La rencontre exclusive : Michel-Edouard Leclerc et Jacques-Antoine Granjon

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Dossier Le 22 mai, LSA a organisé à Paris avec l’aide de la Fevad, la fédération de la vente à distance, une rencontre entre Jacques-Antoine Granjon, PDG et fondateur de vente-privee.com, et Michel Edouard Leclerc, président des centres du même nom. Entre les deux patrons, le courant est très vite passé. D’accords sur beaucoup de points et en particulier sur l’avenir du commerce qui passera selon par le cross canal, ils ont aussi développé leurs stratégies respectives. Pour vente-privee, il s’agira de rester le plus gros et « seul pure player de son marché », pour Leclerc de passer, avec l’essor d’internet, du « tout sous le même toit au tout sous la même marque ». LSA.fr vous livre en exclusivité et en complément de l’événement publié ce matin dans les colonnes du magazine LSA (2230) l’intégralité des échanges entre ces deux grands patrons emblématiques de leurs secteurs, en dix questions ou points clés.

I/ Apartés/premiers échanges

Jacques-Antoine Granjon (JAG)

« Une des clés du succès de vente-privee.com ce sont nos réserves foncières très importantes, j’ai racheté les imprimeries du monde en 1996, je garde une réserve foncière de 80000 m², l’objectif est de rester implanté dans le 93, où tous les soldeurs m’ont suivi. On a signé la vente pour  5mf devant une armée de banquiers, tous hyper heureux, j’ai cru que je m’étais fait arnaquer (rires). »

Michel Edouard Leclerc (MEL)

Tu es allé à Franklin, des études supérieures, tu as fréquenté les jésuites, comme moi, mais tu n’as pas hésité à te frotter au terrain.

JAG / Oui le père responsable des études m’a quasiment excommunié quand je l’ai revu dix ans après ma scolarité et que je lui ai dit que j’étais soldeur. Mon milieu social m’a pris pour un fou. Ce pays n’a jamais aimé les commerçants. Heureusement que j’avais le soutien de ma mère, avocate, et d’un oncle entrepreneur.

MEL / Et oui, nous sommes encore des « pestiférés » comme mon père Edouard qui a eu pas mal de soucis. Ça vient de loin, des physiocrates pour qui seules l’agriculture et l’industrie comptaient.

JAG / C’est un vrai problème, le commerce est marqué du sceau du diable, il y a à peine 3 % de nos grands diplômés qui vont dans le commerce.

MEL / Oui et c’est un paradoxe car l’industrie ne peut fonctionner que si elle s’adosse à des metteurs en scène, à des bateleurs. Qui plus est en étant toi, un soldeur, et moi un épicier, nous occupons les fonctions les moins nobles du commerce.

JAG / Je revendique haut et fort le métier de soldeur. J’ai appris dans la rue au milieu des soldeurs du Marais en me demandant chaque jour ce que je pourrai leur vendre. Mais aujourd’hui on vend des marques de François-Henri Pinault et Bernard Arnault, nous sommes le premier site de mode dans l’esprit des Français. J’ai croisé Philippe Houzé, le patron des Galeries il y a quinze jours qui m’a dit qu’il n’en dormait pas la nuit (rires). On a su très bien être épicier et soldeur. Nous avons pu donner ses lettres de noblesse au métier de soldeur, certains viennent me voir et me disent merci.

 

II/ Vous connaissez-vous ? Quelle vision avez-vous l’un de l’autre

Les 2 : Non

MEL / Non mais ça n’est pas seulement le fait qu’on soit sur deux formats et secteurs différents qui l’explique. Moi je ne cherche pas à graviter dans mon monde professionnel. Je n’ai pas vu Georges Plassat (actuel PDG de Carrefour, NDLR) depuis 15 ans !

JAG / Nous c’est différent, par nature comme nous vendons des marques nous essayons de rencontrer tout le monde. Je ne connais pas MEL sauf cette fois où nous nous sommes croisés dans un ascenseur d’hôtel, mais je le vois parler dans les média avec le sourire et beaucoup de conviction. Je le considère comme un vrai passionné dont l’ambition est de faire profiter des meilleurs prix au plus grand nombre. J’apprécie aussi les nombreux combats qu’il a menés pour casser les monopoles, dénicher les marges indues, à l’image de ce que fait aujourd’hui, dans la téléphonie, mon ami Xavier Niel (patron de Free, NDLR).

