La grande distribution ne fait pas rêver les étudiants

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ENQUÊTELa distribution leur font-elles peur ? Quels métiers les attirent ? Première série de questions que LSA a posées à neuf étudiants en master 1 à l'université de Dauphine à Paris. Nous les retrouverons à l'issue d'un stage de quelques mois en magasin. Auront-ils changé d'avis ?

À quoi rêve la jeunesse ? A priori, pas à Auchan ou à Carrefour, mais plutôt à Danone ou à L'Oréal. Du moins sur le papier. Se lever tôt, travailler six jours sur sept et dix heures par jour, atteindre les objectifs de résultats, supporter un management réputé difficile, accepter de changer de région, voire de pays, évoluer dans un univers peuplé d'hommes... Tous ces clichés, plus ou moins proches de la vérité, ont de quoi faire fuir les jeunes.

Aussi impatients que sachant bien ce qu'ils veulent ou ne veulent pas, les neufs étudiants que LSA a rencontrés le 6 octobre à l'université Dauphine à Paris ont livré en toute franchise leur vision de la grande distribution. Julie, Delfina, Amélie, Sophie, Manon, Audrey, Farid, Franck et Victor, âgés de 21 à 23 ans, ont choisi, après une licence de gestion, de s'orienter en master 1 marketing et stratégie. Sur 120 au total, une trentaine choisiront la distribution en master 2, après leur année de stage dans une enseigne ou chez un industriel... Et tous auront un poste à responsabilité à leur sortie.

 

Une attitude attentiste

Cela revient comme une antienne : ces jeunes sont avides de contacts humains. Sans proximité avec les clients, point de salut. Manon, 21 ans, redoute la « dépersonnalisation » des enseignes : « Ce qui me plaît, c'est la relation avec les clients. » Victor tempère : « Beaucoup essaient de retrouver le contact avec les consommateurs, comme la Fnac ou Nocibé, et c'est plutôt agréable. » L'univers de l'hyper, qu'ils perçoivent froid et impersonnel, et ne cessent d'opposer à l'épicerie de quartier ou au marché parisien, les rebute. Mais l'expérience de terrain, porte d'entrée dans le secteur, ne leur fait pas peur. « Il faut mettre les mains dans le cambouis », explique Amélie. Cette jeune femme de 22 ans, originaire de Valence, a connu les deux extrêmes : un stage de caissière chez Leclerc, et un autre de vendeuse chez Chanel. Et ce n'est pas l'expérience que l'on pourrait croire qui lui a le plus plu ! « Je préfère être du côté de la vraie vie. Quand je pense qu'il y a des gens pour qui l'on n'est rien sous prétexte d'être derrière une caisse ! Si j'en avais l'opportunité, j'achèterais un Leclerc. C'est comme jouer à la marchande, en plus grand. » Farid renchérit : « Pour comprendre le fonctionnement d'un hyper, il faut commencer par là. »

De même, les horaires ou la nécessité de bouger ne les effraient pas. « Nous sommes jeunes, c'est un avantage de pouvoir travailler à l'étranger », répond Julie, qui vient de passer un an en Italie pour ses études. « Moi, je rêve d'exercer ma profession en Argentine, imagine Delfina, d'origine argentino-italienne. Carrefour est bien à Buenos Aires. » La diversité des métiers figure parmi les autres avantages à commencer dans la grande distribution, même si elle reste floue pour la majorité de ces jeunes. Sophie et Franck y voient la « possibilité de changer » si cela ne leur plaît pas. Autre point positif, la prise de responsabilité rapide les séduit. Audrey se voit à la tête d'une équipe : « Ce doit être grisant. » Enfin, ils en sont persuadés, la grande distribution fait partie des secteurs qui embauchent. « C'est sûr. Elle recrute plus que le marketing, par exemple », affirme Sophie.

Le marketing, fonction qui les fait fantasmer ? Au fond, les marques les font toujours rêver. « Ce qui m'intéresse le plus dans la distribution, c'est d'être en contact avec les marques », avance Julie. D'autres se consolent en pensant que ce secteur est un passage conseillé pour accéder ensuite à des responsabilités dans l'industrie de la grande consommation. « C'est un atout, non, de commencer dans la distribution puis de passer chez Danone ou Procter ? », interroge Farid. En tout cas, ils ne se laissent pas duper par le discours ambiant. « Les médias présentent toujours les distributeurs comme les grands méchants et les marques comme les victimes », souligne Franck.

Justement, concèdent-ils aux distributeurs le début d'une utilité sociale ? Les avis sont partagés. « Ils vendent des produits accessibles, concrets et utiles, en tout cas plus qu'Hermès ! », lâche Julie, avant de se reprendre sur la parité : « Ça, ça me gêne. Dans la grande distribution, je ne vois que des femmes qui travaillent en bas de l'échelle et les hommes à des niveaux plus élevés. »

Au final, beaucoup ne se projettent pas à long terme dans un secteur dont les conditions de travail ne font pas rêver... Et dont l'éventail des métiers reste méconnu. Cette méconnaissance est due sans aucun doute à un défaut de communication. « Tout le monde nous parle de L'Oréal, personne d'Auchan ! », s'exclame Audrey. Chef de rayon ? Aucun ne s'y voit. À la question « quel métier aimeriez-vous faire ? », six répondent « chef de produits » et trois aimeraient être dans une « direction du marketing d'une enseigne ». Rendez-vous dans six mois, après une première plongée en magasin.

 

Que font-ils?

Ils sont en master 1 de marketing et stratégie à l'université Dauphine à Paris. À la sortie de ce master, ils doivent effectuer une année de stage, avant d'aller en master 2, dont ils sortiront diplômés Bac + 5. Ensuite, une dizaine (sur un total de trente) intégreront la grande distribution.

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Article extrait
du magazine N° 2155

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