La météo assombrit l’été de la grande conso

Glaces, sorbets, bières, sodas, grillades… Tous les produits saisonniers sont en net recul sur juillet et août. Les consommateurs français sont plus frileux que jamais.

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En voilà au moins qui n’ont pas à se plaindre des étés maussades. Avec des ventes d’insecticides en chute de 25%, les moustiques de juillet ont pompé l’air et le sang des touristes l’esprit tranquille. Les acteurs de la grande consommation, eux, restent sur leur faim… « L’an dernier, les industriels des glaces avaient du mal à assurer le réassort tellement la demande était forte, se souvient Dominique Schelcher, PDG de Système U Est. Cette année, nous sommes en recul de 20%… » Et encore, il est presque chanceux ! D’après Iri, entre le 30 juin et le 27 juillet, les ventes nationales de sorbets et glaces ont perdu 25,2% par rapport à l’an dernier en hypers et en supers. Les crèmes solaires ? La « cata », avec un effondrement de plus de 40%. Les saucisses à barbecue ? Le leader Bigard a fait une croix sur 15 % de ses ventes.

  • - 0,4% Le recul en valeur des PGC-FLS sur la période du 30 juin au 10 août 2014, HM + SM + HD + drives
    Source : Nielsen

    TOPS
  • + 22,2% Pizzas surgelées
  • + 16,2% Café en dosettes
  • 13% Tablettes de chocolat

    FLOPS
  • -25,2% Sorbets et glaces
  • -25,5% Insecticides
  • -42,4% Produits solaires
    Source : Iri, du 30 juin au 27 juillet (P07) 2014

Ciel nuageux, précipitations hors normes, températures anormalement basses… La météo fait figure de coupable idéale. En juillet, il est tombé 211 mm de pluie sur le siège de Casino, à Saint-Étienne, battant ainsi un précédent record, tout comme à Strasbourg, Colmar et Bastia. Quant à Ajaccio, Montpellier, Toulouse, Clermont-Ferrand ou Grenoble, ils n’avaient jamais vu aussi peu le soleil, selon Météo France. La sanction a été immédiate pour tous les produits de saison, même dans le Nord-Pas-de-Calais. « La météo est très “ impactante ”. La clientèle touristique vient de la Somme et du Pas-de-Calais, mais nous avons aussi beaucoup de Belges et d’Anglais de passage, explique Patrick Grohin, adhérent Intermarché à Rang-du-Fliers (Pas-de-Calais). Même le non-alimentaire, avec tous les jeux de plage, a été touché. » En toute logique, les bières (- 11,8 %), les colas (- 9,8 %) et les eaux plates (- 11,4 %) et gazeuses (- 18,1 %) ont suivi la tendance.

Un mois d’avance sur la choucroute

Heureusement, les plats cuisinés frais (+ 11,1 %), les pizzas surgelées (+ 22,2 %) ou encore les gruyères (+ 12,1 %) sont venus compenser ce trou d’air, toujours d’après les données Iri. Un petit goût d’automne qui se confirme sur le terrain. « En Alsace, on passe déjà à la choucroute avec un mois d’avance », s’étonne Dominique Schelcher, PDG de Système U Est. Un regain bienvenu qui permet de limiter la casse au global. D’après l’institut Nielsen, le marché des produits de grande consommation et du frais libre-service n’a chuté « que » de 0,4 % entre le 30 juin et le 10 août. « À fin juin, nous étions plutôt en avance sur le chiffre de l’année, mais tout a été grappillé par l’été », résume Thierry Cotillard, directeur de l’offre alimentaire d’Intermarché.

Mais la mauvaise consommation de l’été serait aussi due à une baisse du tourisme étranger. Sur le terrain, les distributeurs assurent qu’Allemands et Hollandais se sont faits plus rares, séduits par un soleil à bas prix en Espagne et au Portugal. Il n’y a pas encore de chiffres globaux disponibles, mais l’Agence de développement touristique des Pyrénées-orientales, par exemple, évalue la baisse de fréquentation entre 3 et 4 % en juillet.

Soucieux avant l’été, les Français n’ont pas réussi à se défaire de leurs inquiétudes. Selon le dernier baromètre de l’épargne de la Banque de France, ils ont économisé 15,9 % de leurs revenus disponibles à la fin du premier trimestre, contre 14,7 % fin 2013. « Le taux d’épargne des Français n’a jamais été aussi haut. Il y a un tel manque de confiance qu’on a peur, déplore Thierry Desouches, porte-parole de Système U. Et mon boulot demain ? Et celui de mes enfants ? L’an dernier, des gens non imposables le sont devenus. Cette année, le gouvernement fait marche arrière, malheureusement, les gens ne le croient plus en matière de fiscalité. »

Vers une embellie en novembre ?

Comme si cela ne suffisait pas, la réforme des rythmes scolaires va alourdir la facture des gardes d’enfants. Selon la plate-forme en ligne de baby-sitting Yoopie, le salaire pour la garde d’un enfant a progressé presque deux fois plus vite sur un an là où elle est appliquée. « L’arrivée des feuilles d’impôts et les divers messages dépressifs des pouvoirs publics se cristallisant sur septembre vont sans aucun doute crisper encore le moral de ménages, qui n’est déjà pas au beau fixe ! En revanche, je crois à une embellie à partir de novembre-décembre, à la veille des fêtes », estime Jean-Michel Silberstein, président du CNCC. Vivement la fin de l’été !

« Quelques concurrents m’ont donné leurs tendances. On est sur du - 15 à - 20 % sur les grillades, les glaces, l’eau… À fin juin, nous étions plutôt en avance sur le chiffre de l’année, mais tout a été grappillé par l’été. »

Thierry Cotillard, directeur de l’offre alimentaire d’Intermarché

« Nous avons fait 630 000 € de ventes sur la première quinzaine d’août, contre 680 000 € l’an dernier. Commercialement, nous sommes beaucoup plus agressifs, avec deux prospectus pour la préparation de la rentrée. »

Patrick Grohin, adhérent Intermarché, à Rang-du-Fliers (62)

« Les régions touristiques n’ont pas connu la fréquentation habituelle. Il semble que les Allemands et Hollandais soient beaucoup allés en Espagne ou au Portugal, qui ont fait de gros efforts sur les prix. Mais une ville comme Strasbourg a connu de belles fréquentations de ses musées. »

Dominique Schelcher, PDG de Système U Est

« L’équipement de la personne constituant une bonne part de l’offre des centres, la météo n’a guère consolidé nos chiffres, même si elle a pu accroître notre fréquentation… En revanche, si le temps maussade persiste, ils redeviendront positifs pour les ventes de rentrée qui ne s’accommodent pas des étés indiens. »

Jean-Michel Silberstein, délégué général du Conseil national des centres commerciaux

« Le printemps a été très bon pour la viande grâce à une météo qui a favorisé les barbecues. Le décrochage arrive début juillet, avec le changement de températures, avec - 15 % sur les saucisses en volume par rapport à juillet 2013. C’est très important pour cette catégorie de produits météo-sensibles. »

Aurélien Penot, directeur marketing de Bigard

 

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Article extrait
du magazine N° 2330

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