MEL / Je suis admiratif et curieux du parcours de JAG, c’est un commerçant, il s’est colleté au terrain, il a su saisir les opportunités des nouvelles technos sans galvauder son métier. C’est un soldeur qui aurait pu décliner s’il en était resté au commerce physique. Il a saisi l’opportunité de de la techno pour travailler la relation clients, améliorer la qualité de son offre. Au-delà de la personne je suis intéressé de connaître le modèle de vente-privee (VP) qui est un site très qualitatif et qui fait partie des modèles qu’on regarde dans le cadre de notre propre stratégie. Qui plus est, il a des marques que je ne vends pas dans mes centres Leclerc. Il a cassé les codes et ça marche ! Je ne fréquente pas beaucoup de monde dans mon milieu, mais j’observe beaucoup, notamment VP parce que j’espère vous voler un maximum d’idées (rires).

JAG / En fait, les idées sont simples. D’abord il y a le terrain. Je vois les jeunes qui sortent d’HEC ou du 93, ils veulent tous faire du marketing ou de la stratégie…  mais pas vendre. Ils se trompent, le terrain est fondamental. Nous avons   400 concurrents dans le monde, les seuls qui s’en sortent sont ceux qui connaissent le métier…

Le plus important ensuite, c’est la mise en scène, il faut toucher les papilles du désir, susciter l’envie avec la mise en scène, à l’image de ce qu’on vient de faire avec les barbecues Weber photographiés et magnifiés par les studios Harcourt. En rachetant les imprimeries du Monde en 1996 pour construire des bureaux dignes de ce nom, avec des œuvres d’art, un vrai cadre de travail, nous avons doublé le chiffre d’affaires l’année suivante, car mes clients et les marques se sont dits que VP c’était du sérieux.

MEL / Je suis d’accord, la clé de nos succès, c’est le métier, pas le canal ou la techno. JAG c’est un super vendeur, comme le sont les patrons de centres E Leclerc. Internet c’est une opportunité, pas une finalité et on a su la saisir nous aussi puisqu’on a plus de 400 drive Leclerc en 2015.

JAG / Je reprends le mot que MEL a répété plusieurs fois, la mutation. Nous sommes en mutation permanente, on ne peut pas être figé dans des certitudes. Ma société faisait 40 millions d’euros dans le monde physique et elle a brusquement muté pour connaître l’essor que l’on connaît. Ça ne nous empêche pas aujourd’hui de repenser notre évolution. Le e-commerce a été inventé il y a 15 ans par un certain Jeff Bezos, mais pour moi aujourd’hui il est mort dans le sens où il va appartenir aux distributeurs physiques et ensuite aux marques, une fois qu’elles auront réglé leur problème de distribution. Je suis administrateur de Danone et c’est un sujet dont on discute régulièrement avec Franck Riboud. L’avenir c’est le cross selling qui permet au client de consommer beaucoup plus facilement, en mixant e-commerce, livraisons, retraits, réseau de magasins. L’enseigne de prêt à porter The Kopples le fait très bien. Les marques de luxe aussi. Si elles n’ont pas une référence en magasin, elles la dénichent dans une autre boutique à Londres ou à Milan et la font livrer le lendemain, ça leur coûte 50 euros, mais ça n’est rien car le client est conquis et la marge reste élevée…

Pour autant, ça n’est pas mon modèle, car je pense que demain, il ne restera qu’un seul pure player, vente-privée. Les autres vont se convertir au physique. Free qui est un pur internet ouvre des boutiques qui font un carton. Même Amazon va y passer avant, un jour, d’être racheté par Wal-Mart ou de le… racheter !

III / La promo dans vos entreprises ?

JAG /Je fais zéro pub, zéro Google. Tous les jours on envoie entre 16 et 32 millions de mails à des gens qui sont contents de les recevoir.

