La parité fait son entrée dans les conseils d'administration

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La seule manière de briser le plafond de verre dans les entreprises passe par la législation. En cours d'adoption, une nouvelle loi imposera un minimum de femmes dans les conseils d'administration des entreprises cotées. Un défi pour les distributeurs et les industriels, qui sont loin d'avoir rempli leurs quotas !

LE CALENDRIER Votée en première lecture à l'Assemblée nationale le 20 janvier, la proposition de loi effectue la navette entre l'Assemblée et le Sénat, et devrait être adoptée avant l'été. LE CONTENU Le texte établit un quota de 20 % de femmes d'ici à trois ans dans les conseils d'administration de toutes les sociétés cotées en Bourse, de 40 % d'ici à six ans. Des sanctions de nullité des délibérations seraient prises au bout de trois ans si le quota n'est pas respecté. Dans six ans, c'est la nomination qui serait caduque.
L'Oréal 3 femmes sur 14 membres du conseil d'administration, soit 20 % Bic 2 femmes sur 10 membres (Marie-Pauline Chandon-Moët et Marie-Henriette Poinsot) Fleury Michon 2 femmes sur 11 membres (Geneviève Gonnord et Nadine Deswasière) Bongrain 2 femmes sur 11 membres (Élizabeth Lulin et Dominique Damon) Casino 2 femmes sur 16 membres (Catherine Soubie et Rose-Marie Vanb Lerberghe)
Carrefour 1 femme sur les 12 membres du conseil d'administration, Anne-Claire Taittinger, présidente du comité de rémunération, nominations et gouvernement d'entreprise Danone 1femme sur 14 membres (Guylaine Saucier) PPR 1 femme (Patricia Barbizet, chez Artémis, holding de contrôle de PPR) LVMH 1 femme sur 15 membres, Delphine Arnaud-Gancia Pernod-Ricard 1 femme sur 14 membres, Danièle Ricard
La proportion de femmes dans les conseils d'administration des 500 entreprises françaises cotées en Bourse. Source : LSA
La proportion de femmes dans les conseils d'administration des entreprises en Norvège. Source : LSA
LSA - Fallait-il légiférer pour faire avancer la parité dans les conseils des grandes entreprises ? D. L. - Le volontarisme ne suffit pas. Il y a cinq ans, l'Ifa avait fixé comme objectif de doubler le nombre de femmes présentes dans les conseils, pour arriver à 20 %. Aujourd'hui, lorsqu'on fait le bilan, la situation n'a pas évolué d'un iota. La France est à la traîne, et il faut changer de méthode si nous voulons arriver à quelque chose. Une entreprise cotée sur huit n'a aucune femme dans son conseil d'administration. LSA - Ne faut-il pas aussi favoriser la parité dans les comités de direction et comités exécutifs ? D. L. - Ces deux instances dirigent au quotidien, mais le conseil d'administration a aussi des missions très importantes : il contribue à définir la stratégie de l'entreprise, arrête les comptes, nomme les dirigeants et fixe leurs rémunérations, gère les risques. C'est un organe trop fermé sur lui-même : moins de 100 personnes contrôlent la moitié des postes d'administrateurs des sociétés du CAC 40. En faisant entrer des femmes, l'on contribue à l'ouverture et à la diversité des compétences. Le vivier existe : il y a des femmes très bien préparées aujourd'hui, et l'Ifa va lancer un programme de « mentoring » où des administrateurs accompagneront des candidates.
Etam 1 femme au conseil de surveillance (Rachel Milchior) Bonduelle pas de femme au conseil d'administration (10 membres) Seb pas de femme (CA de 15 membres) Rémy Cointreau NC Mr. Bricolage pas de femme

Les quotas et la parité ne peuvent résoudre le problème de l'égalité ; au contraire, ce sont des outils de discrimination. » Résolument hostile à l'établissement de quotas, Élisabeth Badinter préfère défendre l'égalité des chances et concède au débat sur la parité un seul aspect positif, celui de rappeler les inégalités entre les hommes et les femmes dans la carrière professionnelle. Et pourtant ! Pour arriver à une équité dans les conseils d'administration des grandes entreprises, il aura fallu légiférer en France. Légiférer pour changer les mentalités.

Proposé par la députée Marie-Jo Zimmermann, le texte a été adopté en première lecture à l'Assemblée nationale le 20 janvier, et devrait arriver devant le Sénat début avril, avant d'être définitivement voté avant l'été. Il fixe des règles impitoyables pour les grandes entreprises françaises cotées, que ce soit au CAC 40, au SBF 120 ou au SBF 250. D'ici à trois ans, elles devront avoir intégré 20 % de femmes dans leur conseil, et 40 % d'ici à six ans. Sachant que la représentation des femmes dans ces instances atteint péniblement 9 %, il y a du chemin à parcourir. « L'objectif est de créer un électrochoc, expliquait Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, et signataire du texte, lors de la présentation du projet de loi le 20 janvier. Parce que c'est dans les conseils d'administration que se déterminent les politiques de rémunération des entreprises. »

