La naissance d'un géant de la volaille

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LDC, leader de la volaille en grande distribution, et Sofiprotéol s’unissent pour créer un mastodonte dans la volaille où chaque groupe se spécialise sur un maillon de la filière. L’enjeu dans ce secteur fragile : créer un acteur de poids en France et en Europe pour faire face à la concurrence.

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71262300© © Thinkstock

Une alliance de deux poids lourds pour créer LE géant français de la volaille. C’est, en substance, l’aboutissement de cet accord unique qui unit deux groupes du secteur. Dans le rôle des acteurs principaux, Sofiprotéol, spécialisé à l’origine dans les protéines végétales avec le colza, détient la place de numéro un dans la nutrition animale avec 14% de part de marché en volume (7 Mrds € de chiffre d’affaires en 2013). Dans le second rôle, LDC (3 Mrds € de CA) est déjà leader en grande distribution avec les marques Le Gaulois, Loué, Maître Coq entre autres… 85% de son activité sont occupés par la volaille en France et en Pologne essentiellement. Son activité traiteur (marques Marie et Tradition d’Asie) constitue les 15% restant.

Malgré leur position dominante sur leur marché respectif, pas question de se reposer sur ses lauriers. Les deux groupes cherchent à prendre encore de l’ampleur, et veulent, ensemble, partir à la conquête des marchés français et européen. « Avec LDC, nous partageons un même état d’esprit entrepreneurial. Cette alliance a pour objectif d’accroître encore nos performances », souligne Jean-Philippe Puig, directeur général de Sofiprotéol.

 

Valse des sites

La première étape de l’accord peut paraître surprenante : pour mieux se concentrer sur leur spécialité, les deux firmes se sont vendu plusieurs usines ! Sofiprotéol cède ainsi cinq sites – soit plus de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires –, dont l’abattoir de Blancafort (18), repris à Doux. Il arrivera dans le giron de LDC en janvier 2015. LDC se déleste pour sa part de son site de nutrition hors volailles de Huttepain Bouix et de l’équivalent de 30 millions d’euros.

Par ce jeu de ventes de sites, Sofiprotéol se renforce ainsi sur la nutrition animale. LDC, qui produisait principalement pour la grande distribution, se diversifie : il s’attaque désormais à la restauration hors domicile et aux produits intermédiaires alimentaires (PAI) à destination des industriels. Il bénéficie par ailleurs du savoir-faire des filiales cédées par Sofiprotéol et pourrait s’en servir pour moderniser encore son offre dans les linéaires des grandes surfaces.

En outre, les deux sociétés créent ensemble la Société bretonne de volailles (SBV), qui regroupe 11 sites de production. Près de 200 millions d’euros y seront injectés sous cinq ans.

Dernier volet de cet accord, Sofiprotéol entre de façon marginale au capital de LDC. Si aucun chiffre n’a été avancé sur les ambitions de cette structure, l’idée est bien de renforcer les positions de leaders des deux entreprises… Au risque d’écraser la concurrence ? « Le secteur se structure, et c’est une bonne chose », estime Jacques Poulet, directeur de la section aviculture chez Coop de France. « Cette opération est un signal positif envoyé au marché », poursuit-il.

 

Le spectre des importations

Il faut dire que le secteur est encore fragile : hausse du prix des matières premières de l’alimentation, fin des restitutions européennes qui ont plombé la société Tilly-Sabco et le volailler Doux, groupes en difficultés financières… Peu d’éléments lui ont été épargnés. « L’élevage est l’enfant malade de l’agriculture, car les investissements réalisés ont été légers. La volaille est également déstabilisée par les importations », analyse Michel Boucly, directeur général adjoint de Sofiprotéol.

C’est en effet l’ennemi commun dont les acteurs rêveraient de reprendre les parts : la viande importée. En France, 1,5 million de volailles étrangères franchissent les frontières de l’Hexagone chaque semaine. Au total, 42% des poulets consommés viennent de l’étranger, soit près de un sur deux ! La création de cet accord entre LDC et Glon Sanders, le pôle animal de Sofiprotéol, permet d’optimiser le coût de production et de générer de gros volumes dans le but, aussi, de faire des économies d’échelle. « À terme, nous représenterons 40% du marché de la volaille », assure Denis Lambert, président de LDC. Si les deux groupes constituent désormais un géant sur le marché français, celui-ci reste néanmoins un poids plume comparé aux colosses européens que sont l’allemand Wiesenhof, le néerlandais Plukon, le britannique 2 sisters, ou encore A.I.A en Italie.

Sur la scène européenne, LDC et Sofiprotéol espèrent rapidement compter, sans toutefois donner davantage de précisions sur leurs ambitions. LDC est déjà bien implanté en Pologne et déclarait, lors de l’annonce des derniers résultats financiers, chercher des relais de croissance dans d’autres pays. Le coq français doit maintenant bomber le torse pour pouvoir affronter la concurrence européenne.

Le contexte

Difficultés Le secteur de la volaille est fragile sur le marché français. Plus de 40% de sa consommation sont importés.

Union Sofiprotéol et LDC s’unissent et se sont vendu plusieurs sites pour se spécialiser chacun dans un maillon de la filière.

Ambitions fortes Ensemble, ils entendent gagner des parts de marché en France mais aussi au niveau européen.

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Article extrait
du magazine N° 2340

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