MEL /Nous non plus nous n’investissons pas prioritairement dans la promo. Notre métier, notre socle à nous, c’est de répondre à une économie de besoins, de raison, proposer les prix de fond de rayon les moins chers possibles qui nous assurent une fréquentation régulière… Sur cette base nous avons élargi progressivement notre offre. Aujourd’hui, ça continue à être notre ligne directrice même si on passe d’une économie de besoins à une économie d’offre. Cette priorité au fonds de rayon doit nous servir à aller plus loin, alors que l’offre physique est remise en cause. L’hypermarché et nos centres vont devoir monter en expertise, se départementaliser avec l’appui des drives, voire de points relais. Nos magasins vont devoir donner des raisons supplémentaires de les fréquenter une fois les coffres chargés dans les drives. Le cross canal va être la clé de notre plan stratégique Leclerc 2015, pour autant il n’y a pas de référent incontournable qui ait trouvé la martingale. On regarde tout ce qui se fait. La Fnac et Darty, mais ça n’a pas l’air facile. Amazon évidement et bien entendu VP qui a réussi à créer de l’addiction au tour de sa marque, de susciter du plaisir et qui est très qualitatif. C’est intéressant, ça montre que nos enseignes peuvent générer des relations affectives, de la curiosité, de l’addiction et se rendre incontournables.

On me répète fréquemment que Leclerc est en retard dans le e-commerce, c’est oublier le drive et- surtout c’est oublier qu’il n’y a pas d’urgence, sauf celle de ne pas planter notre capital confiance. L’enseigne n’a que 60 ans, elle accueille sa troisième génération d’adhérents et elle va bien, très bien même. Chaque mois nous gagnons entre 0,5 et 1 point de part de marché. Nos ventes ont progressé de 8 % sur les deux premiers mois de l’année, nous avons encore gagné 450000 nouveaux clients. L’urgence c’est de concevoir l’avenir, de regarder où on va sans surinvestissement. Ce qui compte c’est le bon format, l’emplacement, la bonne communication, le bon positionnement et surtout la promesse de la marque. La mutation c’est d’être en phase avec les évolutions de la consommation. J’ai la responsabilité de transformer la marque pour faire venir les gens dans nos magasins mais il ne faut pas être pionnier on ne va pas sacrifier ce capital et risquer de planter la marque.

Notre valeur ajoutée c’est l’accessibilité par le prix, je n’irai pas sur internet si je ne peux pas proposer les prix bas qui ont fait la réputation de Leclerc. Si on peut être moins chers en revanche, on ira ! En attendant, je ne vois pas la martingale gagnante. Les meilleurs sur le net comme la Fnac ou Darty sortent des petits paniers et n’ont pas de modèle économique rentable, la fréquentation de leurs magasins baisse et ils en sont à aller sur de nouveaux segments pour essayer de compenser. Ça fait dix ans qu’on dit que l’hyper est fini, mais il est encore là et en forme pour ce qui nous concerne. Le hard discount qui devait nous tailler des croupières est devenu obsolète avec les premiers prix et aujourd’hui les drives.

JAG / Le vrai défi de Leclerc va être de vendre à des jeunes ados greffés à leurs portables

IV / Doit-on considérer que les magasins deviennent ringards face au e-commerce moderne branché ?

JAG /On ne doit pas opposer les deux systèmes, ils vont se croiser. Free, Pixmania et d’autres ouvrent des boutiques. La question n’est pas d’opposer les deux canaux mais de savoir harmonieusement maîtriser le cross canal.

MEL/ Il ne faut pas se tromper, notre clientèle est encore à dominante provinciale et n’est pas obnubilée par internet, le drive est une bonne réponse et nous laisse le temps d’évoluer

JAG / C’est effectivement une solution fantastique et immédiate au problème. Je crois beaucoup à l’idée que l’hyper redeviendra un centre de village, avec des lieux de culture, de partage, de patrimoine.

