La hausse du prix de l'acier met la filière conserve sous pression

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ÉTUDE - Les fabricants de conserves s'étonnent de l'ampleur de l'augmentation du prix de l'acier qui leur a été imposée au 1er janvier. Difficile à faire passer aux distributeurs, cette hausse de coût de la boîte vide met certains acteurs en difficulté.

Il y a un peu moins de un an, la filière pâtes alimentaires a été touchée par la hausse brutale et importante du prix du blé dur, sa matière principale. À cette époque, la majorité des matières premières agricoles et des coûts de production étaient inflationnistes, le blé dur ayant sans doute subi la hausse la plus violente et symptomatique de toutes. Depuis, la plupart des matières premières ont retrouvé des cours plus tranquilles, plus habituels. La période est à la déflation.

La hausse actuelle du prix de l'acier n'en est que plus surprenante et incompréhensible. Au 1er janvier 2009, les fabricants de boîtes de conserve, dits « emballagistes », comme Impress ou Crown - qui se partagent 80 % du marché, ont pourtant imposé à leurs clients une augmentation de 30 % sur le prix des boîtes.

Refus des hausses par la distribution

Prévenus depuis quelques mois, les industriels de la conserve se disent choqués et inquiets. L'acier représente 15 à 40 % de leurs coûts de production, selon qu'ils agissent sur les marchés des légumes, du pet-food ou du foie gras. Sur une boîte standard achetée 0,15 E, le surcoût est d'environ 0,04 E. « C'est une hausse brutale et complètement à contre-cycle des autres matières premières », s'insurge Christophe Bonduelle, en tant que président de la Fédération des industriels des aliments en conserve (Fiac). Déjà, la plupart des industriels de la conserve ont dû acheter leurs boîtes vides à ce tarif, même si certains attendent un nouveau round de négociations en mai. « Nous espérons que ce prix est un maximum, et nous continuons à escompter une baisse de tarif en mai. Chez Bonduelle, nous n'avons pas fait de zèle au niveau des commandes de boîtes vides », précise Christophe Bonduelle.

Tenant compte de ces hausses, Bonduelle, d'Aucy, Saupiquet, William Saurin ou Hénaff sont allés présenter à la distribution des hausses de prix de 5 à 10 %. « Avec des coûts de production en hausse de 9 %, nous avons une augmentation globale du prix de 7 à 9 % », confie un industriel. Le pâté Hénaff demande une hausse de 9 %, par exemple.

Mais, pour l'instant, toutes ces demandes - ou presque - sont sans réponse. « Les petits fabricants arrivent à faire passer leurs hausses plus facilement que nous. En tant que premier intervenant des plats cuisinés, nous sommes toujours en négociations », regrette Bruno Heyberger, directeur du marketing de William Saurin. « C'est sans doute l'une des négociations les plus dures du moment, confirme Jean-Pierre Gontier, président de la Scamark, centrale d'achats des Centre E. Leclerc. Il ne faudrait pas que, au nom de l'acier, les industriels nous fassent passer des hausses injustifiées. Nous leur demandons donc de légitimer davantage ces hausses. »

Si, à la Scamark, on s'en défend, une majorité d'enseignes auraient pourtant accepté les hausses de prix sur leurs contrats à marques de distributeurs. En cela, les acheteurs des grandes enseignes auraient tiré les leçons de la crise du blé dur. En refusant les hausses, ils avaient alors entraîné des défaillances d'entreprises chez leurs sous-traitants et des ruptures sur les pâtes MDD dans leurs linéaires. Accepter les hausses sur les conserves MDD en négociant sur les marques nationales, c'est donc une façon d'être à l'abri des ruptures.

Soupçon d'entente sur les prix

Pour faire passer les hausses aux distributeurs comme aux consommateurs, les industriels concernés doivent donc mieux les comprendre et les justifier. Pour cela, il leur faut remonter la filière de fabrication de l'acier, particulièrement rigide et concentrée. En amont des emballagistes se trouvent les sidérurgistes, dont Arcelor-Mittal, qui a diminué ses capacités de production.

« J'admets qu'une telle hausse de prix n'est pas satisfaisante pour nous et nos clients qui peuvent se retrouver en difficulté. Mais nous avons dû faire face à une pénurie d'acier et à une augmentation de la demande. Lorsque nous avons négocié nos propres tarifs en juillet 2008, la hausse allait de 50 à 80 % », explique Gordon Shade, directeur de la communication d'Impress.

Selon lui, la hausse actuelle est un effet décalé des hausses non répercutées en 2008. « La dernière hausse importante date de 2005. » Le porte-parole en profite pour répondre à ceux qui espèrent encore une baisse des prix au printemps : « N'attendez pas de baisse en mai, il n'y aura pas de grand changement. La seule chose que je peux garantir à cette date, c'est qu'il n'y aura pas de hausse supplémentaire. Il faudra attendre 2010 pour un éventuel changement de direction. »

Ce qui est certain, c'est que les cours de l'acier sont particulièrement opaques et difficiles à suivre. Et pour cause. « Depuis que le traité CECA [NDLR, Communauté européenne du charbon et de l'acier] a été aboli il y a trois ou quatre ans, il n'existe plus de cours officiel de l'acier », explique un expert. « Il existe bien un indicateur de prix, mais il est difficilement accessible à tout un chacun et peu représentatif du prix du métal pour l'emballage », note Gordon Shade. Il est donc bien difficile de savoir à qui profitent ces hausses.

Peu de solutions de substitution

Toutefois, pour faire la lumière sur ces questions, la Fiac a diligenté une enquête auprès de la CEIS, une société d'intelligence économique. Si personne n'ose prononcer le mot, tous les industriels de la conserve pensent qu'il peut s'agir d'une situation d'entente sur les prix. « C'est une hausse à contre-cycle, passée au même moment par tous les fabricants d'acier et dans les mêmes proportions. Nous sommes face à une situation étonnante, et nous sommes vigilants », déclare Christophe Bonduelle. « Il n'y a que deux fournisseurs mondiaux. De là à parier qu'ils se sont entendus, ce n'est pas difficile », ose Bruno Heyberger.

Pour l'heure, 90 % des boîtes de conserve pour l'alimentaire sont en fer-blanc. Ainsi, l'aluminium, dont le « look » est similaire en tout point à celui de l'acier, apparaît comme une alternative séduisante. Malheureusement, ses propriétés sont très différentes, et il faudrait, pour substituer l'aluminium à l'acier, changer toutes les lignes de production... La seule substitution envisageable se trouve du côté des consommateurs : avec de telles hausses, les légumes bruts surgelés se retrouveraient compétitifs face à l'offre appertisée !

Au final, c'est plutôt le paysage des industriels français de la conserve qui risque de changer davantage que les boîtes mises sur le marché. « J'ai alerté Hervé Novelli au titre de la défense des PME qui sont franco-françaises, ont peu de trésorerie et vendent parfois des produits peu chers. J'estime qu'il y a un risque pour notre filière, laquelle compte 35 000 salariés », indique Christophe Bonduelle. « Si nous ne pouvons pas répercuter la hausse, nous plongeons, confirme Loïc Hénaff, directeur du marketing de l'entreprise éponyme. Nos niveaux de rentabilité sont trop faibles, les PME de la conserve sont en danger. » La sonnette d'alarme vient d'être tirée.

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Article extrait
du magazine N° 2077

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