La logistique 4.0 et ses enjeux [Tribune]

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TRIBUNE D'EXPERTS La Chaire ESCP Europe/E.Leclerc "Prospective du commerce dans la société 4.0" a pour but de préparer le commerce de demain au travers de rencontres pour débattre des grandes transformations de la distribution à l’heure du numérique. Troisième volet de cette série de conférences, "la logistique 4.0", avec Eric Ballot (Mines Paris Tech), Aurélien Rouquet (Professeur chez Neoma Business School), Dr. Chloé Voisin-Bormuth (La Fabrique de la Cité/Vinci). Retour sur cet événement animé par Michel-Edouard Leclerc et Olivier Badot, doyen à l’ESCP Europe, qui s'est tenu le 1er février 2017.

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colorful LOGISTICS text barcode, vector © Ngaga35 - Fotolia

1. La croissance exponentielle de l’intensité logistique

La logistique sert d’abord à répondre à une demande, cette demande, ce sont d’abord les défis posés par l’atomisation exponentielle des flux et des prestations : allongement des distances, délais réduits, quantités fluctuantes, utilisation partielle des entrepôts et taux de remplissage insuffisant des moyens de transport… En bref, des moyens logistiques dédiés de plus en plus difficiles à optimiser et des flux difficiles à anticiper.

La logistique, c’est une chaîne d’acteurs très complexe - producteurs, plateformes, grossistes, transporteurs, détaillants, distributeurs - difficile à maîtriser avec assez peu d’efficacité au final. Face à cela il est important de souligner les exigences d’un consommateur qui veut le monde à sa porte, mais vite. Sans oublier, une injonction de s’inscrire dans les objectifs des consommateurs et des villes en termes de développement durable : le transport de marchandises à usage privé ou professionnel représente plus d’un tiers des émissions de CO2 en zone urbaine, 50% des particules fines rejetées dans les villes, et 9 a 15% des déplacements de véhicules.

2. "L’Internet physique " au secours de la logistique

Comment recréer de l’efficacité logistique ? Telle est donc la question. Ainsi, rien ne sert de mettre la pression sur les transporteurs mais, il faut plutôt proposer une autre organisation du travail logistique. La solution : mutualiser et partager les ressources logistiques, interconnecter plusieurs réseaux et les prestations. Il cite pour exemple la création de points de partage, d’entrepôts mobiles, des sortes de "ports terrestres", l’installation de boîtes modulaires partagées comparables aux conteneurs qui ont révolutionné le transport maritime, ou encore le retour à un fret ferroviaire groupé.

Une mutualisation entre les enseignes mais aussi entre les consommateurs, et qui présagerait des chaînes logistiques multipliées et multidirectionnelles.

Mais c’est avec le numérique que s’écrit déjà l’avenir de la logistique. L’Internet physique : l’Internet des objets appliqué aux outils de la logistique (camions, boîtes et conteneurs connectés, offrant traçabilité et interactions dynamiques). En la matière, l’Europe est à la pointe des recherches avec la plate-forme Alice, et de nombreuses start-up (Mix, Move, Match en Norvège, le Centre de Routage Collaboratif en France…). Ou encore à titre d’exemples le programme européen d’optimisation du chargement des camions, le port de Hambourg, et la construction de centres mutualisés de consolidation des matériaux de chantiers à Londres.

3. L’émergence d’un consommateur-logisticien

Autrefois cantonné en bout de chaîne, le consommateur joue désormais un rôle crucial dans cette logistique 4.0. Il est devenu une ressource logistique à part entière. Ikea, en faisant entrer le consommateur dans ses entrepôts, ou la grande distribution en créant des libres-services, avaient ouvert la voie. Cependant, la grande nouveauté, c’est le digital - smartphones, applis, tablettes et demain frigos et maisons connectés - qui induit une implication beaucoup plus forte et possible de ce consommateur dans le schéma et le rend acteur de cette logistique commerciale.

Une logistisation de la consommation qui impacte fortement les distributeurs, contraints d’intégrer ce consommateur-logisticien dans leur schéma, de diversifier leurs espaces de relation (drives, Internet, livraison personnalisée…), obligés de combiner les attentes des uns et des autres tout en restant cohérent par rapport à son positionnement… Certaines start-up du Net, en jouant les "distributeurs urbains", font le pont direct entre producteurs et consommateurs (cf. Amazon Flex, Deliveroo, Nestor, Bobchef, Instacart aux Etats-Unis…) et menacent les distributeurs en les ramenant à de simples fournisseurs. Quand ils ne s’en passent pas totalement, avec la complicité d’un consommateur autonome, ces "makers" mus par le "do it yourself". Une  logistique "peer-to-peer" dont l’essor semble inéluctable. En témoignent le succès du Bon Coin, de Vestiaire Collective, de La Ruche qui dit Oui ou l’essor des supermarchés collaboratifs.

4. La logistique urbaine 4.0

Avec la logistique 4.0, c’est toute la ville qui doit se repenser. Si la logistique urbaine n’est pas tout a fait un sujet nouveau - la ville a toujours été comme un cœur qui aspire et rejette en permanence - la question revient au cœur des débats sous la pression des attentes. Ce constant permet de mettre en exergue trois scénarios. Tantôt c’est la collectivité qui fait jouer sa puissance réglementaire pour se repenser en "hub logistique" : c’est le cas de Londres (création d’un port logistique à 30 kms du centre, transport mixte fret/ferroviaire vers le centre, instauration d’une "no emission zone") ou de Barcelone (optimisation des espaces de la voirie). Tantôt, c’est « Business as usual » et ce sont les acteurs privés qui agissent en développant de nouveaux schémas (plate formes de e-commerce, logistique à la demande…) Tantôt, enfin, c’est le potentiel productif lui-même qui est repensé et qui reprend sa place dans la cité sous forme de circuits courts : fermes urbaines en hydroponie de Montréal, à Détroit, et mise en place d’une économie circulaire fondée sur le recyclage.

L’affaire ne fait aucun doute : la logistique est un secteur d’avenir à investir. C’est la clé de la performance de demain. C’est elle qui fait et fera la différence dans le calcul de la valeur d’une enseigne.

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