MEL / D’ici à 2015, on va développer des offres et des applications pour aller sur de nouveaux vecteurs de consommation. Le non alimentaire tel qu’il se conçoit aujourd’hui n’existera plus. Une fois que 10 à 15 % de la consommation sera partie de l’hyper car précommandée (via le drive ou les sites), quelles raisons les consommateurs auront-ils de revenir chez Leclerc, ou encore H&M ou Zara ? Dans l’alimentaire cela suppose une orientation vers les produits frais traditionnels, les métiers de bouche et dans le non al si on veut fidéliser il y aura des choix à faire. Pour reprendre une parabole faite il y a quinze ans par un responsable du panel de gestion qu’on avait tous pris un peu de haut Au lieu d’aller chez Leclerc Planet, on proposera d’aller chez Leclerc Village. Certains choix seront évidemment globaux, mais d’autres locaux. Et la formule ne consistera plus à proposer tout sous le même toit, mais tout sous la même marque.

JAG / A la différence de Carrefour, chez Leclerc chacun est autonome et gère son magasin. Dans ces conditions le drive me semble une solution idéale, à la fois une entrée concrète dans le monde d’internet pour les magasins et une plateforme pour gérer la globalité des coûts du web sur les sites. Car internet ça coûte cher, il faut des compétences, des webmasters, des préparateurs. Il y a beaucoup de monde derrière les écrans, nous sommes 1600 personnes chez VP.

Il y a quatre piliers dans le métier du e-commerce. Le premier c’est la « high t », si tu n’es pas un « geek » tu ne peux pas suivre ! C’est une vraie culture et c’est notamment pour ça que les grands groupes ont du mal à se lancer dans internet car c’est une nébuleuse. Moi-même, je ne suis pas geek et je me suis pas mal planté. Trouver un bon développeur, c’est très compliqué.

MEL / Au moment de lancer le drive, nous avons eu peur d’être trop gros pour entrer sur la sphère internet, nous pensions que c’était soit pour les groupes intégrés, soit pour les challengers. Peur aussi que cela ne bouffe notre esprit entrepreneurial. Ce qui nous a fait roi, c’est que chacun, autour d’une même bannière, a travaillé pour soi, son magasin, son outil de travail. Un adhérent peut accepter d’être concurrencé par son propre drive, pas par un site national. On a découvert qu’internet bien maitrisé permet à l’esprit entrepreneurial de s’exprimer autour d’une vitrine d’offre globale que chacun peut se réapproprier localement.

JAG / Leclerc va plus vite que les autres car ce sont des entrepreneurs, ils n’aiment pas se faire piquer du business et ils ne sont pas obligés d’aller faire des entrepôts incroyables dans toute la France pour se faire livrer en 48 h, cela demande des millions d’investissements.

Le second piler du métier, c’est la production des ventes : faire des catalogues. Chez nous c’est une usine de 600 personnes qui fait 15 000 à 20 000 photos par jour dans 60 studios. Le troisième point important, c’est la logistique, on ne sait pas faire au début, il faut se réinventer.

MEL / C’est vrai, il faut des logistiques plus pointues, on l’intègre dans nos développements à venir.

JAG / Le quatrième et dernier pilier, c’est la relation clients, notre service relation membres. C’est le plus important sur lequel on rafle tous les prix depuis 3 ans. Il faut incarner la relation, aller parler au client et résoudre son problème.

MEL / Oui et c’est justement là que des personnes physiques, dans un même lieu, en l’occurrence nos centres, peuvent être une forte valeur ajoutée. Il s’agit de redonner des raisons aux gens de venir dans nos centres et avoir des espaces de vie sociale dans nos provinces. C’est très important alors que la nouvelle génération est prête à passer 6 heures devant un écran et développe une addiction à la nouveauté – dont Apple est le roi du genre – auquel notre business model répond mal.

C’est pour ça que nous sommes très intéressés par ton parcours JAG, car il nous donne des clés de lecture pour l’avenir, des pistes. Même si on préfère rester forts sur nos fondamentaux. Le modèle le moins cher, c’est l’hyper Leclerc. Même si des pure player font des coups ici et là, ils ne sont pas moins chers que nous.

V / Quid des alliances ? 80 % des e-commerçants interrogés par la Fevad pour LSA dans une enquête à paraître prochainement estiment qu’elles vont s’accélérer en 2012 ?

