La grogne sociale monte dans la distribution

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salaires- Les négociations sur les salaires dans la distribution alimentaire n'ont toujours pas abouti à un accord. Les mouvements sociaux pourraient s'intensifier à l'approche des fêtes de Noël.

L'agacement est à son comble dans la grande distribution. Le 10 décembre, rendez-vous était enfin pris entre la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) et les organisations syndicales de salariés (CFE-CGC, CFDT, CFTC, CGT, FGTA-FO) pour reprendre les discussions annuelles sur les minima de la branche. Mais, une fois de plus, la réunion n'a pas répondu aux attentes des syndicats, qui n'ont pas jugé « acceptables » les propositions de la FCD. Faute d'accord, les partenaires sociaux doivent se revoir le 31 janvier 2008 pour poursuivre les négociations.

Un système discriminatoire

Alors que les syndicats espèrent un geste majeur en faveur du pouvoir d'achat, la FCD s'est seulement engagée, pour l'instant, à porter le premier niveau de rémunération de la grille au moins au niveau du Smic. Mais le principal point d'achoppement reste le forfait pause. Si le patronat a consenti à faire un pas en acceptant que le paiement du temps de pause vienne s'ajouter à la rémunération de base et ne soit plus inclus dans les minima, comme le réclament les syndicats, le désaccord perdure quant à la fixation de son montant. « La FCD persiste dans sa volonté de remettre en cause le paiement du forfait pause des salariés à 5 % en le ramenant à 2 %. Le système proposé pour sa rémunération est discriminatoire », dénonce la CFDT. Celui-ci pourrait atteindre 5 % seulement si un accord d'entreprise le prévoit, ce qui créerait des distorsions, puisque les salariés seraient rémunérés entre 2 % et 5 % du forfait pause, selon les enseignes.

Certaines d'entre elles avancent déjà dans cette voie. Auchan, notamment, aurait proposé d'ajouter le montant du forfait pause à la rémunération de base, et de le fixer à 3 %. Une offre qui n'a pas été retenue par les syndicats, bien décidés à récupérer ce forfait dans son intégralité. « Le patronat utilise la technique des vases communicants : on prend sur le temps de pause pour remettre dans le salaire, c'est une mascarade ! », s'indigne Thierry Ménard, délégué syndical CGT du groupe Casino.

Voilà maintenant deux ans que les négociations patinent et qu'aucune remise à jour de la grille n'est intervenue. Une situation qui « dure depuis trop longtemps », au goût des syndicats qui se disent prêts à passer à l'action si le patronat ne révise pas favorablement sa copie d'ici à la prochaine séance. « On ne peut pas accepter ça. Si nous n'obtenons pas satisfaction, un mouvement d'envergure est à prévoir », met en garde Dejan Terglav, secrétaire général de FO-commerce.

L'agitation menace au moment de Noël

De son côté, la FCD se félicite de cette première journée qui a permis « d'avancer ». À propos du paiement du temps de pause, elle estime avoir « répondu à une demande forte des organisations syndicales », mais se dit, par ailleurs, ouverte à la discussion, ce qui laisse penser que la situation n'est pas définitivement bloquée. Reste à attendre, cependant, la prochaine rencontre qui, selon le souhait de FO et de la CFDT, pourrait se tenir en présence d'un représentant du ministère du Travail.

Le bilan de cette première prise de contact ne semble toutefois pas propice à calmer l'exaspération des salariés, et il est à craindre que les mouvements sociaux que l'on a vu émerger ça et là ces dernières semaines ne reprennent à l'approche de Noël. D'autant que certains, pourtant particulièrement durs - tel celui du Géant Casino Sainte-Anne, à Marseille, où la quasi-totalité des salariés a fait grève durant quinze jours -, n'ont toujours pas trouvé d'écho auprès de la direction. Si FO et la CFDT se déclarent contre les débrayages en cette période de l'année, en raison de l'importance du chiffre d'affaires généré, la CGT, elle, est prête à monter au créneau. Elle ne se contentera pas, comme ses homologues, de simples distributions de tracts, et appelle les salariés à se mobiliser alors que les négociations sur les salaires vont s'engager dans les entreprises... « Il n'est plus question d'accepter des augmentations générales de 1,5 % versées en deux fois et qui ne correspondent pas à l'évolution du coût de la vie. Nous voulons alerter l'ensemble des citoyens sur les conditions de travail des salariés de la distribution », prévient Thierry Ménard.

Le ras-le-bol ne touche pas seulement les salariés des enseignes alimentaires. La distribution spécialisée n'échappe pas, elle non plus, à la crise : chez Toys ' R ' Us, Leroy Merlin, Darty ou Conforama, où le personnel réitère l'appel à la grève chaque samedi de décembre, les conflits se multiplient. « Mêmes causes, mêmes effets », résume le délégué CGT du groupe Casino. Partout, on dénonce la précarité, la détérioration des conditions de travail et les salaires bloqués, alors que certaines branches affichent des chiffres record, comme c'est le cas dans l'ameublement. Les déclarations pré-électorales de Nicolas Sarkozy ne sont pas non plus étrangères à la grogne. « Beaucoup pensaient gagner plus sans faire trop de sacrifices », reconnaît Olivier Guivarch, secrétaire général de la CFDT services. Le désenchantement fait aujourd'hui place à la colère : « Le contexte est explosif. On assiste à une monté en puissance de la revendication et ça part tellement vite qu'on n'a pas toujours le temps de s'organiser », constate Thierry Ménard. Ce fut récemment le cas à l'entrepôt Darty de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, où les salariés se sont mis en grève « spontanée ». S'il ne s'agit pour l'instant que de mouvements ponctuels, le plus dur est peut-être à venir, si l'on en croit les rumeurs syndicales...

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Article extrait
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