avec les industriels », indique Jacques Ripotot, qui considère cette clarifica- tion comme une avancée déterminante. À quelles conditions ? « Les mêmes que celles consenties à nos autres adhérents », répond Stéphane Prénel, responsable des relations extérieures de Provera. Et, sans doute, avec une marge de manoeuvre plus souple que celle exigée par EMC.

Quant aux sommes en jeu, elles ne sont pas négligeables. Selon les différentes sources, elles portent sur 600 à 650 millions d'euros d'achats. Un manque à gagner « non significatif et à l'impact très faible sur le résultat », minimise un proche de Casino. Ce dernier fait observer que la part de marché des enseignes de la Francap (0,3 % du total GMS) représente à peine la moitié de la progression d'EMC sur une année (+0,8 % à 13,6 % de part de marché). « L'Ebit va s'en ressentir », s'inquiète toutefois un analyste, qui n'exclut pas, par ailleurs, des rebondissements dans le contentieux concernant Opéra, défavorables au groupe stéphanois.

Bonne opération

Dans l'immédiat, en tout cas, les trois acteurs semblent convaincus d'avoir réalisé une bonne opération. La Francap d'abord, qui pourra poursuivre son développement et l'application de sa politique commerciale à son rythme, et cela, avec un partenaire mieux adapté à ses modes de fonctionnement.

Casino, ensuite, qui s'enlève du pied une épine juridique et qui gagne une plus grande latitude pour partir à la chasse aux franchisés. Cora, enfin, pour qui l'adhésion de la Francap devrait booster le volume d'affaires de Provera de 20 % et lui offrir une belle porte d'entrée sur le marché de la proximité.

Au passage, le groupe Cora-Match, propriété de Philippe et de Jacques Bouriez, y regagne aussi un peu du terrain perdu après la défection en début d'année de Vindémia, l'un de ses principaux partenaires, qui passera dès 2004 dans le giron des achats de Casino, avant de rejoindre son portefeuille de filiales.

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Article extrait
du magazine N° 1822

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