JAG / J’insiste mais il faut bien comprendre qu’internet coûte très cher. On est obligé d’avoir un service client 7/7. Qui plus est, il y a un acteur mondial Amazon qui arrive avec un appétit d’ogre, il est parti du livre et veut couvrir tous les produits, demain les vêtements, ensuite l’alimentaire, c’est son objectif même si c’est encore très compliqué. Son patron, Jeff Bezos, a des tonnes d’argent et n’est profitable que grâce à ses places de marché et à ses volumes. Quand il a un marché devant lui, il fonce et est capable d’y investir des milliards et d’asphyxier les concurrents.

Pour autant, je pense qu’il faut faire soi-même, c’est stratégique et c’est trop important. C’est très compliqué les alliances car on donne la moitié de son CA à un autre. Le e-commerce n’est pas un magasin de plus.

MEL / La question des partenariats ne se pose pas que dans le e-commerce, j’ai été très surpris quand Carrefour a proposé à Virgin de tester la location de ses espaces à Virgin, ou quand U a passé un accord avec la Fnac. Je ne souhaite pas ça pour Leclerc, il faut qu’on enrichisse sans cesse le contenu de la marque. Un partenariat de moyens, pour une technologie en revanche – comme j’imagine celui qu’a fait Serge Papin avec Telemarket - ça peut se discuter. Il ne faut pas refuser les opportunités, même si ça n’est pas notre priorité stratégique.

VI / Quelles sont les perspectives dans vos secteurs ? Est-ce que VP aura encore des stocks de marques demain ?

JAG / Chaque année nous nous reposons la question des stocks et chaque année il y en a plus de stocks de marques avec la mondialisation. On est dans un monde global avec de plus en plus d’offre et de services. Prenez la Chine, il y a 20 ans elle produisait pour l’extérieur aujourd’hui c’est de plus en plus pour elle et son marché intérieur. 40 à 50% des étudiants d’école de design à Londres et à New York sont des chinois. Il va y avoir profusion d’offre. Et il y aura toujours du stock.

En plus on se développe sur d’autres secteurs, nous sommes le plus gros vendeur de vins sur internet, le premier vendeur de sex toys de France aussi : une vente moyenne c’est 400 000 articles, avec une grande marque on peut approcher le million. Les sex-toys nous en vendons 1,2 million en deux nuits. On s’est aussi lançé dans le voyage aussi pour s’attaquer à Voyageprivée qui utilise une partie de notre nom

MEL / Et les coupons ? Quel est ton intérêt de vendre des bons Auchan et quel est leur intérêt ?

JAG/ C’est le modèle Groupon en plus qualitatif. Je propose une vaste campagne de pub pour la marque, qui bénéficie d’une communication qui touche 11 millions de clients potentiels. Ça leur amène des clients en magasins qui vont dépenser plus que leur seul coupon. De son côté, VP gagne une commission, de l’audience et de l’’image. Les coupons Auchan (30 euros d’achats payés 15) sont partis en 20 mn. Speedy de son côté a accueilli 85% de nouveaux clients.

VII / Quid des USA ? C’est un partenariat à 50/50, modèle auquel vous vous dites pourtant hostile ?

JAG / Notre objectif numéro un c’est l’Europe qui ne représente encore que 20 % de notre CA. L’internationalisation c’est très difficile avec beaucoup de particularismes. Les espagnols adorent recevoir des mails, les allemands détestent. On se concentre en priorité sur les 3 pays les plus adeptes des marques, France, Italie, Espagne. Nous sommes entrés aux USA car c’est le pays de l’internet et du discount et qu’Amex est venu nous chercher plutôt que l’acteur local, Guilt. On bénéficie de la force de frappe d’Amex avec ses 42 millions de membre. Mais c’est difficile, on va quand même réaliser quelques dizaines de millions de dollars cette année. Mais on travaille sur le long terme, on asphyxie.

MEL / Tu dis te placer sur le long terme mais tu as ouvert ton capital, la tentation d’être coté, de vendre ?

JAG / J’ai lâché 20 %, pour des raisons financières, mais j’ai tous les pouvoirs et un BFR (besoin un fonds de roulement) négatif. Je n’ai pas l’intention de vendre, ni d’aller en Suisse…

 

VIII/ Comment voyez-vous l’ évolution de la consommation ?

