La restructuration des jardineries s’accélère

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Changements d’actionnaires, regroupements d’enseignes… Le secteur cherche une parade à deux années de météo morose et voit s’accélérer les mouvements de capitaux autour de jardineries fragilisées.

La phase de concentration des jardineries n’est plus du domaine du virtuel. Annoncée comme inéluctable, elle est entrée dans une phase active. Avec en point d’orgue le rapprochement entre Gamm vert et son concurrent, Nalod’s, dévoilé le 16 avril. Après le changement d’actionnaire de Jardiland fin janvier, c’est une nouvelle étape qui se déroule dans un paysage plutôt sinistré. Par nature très dépendantes des ventes de végétaux, les jardineries ont été fragilisées en 2012 et 2013 par une météo catastrophique qui a éloigné les clients des magasins. Selon l’association Promojardin, les jardineries sont d’ailleurs le circuit qui a le plus souffert l’an dernier, avec une chute des ventes de 11%, loin derrière les grandes surfaces alimentaires (- 6%) et de bricolage (- 2%).

Avec des indicateurs aussi bas, il y a forcément de la casse, surtout dans un marché très atomisé où nombre d’entreprises n’ont pas les reins suffisamment solides d’un point de vue financier. Gamm vert, qui se revendique leader du secteur, avec 1,16 milliard d’euros de chiffre d’affaires, n’a ainsi qu’une part de marché de 8%. D’où l’envie – ou la nécessité – de grandir qui a motivé la décision d’acquérir Nalod’s (250 millions d’euros de CA, avec ses enseignes Delbard et Jardineries du Terroir). Comme l’indique un dirigeant à LSA, « devant un marché mature depuis des années, le seul moyen de progresser est de gagner de la part de marché en reprenant des réseaux existants ».

Thierry Blandinières, directeur général du groupe coopératif InVivo (maison mère de Gamm vert) ne dit pas autre chose quand il commente le rapprochement avec Nalod’s. « Nous affichons notre volonté de participer à la restructuration du secteur […]. La jardinerie, et plus globalement la distribution grand public, est un domaine d’activité stratégique pour InVivo », indique le patron, qui a l’ambition de faire doubler de taille le groupe coopératif. L’union (commerciale) fait la force, mais, pour le moment, Gamm vert, Delbard et les Jardineries du Terroir continueront leur évolution sous leurs enseignes respectives.

Viser les économies d’échelle

L’intérêt réside dans les possibles économies d’échelle, toujours appréciables quand on connaît le faible chiffre d’affaires dégagé au mètre carré par les jardineries, de l’ordre de 800 à 900 €/m2 et par an. L’agrandissement du réseau n’est pas un privilège accordé au seul leader. « Notre volonté, c’est de croître en interne, mais aussi via des ouvertures et le rachat de jardineries. Nous sommes prêts à racheter, mais nous le ferons à notre rythme », prévient Marc Rossat-Mignod, directeur des opérations de Botanic (65 magasins).

La consolidation du secteur passe par les regroupements, mais aussi par une redéfinition du périmètre d’activité avec l’introduction accrue de produits contre cycliques, pour ne pas être pieds et poings liés au rythme des saisons (les mois de mars, avril et mai peuvent représenter jusqu’à 40% des ventes).

L’impératif de la diversification

Voilà pourquoi les jardineries sont aussi des animaleries et intègrent des rayons alimentaires et de textile. Botanic développe ainsi des espaces « marché bio », qui représentent moins de 10% de l’activité. Jardiland, qui, outre la mauvaise conjoncture, a souffert de problèmes opérationnels lors des derniers exercices, a changé d’actionnaire fin janvier, avec l’arrivée du fonds d’investissements L-Gam aux commandes. Ce dernier a affiché la couleur et veut redéployer l’enseigne pour « la rendre plus résistante aux cycles des saisons, et la doter d’une politique d’offre clarifiée et plus adaptée aux désirs et besoins de la clientèle ». Un chantier au long cours, auquel n’échapperont pas beaucoup de réseaux. Mais un petit rayon de soleil est apparu. La météo, beaucoup plus clémente depuis quelques mois, redynamise les ventes et offre un peu de répit à des entreprises à bout de souffle. 

Un marché encore très atomisé

Gamm vert

  • le leader des jardineries ne possède que 8% de part de marché
  • 1 020 magasins (351 jardineries rurales Gamm vert village, 604 Gamm vert et 65 Gamm vert nature)
  • 1,16 Mrds € de CA en 2013

Jardiland

  • 204 magasins, dont 84 succursales et une présence en Espagne, avec 10 points de vente dont 5 succursales
  • 720 M € de CA en 2013

Nalod’s

  • 161 jardineries, dont 55 magasins Delbard et 106 Jardineries du Terroir
  • 250 M € de CA en 2013

Botanic

  • 65 jardineries en France
  • plus de 300 M € de CA en 2013

Truffaut

  • 57 points de vente
  • 400 M € de CA en 2012)

Une conjoncture très négative qui fragilise les enseignes

Marché total jardin

  • - 4,2% L’évolution des ventes du marché total jardin en 2013, à 7,16 Mrds €

Jardineries

  • - 11% L’évolution des ventes sur le circuit des jardineries en 2013

Des acteurs qui changent de main coup sur coup

  • Fin janvier, Michel Conte, principal actionnaire de Jardiland, cède l’entreprise au fonds luxembourgeois L-Gam pour une valeur de 35 M € seulement.
  • Début avril, Botanic rachète la participation de Siparex (7,5%) dans son capital pour renforcer son indépendance.
  • Le 16 avril, InVivo (Gamm vert) annonce des négociations exclusives pour se rapprocher avec Nalod’s Delbard et consolider sa position de leader.

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Article extrait
du magazine N° 2316

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