La grande distribution embauche encore

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ENQUÊTE Après une succession de plans sociaux en 2013, la distribution annonce des recrutements stables ou en hausse. Ils correspondent à un regain d’activité pour certains, mais aussi à l’effet d’aubaine des contrats aidés.

Le secteur de la distribution profite des aides, et embauche. Des aides sous toutes les formes : contrats de génération pour les entreprises de 50 à 300 salariés, emplois d’avenir pour les plus grandes, crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE ), etc. Un secteur qui ne connaît pas la crise « Tant que je serai président des centres Leclerc, nous continuerons à créer des emplois. En 2013, nous en avons créé 500?net », affirme haut et fort Michel-Édouard Leclerc, patron des centres Leclerc. Pourtant, plusieurs signaux sont passés au rouge ces derniers mois. Et d’abord dans l’alimentaire.

Fin janvier, Auchan a annoncé un allégement de 800?cadres de ses effectifs en magasins. En annonçant ces suppressions, la direction a essayé de faire avaler la pilule avec la création de 500 postes… en bas de l’échelle, en tant qu’« employés libre-service ». Et 1 500 emplois seront également créés sur les relais de croissance d’Auchan, notamment Auchan Drive et trois nouveaux hypermarchés. Bref, pour habiller un dégraissage annoncé, l’enseigne a fait part d’une nouvelle organisation. Celle-là devrait comporter « un tiers de cadres et deux tiers d’agents de maîtrise, explique Bruno Delaye, délégué syndical central CFTC, premier syndicat représenté chez Auchan. Il va falloir gérer ce départ de cadres par le turnover naturel, un plan de départs volontaires et des départs en retraite ». Autant de changements qui feront l’objet de négociations entre les syndicats et la direction dans les prochaines semaines, les premiers ayant nommé un expert pour examiner toutes les conséquences de cette réorganisation.

Un pas en avant, un pas en arrière

Dix enseignes qui recrutent en 2014

Carrefour

  • 7 000 CDI
  • 5 000 en alternance

Vente-privée

  • 378 CDI
  • 246 CDD
  • 72 en alternance

Kiabi

  • 800 CDI
  • 250 en alternance

Leroy Merlin

  • 1 100 CDI
  • 250 en alternance

Grandvision

  • 100 CDI

Match

  • moins de 10 CDI
  • 110 apprentis

Galeries Lafayette

  • 930 CDI
  • 130 apprentis
  • 190 contrats « pro »

Amazon

  • 372 CDI

Ikea

  • 1 200 emplois d’ici à 2016

Auchan

  • 2 000 postes, dont 1 500 en drives et en hypers et 500 en magasins

La grande distribution spécialisée n’est pas en reste : 500 postes en moins chez Darty, 1 300 chez Virgin, 434 pour les librairies Chapitre… Voilà pour 2013. L’industrie n’est pas épargnée : Spanghero, Unilever France et probablement Fagor Brandt (réponse prévue ce 27 février)… Un pas en avant, un pas en arrière. C’est un peu le climat du marché de l’emploi en ce moment. L’étude réalisée par Robert Walters se montre aussi attentiste. « Depuis cinq ans, un seul métier n’a pas souffert de la crise, c’est l’informatique, souligne Antoine Morgaut, patron de ce cabinet de chasseurs de têtes pour l’Europe continentale et l’Amérique latine. Sinon, les cadres restent sur une stratégie défensive et ne bougent pas. » Et de pronostiquer un retour aux embauches pour le second semestre de 2014. Pas avant. « C’est l’insécurité économique et fiscale qui freine les embauches », poursuit le recruteur, qui ne croit pas vraiment à l’impact sur l’emploi des contrats aidés.

Et pourtant, dans un secteur comme la grande distribution, fort consommateur de main-d’œuvre, non délocalisable, le coût n’est pas négligeable. Les DRH le reconnaissent volontiers. « Tous les dispositifs qui contribuent à baisser le coût de l’emploi nous sont très favorables, explique l’un d’eux. Plus on nous aide, plus on peut mettre de personnel au service du client. » La distribution alimentaire s’est ainsi engagée à recruter 30 000 jeunes de moins de 26 ans et 1 600 personnes de plus de 50 ans via le contrat de génération. Pour les grosses entreprises, les emplois d’avenir ont aussi créé un effet d’aubaine. Enfin, le CICE représente un sacré coup de pouce financier, qui a permis à certains d’embaucher. Comme Carrefour.