MEL / Nos deux entreprises se portent bien, on ne va donc pas avoir un discours alarmant. Mais une grosse partie de la consommation aujourd’hui est tenue par le dynamisme des distributeurs, même si les consommateurs sont touchés de plein fouet par la baisse de leur pouvoir d’achat effectif ; le dynamisme de nos forces commerciales supplée à l’atonie du pouvoir d’achat. Et la distribution doit affirmer haut et fort sa contribution au maintien de la consommation, dont profitent nos fournisseurs. Un message fort que ne feront pas passer l’Ania ou le Medef.

JAG / Notre  modèle défensif, on passe bien les crises, on a plus de stocks et on propose de bonnes affaires.

Mel : est-ce que tu fais des MDD ?

JAG / Je ne veux pas aller contre les marques, j’ai besoin d’elles et je ne veux pas les concurrencer, je le fais sur des produits particulier, une huile d’olive rose à nos couleurs, un concert d’Iggy Pop, c’est plus de co-branding pour faire connaître notre marque. Jamais je n’ai eu l’idée de pousser plus ma marque.

MEL / C’est la différence entre VP et nous, son avenir est lié au rapport qu’il entretient avec les marques, nous aussi nous voulons les marques et on peut les booster si elles nous laissent faire mais on veut l’autonomie complète de notre politique commerciale. Si elles ne nous laissent pas faire, nous ferons notre propre marque.

IX/ Vos rapports aux magasins ?

JAG / J’ai 50 ans, je vais beaucoup dans les magasins, j’adore ça, ma femme elle achète sur internet (Houra dans l’alimentaire). Le contact avec les produits reste fondamental et il faut que le consommateur se sente bien pour acheter.

MEL / Moi je visite tous les sites, je vais et veux voir les concurrents, les nouveaux concepts, mais j’achète en magasins. Je suis d’une génération où internet est assimilé au travail, ce qui limite l’envie d’y aller pour le plaisir.

JAG / C’est pour ça que sur VP on évite de mettre sur le site des images qui bougent ou fatiguent. L’avenir du commerce passera par des expériences émotionnelles et sensorielles, c’est pour ça qu’il est intéressant d’aller voir des flagships.

MEL / je crois beaucoup au click & mortar, pas forcément au commerce connecté, il ne faut pas que la techno devienne envahissante ; d’ailleurs, on insiste beaucoup sur nos drives, mais la moitié de notre croissance provient toujours des magasins qui investissent toujours plus en accueil, confort d’achat, nouveaux rayons et c’est fondamental, il faut donner plus que jamais des raisons de revenir dans l’hyper. Quelque soient les technos, il faut investir dans les services.

JAG /  Je suis en totale convergence là-dessus. J’insiste beaucoup sur cette dimension de service, d’incarnation. Chez VP, on proscrit les mails automatiques, sauf pour les livraisons. J’ai toujours défendu le principe que derrière les écrans, il y a des hommes, du monde. Je veux qu’il y ait du sourire dans le personnel que ça se sente dans les échanges avec les clients. Nous sommes un des seuls sites au monde avec un service clients intégrés à notre siège, plus de 100 personnes qui ont un cadre de travail sympa, qu’on forme très régulièrement, qu’on paye mieux que la concurrence… L’idée c’est de transformer un membre (nous avons 17 millions de clients, nous livrons plus de 50 millions de produits/an) qui peut avoir un problème en fan de la marque, en ambassadeur, et ça se fait par la voix, ou des mails personnalisés, pas par un message automatique.

X / Que pensez-vous du nouveau gouvernement ?

JAG / J’ai eu un peu peur en voyant Arnaud Montebourg en charge du commerce arriver avec le titre de ministre du redressement productif.

MEL / Moi aussi en constatant que le monde du commerce est désormais sous l’autorité du ministre de l’industrie, alors que c’est la fonction commerciale qui va être la plus mobilisée pour maintenir la consommation, garder les flux, et permettre la perception de l’impôt notamment.

JAG / Mais j’ai été un peu rassuré par la première interview du ministre dans le journal du dimanche. Je pensais qu’on allait assister au retour de Robespierre et des Jacobins et j’ai lu un plaidoyer pour la libre entreprise. Ce qui est important, c’est qu’il pense que la solution va passer par les entrepreneurs, qu’il faut que l’argent circule. Le vrai problème en France, ca ne sont pas les riches, mais les 10 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté.