Inspirée de la Norvège, mais aussi de l'Espagne, où une loi similaire est en cours d'adoption, l'idée se propage à toute l'Europe. Grande-Bretagne, Pays-Bas, Suède et Canada n'ont pas eu besoin de légiférer pour changer les choses. « Le seul pays qui fait moins bien que nous, c'est l'Italie, précise Daniel Lebègue, président de l'Institut français des administrateurs (Ifa). La France est clairement à la traîne. »

Les femmes font souvent partie de la famille

 

Les entreprises de la grande consommation ne sortent pas du lot. Le recensement réalisé par LSA (lire encadré) montre que seules cinq d'entre elles, sur une petite vingtaine, comptent entre 10 et 20 % de femmes dans leur conseil d'administration. La championne en la matière est L'Oréal. « Parce qu'elles le valent bien », le groupe affiche déjà les 20 % qui deviendront la règle d'ici peu. « La parité est depuis longtemps une réalité chez L'Oréal, constate Alain Ducasse, directeur général France de L'Oréal Paris Grand Public. Sur les huit membres de mon comité de direction, il y a quatre femmes, dont deux de mes trois directeurs généraux et la directrice des ressources humaines. Et je ne peux que m'en féliciter. » Au conseil d'administration, la surreprésentation féminine par rapport à la moyenne française s'explique par l'histoire familiale du groupe : en effet, deux des trois femmes ne sont autres que Liliane Bettencourt et sa fille Françoise...

Bic, Fleury Michon, Bongrain, et, dans une moindre mesure, Casino, se situent aussi au-dessus de la moyenne française. Mais là encore, les femmes font partie de la famille. Marie-Pauline Chandon-Moët et Marie-Henriette Poinsot, présentes toutes deux au conseil de Bic, sont nées Bich ! Chez Fleury Michon, Geneviève Gonnord appartient à la famille fondatrice ; chez Pernod-Ricard, Danièle Ricard, présente elle aussi au conseil, n'est autre que l'épouse de Patrick Ricard... Les exemples sont nombreux. Rachel Milchior, qui figure au conseil de surveillance d'Etam, est, dans la vie, l'épouse de Pierre Milchior, dirigeant du groupe de vêtements. Les entreprises qui revendiquent une image moderne en matière de ressources humaines, comme Carrefour ou PPR, font moins bien, avec une seule femme. Quant à Bonduelle, Groupe Seb ou Mr. Bricolage, c'est bien simple, il n'y en a pas.

La loi, une arme efficace

 

En attendant, là où elle a été promulguée, la loi a montré son efficacité. En Norvège, en 2009, les conseils d'administration comptent 44 % de femmes, contre 7 % en 2003. Le projet de loi français prévoit les mêmes sanctions que le pays scandinave, à savoir la nullité des délibérations du conseil au bout de trois ans, et l'invalidité des nominations si l'entreprise ne respecte pas les quotas au bout de six ans. Parée de tels garde-fous, la future loi a toutes les chances de rétablir l'égalité au sein des conseils d'administration. « C'est un objectif réalisable, assure Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales, et auteure d'un rapport sur le sujet qui a initié la loi. C'est surtout la clé qui ouvre la porte. Après, les plus compétents gagnent. »

L'instauration de quotas aura d'autres vertus que de rétablir une simple équité. « C'est l'occasion de renouveler la composition des conseils, poursuit Brigitte Grésy. Cela va rompre la connivence qui existe entre les administrateurs des conseils. Ils se connaissent et se cooptent tous entre eux. » Autre avantage du texte, il devrait permettre de rajeunir les troupes. En France, la moyenne d'âge des administrateurs est de 60 ans, et ces derniers font en général deux mandats de quatre ans. « Il y a même des cas d'entreprise où les personnes, souvent de la famille, restent à vie », note Daniel Lebègue, qui dénonce le caractère « fermé », quasi « consanguin », des conseils d'administration.

Convaincre les femmes de leur légitimité au conseil d'administration

 

Dans les deux prochaines années, distributeurs et industriels vont devoir faire rentrer 3 femmes dans leur conseil qui compte en moyenne 14 administrateurs, puis 6 d'ici à 2016. Encore faut-il qu'elles en aient envie. « C'est une question de pédagogie, observe Sylvaine Audrain, directrice générale de Mars Food en France. Il faut les convaincre qu'elles sont légitimes, quelque que soit leur niveau de responsabilité, car elles ont tendance à se créer des barrières psychologiques. » Pour Sylvaine Audrain, la meilleure marche est de commencer par siéger au comité de direction. Chez Mars, la parité est naturelle. Les femmes n'occupent pas seulement les postes qui leur sont habituellement réservés, comme les ressources humaines, le marketing ou la communication, mais ont toujours eu des responsabilités dans des fonctions dévolues plutôt aux hommes. Nathalie Roos, qui dirige aujourd'hui la zone Europe du géant américain, a commencé par la vente. Et c'est une femme, Stéphanie Lebéchet, qui vient d'être nommée directrice commerciale du petfood. Quand la diversité n'est plus un sujet, c'est gagné.

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Article extrait
du magazine N° 2126

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