La grande distribution circonspecte

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S’il est un domaine où le passage et l’héritage de Xavier Beulin sont plus contrastés, c’est – presque logiquement – celui des échanges entre le monde agricole et la grande distribution. C’était « un interlocuteur exigeant », a indiqué Georges Plassat, PDG de Carrefour. « L’homme m’a depuis longtemps impressionné. Pas facile de faire le tri quand on endosse volontairement plusieurs rôles à la fois, celui d’un formidable entrepreneur, puis d’ambassadeur d’une communauté de producteurs agricoles », s’est épanché Michel-Édouard Leclerc sur son blog. Mais les affrontements entre l’amont et l’aval ont laissé des traces. « Pendant plus de quinze ans, nous avons échangé moult SMS, coups de téléphone et cafés. Malheureusement, cette relation s’est détériorée quand, sous pression de minorités régionales agissantes, il lui a fallu trouver ses boucs émissaires », poursuit Michel-Édouard Leclerc. Et de citer l’été 2015, marqué par de nombreuses manifestations d’agriculteurs. « Cet été-là, la distribution a fait un effort sur le prix du lait, du porc, du bœuf et, dans le même temps, il y a eu des saccages de magasins. On l’a très mal vécu », commente un dirigeant qui a bien connu Xavier Beulin. « Il cherchait des solutions. Le bémol, c’est qu’être président de la FNSEA, c’est comme être président du Medef : c’est un boulot impossible ! »

Lors de son arrivée à la tête de la FNSEA, Xavier Beulin apporte une idée nouvelle : au lieu de penser uniquement à partager la valeur, il raisonnait aussi en termes de création de valeur. Mais n’était pas assez suivi, selon certains. « Il présentait un profil inattendu. Mais représentait aussi l’orientation de la FNSEA vers un modèle productiviste, qui n’a pas fonctionné en France », critique un distributeur, qui aurait aimé que plus de passerelles se créent entre les deux univers, et craint un retour en arrière. Selon Michel-Édouard Leclerc, Xavier Beulin « a probablement sous-estimé les demandes d’une agriculture plus diversifiée et plus écologique. Il n’aura pas eu le temps d’accompagner cette transition qu’il évoque dans son dernier livre. » Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Comme le dit Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution, « il y a eu un changement notable de perception et un rapprochement assez sensible des filières agricoles et des distributeurs depuis deux ans, avec la signature par les enseignes de la charte laitière ou des engagements sur le cœur de gamme ». L’enjeu, c’est de poursuivre et d’amplifier le travail engagé. Beaucoup sont inquiets à ce sujet.

SON BILAN

  • Il est à l’origine d’un début de rapprochement entre des filières agricoles confrontéesà des crises récurrentes et la distribution.

LES ENJEUX DE SA SUCCESSION

  • Maintenir (et renforcer ?) le lien ténu entre les différents acteurs.
  • Améliorer la transparence des échangeset des structures de prix, de l’amont à l’aval.

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Article extrait
du magazine N° 2449

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