MEL / Le vrai problème c’est la pauvreté pas la richesse. Il faut faire de la lutte contre la pauvreté une règle, pourquoi pas en l’inscrivant dans la loi, mais pas diaboliser la richesse. Ce qui est compliqué à savoir, c’est qu’elle va être le statut de l’entreprise dans ce gouvernement, si on n’a pas d’idée précise, de plan de travail, on ne peut pas reprocher aux entreprises d’y aller à tâtons.

Propos recueillis par Jérôme Parigi, Yves Puget et Sylvie Lavabre

Carnet des décideurs

Jean Philippe

Jean Philippe

Directeur innovation Lab 42 de Vente Privée

Martial Ferrandis

Martial Ferrandis

Directeur des achats DPH et non alimentaires de la Centrale Envergure

Davy Saint Laurent

Davy Saint Laurent

Adhérant E.Leclerc à Ibos (Tarbes) et directeur marketing enseigne du Galec.

Franck Marinho

Directeur enseignes Système U

Camenen Frédérique

Camenen Frédérique

Directrice de clientèle de Galec

Didier Deverchere

Didier Deverchere

Directeur des achats liquides de la centrale d'achats Envergure

Thierry Besnier

Directeur des achats Supply Chain du Galec

Patrice Buchard

Patrice Buchard

Directeur de la filière BVP chez Système U

David Vidal

David Vidal

Directeur du marché textile mode et sport de Galec

Jérôme Coulombel

Directeur juridique du département contentieux de Carrefour

Paul  Potiron

Paul Potiron

Directeur du pôle liquide du groupement Leclerc

Sébastien Dierick

Président Système U Nord-Ouest

Thierry Boltz

Président de Système U Est

Frederic  Lecoq

Frederic Lecoq

Directeur de la filière PGC chez Systeme U

Elisa  Blanchard

Elisa Blanchard

Directrice des ressources humaines adjointe de la coopérative U.

Xavier Niel

Xavier Niel

Président-directeur général de Free

Patricia Ligonie

Patricia Ligonie

Directrice marketing et de l'expérience Client de Système U

Christine Auberger

Christine Auberger

Directrice marketing et expérience client de Système U

Sandra Lossy

Sandra Lossy

Directrice numérique de Système U

Nicolas Bringer

Nicolas Bringer

Président-directeur général de Système U Sud

Sandrine Burgat

Sandrine Burgat

Directrice de la communication de Système U

Benoît Bourassin

Benoît Bourassin

Président du comité stratégique Proximité de Système U

Jérôme Demoisy

Jérôme Demoisy

Acheteur vins chez Système U

Valerie Kaykac

Valerie Kaykac

Directrice de projets e-commerce de vente-privee.com

Charles-Hubert de Chaudenay

Charles-Hubert de Chaudenay

Directeur général de Vente-privée

Nicolas Renouard

Nicolas Renouard

Responsable offres médias de Vente-privee.com

Frédéric Beltoise

Frédéric Beltoise

Directeur supply chain de Vente-privée.com

Stéphan Arino

Stéphan Arino

Directeur qualité globale & développement durable d'E.Leclerc

Catherine Spindler

Catherine Spindler

Directrice marketing de Vente-privée.com

Jean-Baptiste Hespel

Jean-Baptiste Hespel

Directeur de la communication, de la stratégie et du repositionnement de marque de Système U

François Mbody

Secrétaire général de Système U

Byzery Anne

Directrice juridique de Système U

Ronan Le Corre

Ronan Le Corre

Directeur général délégué de Système U Ouest

Pascal Millory

Directeur commercial de Système U

Yves Petitpas

Yves Petitpas

Médiateur interne du groupement

Florence-Anne Coumel

Directrice des ressources humaines de Système U

Daniel Maruzzo

Directeur général délégué de Système U Est

Guillaume Darrasse

Directeur général délégué de Système U

Eric Lanciaux

Eric Lanciaux

Directeur général adjoint en charge des ressources humaines de vente-privee.com.

