La France n’est pas le pays le moins cher d’Europe

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La guerre des prix fait couler de l’encre. Pourtant, il semble que la France ne soit pas le pays où les produits coûtent le moins cher. Preuve à l’appui, avec une étude de Nielsen, que LSA livre en exclusivité, menée dans cinq États européens sur plus de 300 produits de grandes marques.

La France loin de l’Allemagne

Indice de prix sur des références communeset nombre de références comparées avec l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie

Source : Nielsen, mars 2015

 

 

 

 

 

 

 

Sur le panier de 333 produits de grandes marques alimentaires, étudié par Nielsen, l’Allemagne est 9,6% moins chère que la France (indice 100) sur 102 produits comparables.

Si, pour les industriels, la guerre des prix est une réalité qui les fragilise, pour les enseignes, la comparaison des prix français avec ceux pratiqués dans d’autres pays européens montre des différences qui les amènent à penser qu’elles n’obtiennent pas toujours les meilleures conditions d’achat auprès de leurs fournisseurs. Selon une étude menée par Nielsen, en mars, sur plusieurs catégories de produits que LSA s’est procurée, à codes-barres comparables, les prix sont en moyenne beaucoup moins élevés en Allemagne (de près de 10%), plus bas au Royaume-Uni de 2,3%, équivalents à ceux de l’Espagne, et plus élevés seulement en Italie (de près de 6%) où la distribution reste très atomisée, et donc moins favorable aux prix bas.

Le phénomène n’a pas échappé à Michel-Édouard Leclerc qui, dans les locaux de LSA, estimait nécessaire que ce type d’étude soit mieux connu du public et des pouvoirs publics : « Les industriels et les fédérations, comme l’Ania, ne cessent de clamer que leurs marges sont laminées par des prix trop bas et la dureté des négociations commerciales. En réalité, les prix des grandes marques multinationales sont souvent plus élevés ici qu’ailleurs en Europe. » Les enseignes ne feraient que tenter de limiter les hausses, sans forcément y parvenir !

Le sens des comparaisons

En Allemagne, tout est moins cher, sauf le non-alimentaire, avec une différence de 30%. L’alliance de Leclerc avec Rewe permettra-t-elle à cette dernière d’être plus performante ? En attendant, les produits d’hygiène et d’entretien affichent des prix 20% plus bas qu’en France, comme les liquides. Le différentiel pour l’épicerie et le frais LS est moins important, de l’ordre de 7%. « Comparer les prix avec l’Allemagne n’a pas de sens, affirmait il y a quelques semaines Jean-Philippe Girard, président de l’Ania. La France a une tradition culinaire et une grande diversité de l’offre, dont le modèle doit être préservé. » Avec le Royaume-Uni, la différence de prix est aussi marquée, et elle va sans doute se creuser avec la concurrence qui s’intensifie via la percée du hard-discount, et qui met à mal les enseignes telles que Tesco. Comme en Allemagne, le DPH est moins cher, mais pas les liquides – très taxés, y compris les vins, ce qui n’est pas le cas en France.

Des disparités de prix étonnantes selon les pays

Indice de prix (France = base 100) sur des références communes (même code-barres) et nombre de références comparées avec l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie

Source : Nielsen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Selon Nielsen, la France remporte rarement la palme du pays le moins cher, sauf pour le non-al en Allemagne, les liquides au Royaume-Uni, le frais LS en Italie et en Espagne. Et l’Italie est le pays globalement plus cher que l’Hexagone. Mais les mêmes produits sont plus chers en France qu’en Allemagne, surtout le DPH. Les marques du non-al les moins chères se trouvent au Royaume-Uni. Les prix sont loin d’être alignés en Europe.

Cette étude vient confirmer ce que nous pressentions, à savoir que, si les prix des très grandes marques en France sont revenus dans la moyenne européenne, ils restent 10% plus élevés qu’en Allemagne et 2% plus élevés qu’au Royaume-Uni, alors même que les distributeurs de ces pays ont des niveaux de rentabilité plus de deux fois supérieurs aux nôtres. Dans certains secteurs, comme l’hygiène-beauté, les écarts sont énormes.

Michel-Édouard Leclerc, président des centres E.Leclerc

 

En rayons, plus de 30% d’écart de prix sur des marques du DPH

Indice de prix (France = base 100) sur des références communes (même code-barres) et nombre de références comparées par rayon avec l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie

Source : Nielsen

 

Par produits, les contrastes de prix sautent aussi aux yeux : la différence entre le pays le plus cher et le pays le moins cher atteint 33% dans le DPH, 43 % dans le frais LS, 41% dans les liquides (à cause des taxes au Royaume-Uni), et 31% dans le non-alimentaire… L’Europe à des prix homogènes reste donc à construire.

méthodologie

Les prix de l’Allemagne et du RU sont issus du panel consommateurs de Nielsen et des relevés physiques pour les trois autres pays. Les indices des pays sont centrés sur les prix relevés en France en mars 2015.

À l’inverse, en Espagne, les boissons coûtent moins cher, alors que les produits frais en libre-service sont 27% plus élevés qu’en France ! En Italie, les liquides affichent aussi des prix plus bas, mais l’épicerie y est 16% plus chère, et le frais, à 34% de plus qu’en France.

Certes, l’étude Nielsen ne porte que sur quelques centaines de références à code-barres comparables. Mais toutes les grandes signatures y sont. Et c’est un thermomètre parmi d’autres. Dont les enseignes peuvent se servir en rappelant que les marges des grands industriels ne sont pas étrangères aux niveaux des prix de vente. Il y a aussi d’autres causes que les pouvoirs publics n’aiment pas entendre : le poids de la fiscalité – et surtout de la fiscalité locale – et le coût du travail, même sur des bas salaires, qui renchérissent les prix à la production et nuisent à la compétitivité… des prix de vente au consommateur !

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Article extrait
du magazine N° 2372

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