Le groupe a bénéficié de plus de 100 millions d’euros via ce dispositif en 2013 et a recruté 9 500 personnes en CDI dans le même temps, accélérant nettement le rythme (7 800 en 2012). « Grâce au CICE , nous avons pu embaucher 3 000 personnes supplémentaires, en CDI comme en alternance, entre 2012 et 2013, assure Isabelle Calvez, DRH de Carrefour France. Nous avons recruté aussi beaucoup de saisonniers pour l’été et Noël, 500 de plus avec le crédit d’impôt par rapport à l’année précédente. Le CICE aura permis de créer de l’emploi stable, durable et non délocalisable. » La preuve par les chiffres. Parmi les enseignes qui ont répondu au questionnaire sur les recrutements envoyé par LSA, toutes ont donné un solde positif pour 2014. Peu le revoient cependant à la hausse, et beaucoup restent sur la même tendance qu’en 2013.

« L’expertise est toujours privilégiée »

Leroy Merlin table ainsi sur 1 100 embauches en 2014, toutes en CDI, auxquelles s’ajoutent 250 contrats d’alternance. « Nous embauchons en priorité des conseillers de vente, des hôtesses service clients, des employés logistiques, mais aussi des responsables de rayon et des chefs de secteurs », indique un porte-parole. Ikea, de son côté, s’engage sur 1 200 emplois dans les trois ans à venir, malgré un chiffre d’affaires en berne. Dans l’e-commerce et dans l’habillement, l’optimisme prime. Vente-privée, fort d’un chiffre d’affaires en hausse de 23% pour 2013, à 1,6 milliard d’euros, annonce 774 recrutements pour 2014, après 631 en 2013. Et Kiabi anticipe 900 embauches pour 2014, soit une hausse de 30% par rapport à 2013. Dans tous ces cas, l’ensemble des métiers sont concernés : vente, caisse, logistique, etc. Certains profils spécialisés sont justes plus difficiles à trouver, comme les postes techniques. « L’expertise est toujours privilégiée », conclut Nicolas Gautier, senior manager chez Robert Walters. Et peut s’avérer payante.  Magali Picard

Le contexte

  • Les créations de postes concernent d’abord les relais de croissance des distributeurs (drives, ouvertures de nouveaux magasins).
  • Les postes de vente, les métiers de bouche, certains postes de cadres pointus (pharmaciens, ingénieurs) sont demandés et prisés.
  • Les enseignes ont souvent du mal à recruter dans les métiers d’experts (métiers de bouche) et techniques (digital, développeurs, logistique…).
  • Les entreprises profitent toujours des aides diverses et variées offertes par l’État, en échange de créations de postes : contrats professionnels et d’apprentissage, pacte générationnel, etc.

Des aides multiples

  • Les contrats de génération pour les entreprises de 50 à 300 salariés : embauche d’un jeune de moins de 26 ans contre le maintien dans l’emploi d’une personne de plus de 57 ans, moyennant une aide de 4 000 € par an et par salarié.
  • Les contrats d’avenir pour les entreprises de plus de 300 salariés : destinés aux personnes en difficulté, exclues du monde du travail, afin de leur permettre de se réinsérer. L’aide de l’État correspond à 35% du Smic pendant trois ans.
  • Le pacte de responsabilité, encore en projet, offre aux entreprises une baisse de 30 Mrds € des cotisations patronales en échange de la création d’emplois, non comptabilisés.

Isabelle Calvez DRH Carrefour Groupe : « Le CICE nous a aidés à recruter en 2013 »

LSA - Quelles sont vos perspectives d’embauches en 2014?

Isabelle Calvez - Nous maintenons le même rythme qu’en 2013 : 9 500 embauches en CDI, dont 1 000 sous forme de contrats d’avenir. Il faut également y ajouter 5 000 contrats en alternance. Le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE ) a été un vrai plus pour favoriser des recrutements supplémentaires d’hôtes et hôtesses de caisse, ainsi que de professionnels des métiers de bouche. D’ici à trois ans, Carrefour va recruter 700 bouchers. Le CICE est une opération bénéfique pour les métiers de la distribution, car cela permet de créer des emplois pour améliorer le service en magasins. Les contrats d’avenir sont aussi un outil intéressant grâce auquel nous professionnalisons des personnes qui étaient éloignées de l’emploi. Nous avons investi 11 millions d’euros en 2013 pour former les jeunes en alternance et nos nouveaux salariés.

LSA - Sur quels métiers de cadres recrutez-vous?

I. C. - Essentiellement des profils commerciaux, tels que directeurs de magasin, managers de rayon ou conseillers de franchise. Mais nous cherchons aussi des métiers moins connus, comme des pharmaciens, des fonctions support (négociateurs d’achats, chefs de produits). Enfin, de nouveaux profils émergent dans les métiers du web (managers web, trafic managers, web designers) et dans les drives (préparateurs de commandes et gestionnaires logistiques). 

Propos recueillis par M. P.

Des salaires qui stagnent en 2014

Salaires de base des cadres de la grande distribution, à l’exclusion de toute prime Source : Robert Walters

C’est une année « plate » : aucune augmentation de salaire, selon l’étude réalisée par Robert Walters, sauf pour les commerciaux qui changent de poste et peuvent négocier une augmentation, évaluée à 10%.

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Article extrait
du magazine N° 2308

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