Michel-Edouard Leclerc

Michel-Edouard Leclerc

Président-directeur général de E. Leclerc

Serge Papin

Serge Papin

Ancien patron de Système U

Anny Courtade

Anny Courtade

Présidente de Lecasud (groupement E.Leclerc)

Xavier Court

Xavier Court

Cofondateur et associé de vente-privée.com

Thomas Kouck

Thomas Kouck

Directeur entertainement de Vente-privée

Jean-Michel Guarneri

Jean-Michel Guarneri

Directeur supply chain Europe de Vente-Privée.com

Julien Sorbac

Cofondateur et directeur général de Vente-Privée.com

Rémy Nauleau

Président-directeur général de E. Leclerc Mobile

Marc Prou

Marc Prou

Président de Système U Sud

Jacques-Antoine Granjon

Jacques-Antoine Granjon

Fondateur et président-directeur général de Vente-Privée.Com

Daniel Gournay

Président de Système U Nord-Ouest

Jean- Paul Oger

Président-directeur général de la Scacentre

Didier Gravaud

Président-directeur général de la Scalandes

Pascal Raymond Josep Beaudoin

Président du conseil d'administration de la Scapnor

Bertrand Gardès

Directeur général de Système U Sud entre 2005 et 2015

Bruno Valladon

Directeur-général de la Scachap

Pascal Payraudeau

Pascal Payraudeau

Président-directeur général de la centrale Socamil de Roques-sur-Garonne

Denis Badier

Directeur Supply Chain de la Société Centrale d'Approvisionnement du Sud-Ouest (SCASO)

Daniel Bossus

Président- directeur général de Socara

Miguel Jonchère

Président-directeur général de Scaouest
Administrateur au conseil d'administration […]

Jean- François Huet

Jean- François Huet

Président-directeur général de Socamaine

Bertrand Le Côme

Président de la Scapartois et directeur du magasin E. Leclerc de Saint-Amand-les-Eaux

Marc Debert

Directeur de la Scapartois

Fabrice Faure

Président de la Société Centrale d'Approvisionnement du Sud-Ouest (SCASO)

Bernard Ragot

Directeur Supply Chain de Socamil

Gérard Monzon

Gérard Monzon

Directeur général d’U Proximité Sud Ouest

Laurent Francony

Directeur qualité sécurité sociétal environnement au sein de Système U et président d'Ecofolio

Ilan Benhaim

Ilan Benhaim

Cofondateur et directeur général de Vente-Privee Consulting

Bruno Cazorla

Bruno Cazorla

Directeur des achats PGC de la centrale nationale de Système U

Jean-Claude Pénicaud

Membre du directoire du Galec, en charge de l’alimentaire et responsable de la […]

Hervé Jaud

Directeur des centres Leclerc de La Roche-sur-Yon

Daniel Prunier

Président du directoire du Galec

Jean-Paul Pageau

Président et fondateur de la Scapest, Leclerc

Michaël Benabou

Michaël Benabou

Co-fondateur et associé de Vente-privee.com

Denis Aubé

Denis Aubé

Président de Système U Ouest

Stanislas De Parcevaux

Stanislas De Parcevaux

Directeur marketing enseigne chez E.Leclerc

Bruno Santiano

Bruno Santiano

Directeur du développement optique d'E.Leclerc

Jean-Pascal Vue

Directeur général de la SCA Normande, groupement E.Leclerc

Édouard Leclerc

Édouard Leclerc

Fondateur de l'enseigne E-Leclerc

Benjamin Voisin

Président de la SCAPNOR (groupement E.Leclerc)

Bernard Boisson

Bernard Boisson

Directeur général d’E. Leclerc Voyages

Christophe Bacot

Christophe Bacot

Président du Centre Leclerc Verdun President Bt Lec Est.

Jean-Jacques Exmelin

Responsable national des rayons textile-chaussures de l'enseigne E.Leclerc

Jean-Pierre Gontier

Président de la Scamark ( MDD Leclerc)

André Jaud

Ancien co-président du Galec (Groupement E.Leclerc)

Christine Lorimy

Christine Lorimy

Ancienne directrice du développement de Vente-privée.com

Antoine Brieu

Antoine Brieu

Directeur général de Conforama France

Dominique Schelcher

Dominique Schelcher

Président-directeur général de Système U

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