La grogne monte contre la grande distribution en Inde

|

international - L'opposition tenace des commerçants indépendants freine le gouvernement dans ses réformes. Et oblige les distributeurs internationaux à revoir leurs plans.

« Maintenant ou jamais, Wal-Mart, quittez l'Inde ! » C'est l'un des slogans de la manifestation organisée en octobre par la Fédération du Maharastra, qui regroupe 750 associations de commerçants, dans l'Azad Maidan, le célèbre stade de l'indépendance à Bombay. Près de 10 000 vendeurs, épiciers et marchands ambulants s'étaient donné rendez-vous pour dénoncer l'arrivée massive de la grande distribution et la disparition progressive de leurs activités. D'importantes mesures de sécurité avaient été prises pour éviter que la situation ne dégénère, preuve de la tension qui règne.

Le petit commerce très influent

Cette démonstration de force du petit commerce n'est pas la première. Ces derniers mois, de nombreux magasins Reliance, l'un des acteurs locaux les plus actifs et ambitieux dans la grande distribution, ont été vandalisés dans les États de l'Orissa et de l'Uttar Pradesh. Dans ce dernier, le gouvernement fédéral a ordonné, en août, la fermeture des 10 supermarchés de Reliance. Une décision suivie également dans l'Ouest Bengale. Réaction immédiate du géant indien devant ces fermetures : l'annonce de centaines de licenciements.

La mesure montre bien l'influence politique du petit commerce en Inde. La plupart de ces épiciers, vendeurs ou fermiers sont issus des castes les plus basses. Or, dans la plus grande démocratie du monde, ce sont les moins bien lotis qui votent le plus, tandis que les Indiens enrichis délaissent souvent ce droit. Surtout, on recense 12 millions de petites entreprises de commerce. C'est l'une des densités de commerçants les plus importantes au monde.

Du coup, malgré la volonté affichée de libéraliser ce secteur, les autorités peinent à faire passer certaines réformes. Ainsi, elles refusent toujours aux enseignes étrangères de s'établir seules, sans partenaire local au capital. En avril, Wal-Mart a pu finaliser laborieusement un joint-venture avec le géant national Barthi, mais, pour Carrefour et Tesco, malgré de nombreuses pistes, toujours rien de concret.

Un marché attractif mais difficile d'accès

Pour Pallab Roy, spécialiste grande distribution chez Cap Gemini à Bombay, la situation ne devrait pas s'éterniser : « Comme elles l'ont fait dans d'autres secteurs, les autorités vont continuer de déréglementer la distribution. » Aucun doute non plus que le marché garde toute son attractivité : « La classe moyenne, essentielle pour la grande distribution, est en train d'exploser et devrait atteindre 300 millions de personnes en 2010. Quoi qu'il arrive, on prévoit que des produits liés à la nourriture, aux boissons et même au tabac vont connaître des hausses de volume de 15 % dans les prochaines années. » Mais ces événements peuvent redistribuer les cartes entre les acteurs du marché, selon Pallab Roy. En clair, l'avance que les distributeurs indiens prennent actuellement sur les étrangers, en pleine période de tension avec le petit commerce, sera difficile à rattraper.

La situation pousse même les investisseurs à revoir leur stratégie. Carrefour, qui comptait ouvrir ses premiers hypers en 2008, vient de faire savoir qu'il entrera sans doute en Inde par le cash et carry, seul secteur où les entreprises étrangères sont autorisés à se passer de partenaire local, à l'image de Metro, implanté depuis cinq ans. Le groupe français pourrait ouvrir, dès 2008, des surfaces proches du concept Atacadao, qu'il exploite déjà au Brésil. Quant aux hypers, il faudra attendre au moins 2009...

« Tout le monde en Inde a de la famille travaillant dans la distribution, et les gens comprennent qu'avec les hypers nous risquons de perdre nos emplois, prévient Punarvasu, un épicier du nord de Bombay. Cela va nous aider pour les prochaines manifestations. » Car les leaders de la contestation ne semblent pas vouloir fléchir. Et la très puissante APMC, coopérative de producteurs agricoles gérant les nombreux marchés ouverts de fruits et légumes du pays, commence à s'impatienter et menace de lancer d'autres actions d'envergure.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2024

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Appels d’offres

Accéder à tous les appels d’offres