La grande distribution n'arrête pas d'embaucher

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Dans un océan de morosité, les grandes surfaces continuent d'engager des salariés. Certaines, comme Carrefour, revoient même leurs chiffres à la hausse. Enseignes et pure players se mènent aussi une rude bataille pour dénicher les perles rares.

Dans un pays où le taux de chômage dépasse 10%, il reste peu de secteurs qui recrutent : l'aéronautique, l'énergie, les pétroliers,

  • 7 000 : Le nombre de recrutements en CDI prévus en 2014 chez Carrefour
  • 5 100 : Le nombre de recrutements en CDI prévus en 2014 chez Auchan
  • 1 100 : Le nombre d'embauches prévues en 2014 par Leroy Merlin

Source : entreprises

l'informatique... et la grande distribution ! Encore y a-t-il un grand écart entre le discours des cabinets de recrutement, plutôt pessimistes sur les perspectives de reprise, et les enseignes, plus proches du concret, et qui, elles, maintiennent des volumes élevés, à des postes d'employés. Des bouchers, des préparateurs de commande dans les drives, des pharmaciens pour les parapharmacies et des personnes à tous les postes dans l'e-commerce. Quelque 7 000 contrats à durée indéterminée chez Carrefour prévus en 2014, 5 100 chez Auchan : les géants de l'alimentaire ne revoient pas à la baisse leurs objectifs de recrutements, bien au contraire.

Populations volatiles

« Nous avions embauché 6 000 personnes en CDI en 2013, soit un peu moins qu'en 2014, souligne Isabelle Calvez, directrice des ressources humaines de Carrefour France. À cela, il faut ajouter 5 000 alternants et 1 000 emplois d'avenir. » Un rayon d'optimisme qui ne se cantonne pas à la distribution alimentaire, puisque chez Leroy Merlin aussi, on embauche. « Nous allons recruter au même rythme en 2014 qu'en 2013, environ 1 100 personnes, précise Amélie Fray, responsable des ressources humaines au sein de l'enseigne de bricolage. Essentiellement pour des postes de conseillers de vente, de responsables rayon, d'hôtesses de caisse et d'employés logistique. »

« Même en phase de crise, la grande distribution a des besoins importants, conclut Benoît Allo, directeur de la division distribution chez Page Personnel, cabinet de recrutement et filiale de Michael Page. Elle recrute aussi parce que les populations qu'elle emploie sont très volatiles. » Comprenez : turnover...

« L'année 2013 fut une année noire, tempère Nicolas Gautier, manager au sein de la direction marketing du cabinet Robert Walters. La Fnac, Darty, Carrefour ont annoncé des plans de départ. Mais 2014 se présente sous de meilleurs auspices avec des métiers nouveaux relativement épargnés par la crise. » Parmi les métiers nouveaux, ceux du drive et de l'e-commerce. Les premiers poussent un peu partout, et encore plus vite depuis la volonté du gouvernement de légiférer en la matière. Selon le Référenseigne Expert 2013, l'étude de référence réalisée par Kantar Worldpanel, c'est le circuit qui a connu la plus forte croissance ces quatre dernières années. Auchan, par exemple, annonce la naissance de 250 drives en cinq ans, soit 2 000 créations d'emplois et Carrefour 800 seulement pour l'année prochaine !

Depuis cinq ans également, l'e-commerce ne cesse de se développer et le nombre de postes suit peu ou prou la courbe explosive du chiffre d'affaires. « Data scientist » pour décortiquer le nombre de données que génère internet, « experts data visualisation » pour présenter les chiffres de façon à aider le manager à décider correctement et rapidement... Autant de nouveaux profils qui s'ajoutent aux désormais classiques chefs de projet web, chargés de référencement ou community managers. « Les acteurs de l'e-commerce n'hésitent plus à recruter dans des enseignes physiques les profils qu'ils cherchent, explique Emmanuel Stanislas, dirigeant-fondateur du cabinet de recrutement Clémentine. Ces candidats ont quatre ou cinq ans d'expérience, se montrent passionnés par ces nouveaux environnements et se forment sur le tas. » Une manière aussi de pallier la pénurie de profils dans l'e-commerce. « Ce secteur est en train de se structurer à la manière du commerce traditionnel, estime Nicolas Gautier. C'est encore un marché compliqué sur lequel il faut rester prudent. »

Magasins preneurs

À part ces deux créneaux prometteurs, il existe toujours des niches porteuses : les métiers de bouche ! « Chef boucher reste le chef de rayon le mieux payé du magasin, constate Benoît Allo. Il y a un peu de surenchère en termes de salaire pour ce poste-là, parce qu'il faut bien maîtriser la viande et qu'il y a des contraintes d'hygiène et de qualité. » Carrefour en cherche 700 pour les trois prochaines années.

En magasins, les fonctions opérationnelles ne sont pas délaissées. Le millier de recrutements prévu chez Leroy Merlin porte à 90% sur des postes en magasins. « Vente, logistique, relation clients, nous cherchons des profils pour ces fonctions », détaille Amélie Fray. On l'aura compris : dans le secteur, pour décrocher un billet pour un poste de direction, il faut d'abord gravir les échelons.

Les secteurs qui recrutent

LES MÉTIERS DE BOUCHE Équation simple : plus on en manque, plus on en veut ! Une génération partant à la retraite et le rayon boucherie restant l'une des emblèmes des hypers, toutes les enseignes sont en quête de bouchers. Carrefour en cherche 700 pour les trois ans qui viennent. « Nous avons une population vieillissante qui peut former les jeunes apprentis que nous embauchons, note Isabelle Calvez, directrice des ressources humaines de Carrefour France. C'est un métier technique et relationnel. » Et qui paie bien : entre 35 000 et 40 000 €/an, hors participation et intéressement, selon les cabinets de recrutement. Les besoins sont moins importants pour les poissonniers et les boulangers.

LE DRIVE Les effectifs s'adaptent à la course à l'ouverture de ce mode de livraison des marchandises. Drive solo ou drive accolé, les enseignes ont besoin de main-d'oeuvre, plus précisément de préparateurs de commandes. « Depuis deux ans, nous recrutons beaucoup sur ces métiers-là, confie Laurent Pietraszewski, responsable du développement des ressources humaines chez Auchan. Nous en avons ouvert environ une vingtaine depuis 2012, et il faut compter à chaque fois 30 à 40 personnes par unité. » De son côté, Carrefour en cherche 800 à la fois pour les drives et les entrepôts logistiques.

L'E-COMMERCE Au digital, profils pointus. Au-delà du webmaster ou du chef de projet web, community managers et responsables e-reputation sont prisés. Les enseignes cherchent aussi des traffic managers, des chargés de référencement ou des spécialistes de l'optimisation du référencement (SEO). Comme ces métiers existaient à peine il y a cinq ans, pure players et enseignes physiques se mènent la bataille pour trouver les perles rares. Sans compter le m-commerce, tablettes et smartphones suscitant de nouvelles vocations. « La demande étant supérieure à l'offre, les salaires progressent en moyenne de 15% sur ces fonctions », précise Emmanuel Stanislas, dirigeant fondateur du cabinet Clémentine.

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Article extrait
du magazine N° 2291

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