La RFID révolutionne les magasins Decathlon

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Decathlon a généralisé l’usage de la RFID depuis l’été 2014. Une étape qui a généré des gains sur la logistique et en magasin. Cas pratique dans celui de La Madeleine, à Paris.

RFID
RFID© Decathlon

Decathlon, champion français de la RFID ! Pour décrocher ce titre, le spécialiste de l’équipement sportif s’est engagé dans un marathon qui, selon Jean-Marc Lieby, coordinateur du projet RFID pour le groupe, n’est pas encore fini. Decathlon n’a pas le monopole de l’étiquette radiofréquence d’autres entreprises ont également sauté le pas, tels Marks & Spencer, Inditex, Beaumanoir, ou encore Wal-Mart pour le textile uniquement, tandis que Tesco regarde les applications pour l’alimentaire.

En revanche, l’enseigne lilloise a le grand avantage de vendre majoritairement ses marques propres et de pouvoir ainsi généraliser le marquage à la source, ainsi que de disposer d’une logistique intégrée. Aujourd’hui, 82% des gammes vendues sont celles du groupe, et le taux monte même à 100% dans les pays de conquête comme l’Asie. Pour les produits sur lesquels le distributeur n’a pas la main, des négociations sont engagées avec les fournisseurs pour les sensibiliser au marquage RFID.

Premier pilote en 2010

Les prémices du projet commencent en 2008-2009, mais il faudra attendre 2010 et l’impulsion de Patrice Ribaud, alors directeur des programmes RFID pour Decathlon, pour la mise en place d’un premier pilote de proximité dans la région lilloise. « Dès le départ, précise Jean-Marc Lieby, qui a pris la suite de Patrice Ribout sur la direction du projet en 2011, nous avons réfléchi au coût général en tablant sur la généralisation de la RFID dans tous nos magasins, et en travaillant sur une création de valeur à dix ans avec des indicateurs économiques prudents. Et les points de vente ont financièrement participé au projet. » Après les premiers essais à Lille, Decathlon a élargi ses tests avec le déploiement de l’étiquette radiofréquence dans des pays limitrophes, comme l’Espagne, la Belgique ou l’Italie, avant de l’étendre à l’Europe de l’Est, la Chine ou la Russie. Au total, 12 pays sur les 22 dans lesquels Decathlon est présent ont donc servi de pilotes. « Nous avons procédé à des mesures pour voir si les gains convergeaient, précise le responsable du projet. Et, en 2013, nous avons demandé le financement pour généraliser la RFID en magasins au printemps-été 2014, afin de coïncider avec l’arrivée des nouvelles collections. Ainsi, la production a commencé à poser les tags RFID en juillet 2013, et la logistique dès février 2014. Puis, nous avons équipé 700 magasins de 17 pays de mai à juillet 2014. »

Des gains à tous les niveaux

Les gains obtenus portent aussi bien sur la logistique que sur les magasins. Ils commencent au niveau des usines pour l’expédition, puis se prolongent en entrepôts pour la réception et l’expédition des marchandises, avec l’usage de convoyeurs et de tunnels pour lire les étiquettes sans ouvrir les cartons. En points de vente aussi les gains sont spectaculaires. Dans le magasin de la Madeleine, à Paris (où nous sommes allés réaliser le reportage illustrant cet article), les employés gagnent un temps considérable pour les inventaires ou l’encaissement. La RFID sert également d’antivol et a permis de faire baisser sensiblement la démarque inconnue. Au total, quatre années se seront écoulées entre le premier pilote et la généralisation de la RFID. Ce projet a touché l’entreprise de façon transversale et a nécessité un fort travail d’évangélisation du réseau, du directeur de magasin aux employés. D’ailleurs l’enseigne a créé des modules e-learning pour former le personnel, auxquels s’ajoutaient des ateliers pour une prise en main des outils.

Pour concevoir ces derniers, Decathlon s’appuie sur le savoir-faire d’Embisphère, une filiale du groupe. Cette structure a mis au point les tunnels qui permettent au service logistique de détecter tous les produits présents dans les cartons en captant la fréquence des étiquettes. La société a également travaillé sur les solutions en points de vente, qui ont nécessité un travail de codéveloppement entre les équipes d’ingénieurs et celles du terrain.

Les enseignes qui lorgnent aujourd’hui la RFID et prennent Decathlon en référent soulignent toutes un ticket d’entrée très élevé… Pour Jean-Marc Lieby, « le projet a été lourd en investissement et cela impliquait une volonté de la direction d’aller dans ce sens. La complexité réside également dans le fait de penser sur le long terme tout en cherchant un retour sur investissement à court terme. Il est crucial de prendre le temps de comparer les bons indicateurs de performance et d’avoir un bon contrôleur de gestion ! » Et le responsable de préciser : « Il ne faut pas non plus sous-estimer les répercussions sur l’informatique, avec un support qui doit être à l’écoute et réactif. » Reste que le financement repose en grande partie sur l’amélioration de la disponibilité des produits. « Au moins 5% de disponibilité supplémentaire permet de financer le projet, assure le responsable. Il ne s’agit pas de gagner en productivité ou de baisser les heures, mais de faire plus de chiffres d’affaires grâce à une meilleure disponibilité des articles due à des inventaires plus fréquents. »

« La RFID a toute sa place dans l’alimentaire »

Une transparence sur les chiffres et les process inhabituelle pour Decathlon, mais l’enseigne souhaite qu’un maximum de distributeurs s’emparent de la technologie RFID, car plus son usage sera répandu, plus les coûts baisseront. Le tarif unitaire des étiquettes a déjà bien diminué, Jean-Marc Lieby annonçant un prix de 0,05 à 0,10 € hors pose pour des tags RFID encodés et prêt à être posé sur un produit. À titre de comparaison, une étiquette EAS coûte 0,02 € à 0,03 € hors pose. « Les puces RFID étaient extrêmement coûteuses au départ et leur généralisation a entraîné une baisse des tarifs, précise le coordinateur. La RFID a toute sa place dans l’alimentaire par exemple, car elle permet de transmettre plus d’informations qu’un code-barres, et pourrait notamment inclure la date limite de consommation. » Cette vision est partagée par d’autres experts. Ainsi, le nombre d’articles tagués vendus dans le monde a atteint 4 milliards en 2014, un doublement est attendu pour 2016, tandis que d’ici à 2024, on table sur quelque 62 milliards. 

Les avantages

  • Disposer d’une visibilité sur la logistique étendue, du fournisseur au magasin.
  • Gagner du temps lors des inventaires quotidiens en magasins.
  • Limiter la démarque inconnue.
  • Améliorer la disponibilité des produits.

Les chiffres

  • 889 magasins dans le monde (fin 2014)
  • 8,2 M€ de CA HT
  • 35 000 références en moyenne par magasin
  • 4 ans entre le premier test RFID et son déploiement

Source : Decathlon

C’est quoiune étiquette RFID ?

La RFID, pour Radio Frequency Identification, est une technologie d’identification qui s’appuie sur le rayonnement radiofréquence et l’usage d’un lecteur qui capte cette même fréquence.

Un inventaire plus précis

  • Le principe

Le vendeur utilise un lecteur RFID, relié à une application smartphone, qu’il suffit de passer devant les rayons pour réaliserun comptage automatique.

  • Les gains

De deux inventaires annuels, les magasins en font de 12 à 52. La vitesse de comptage est de 10 000 articles/heure contre 500 pour un comptage manuel.

Un encaissementplus rapide

  • Le principe

Selon la taille du produit, le caissier passe le produit à proximité du tapis ou sur le bac RFID. L’étiquette sera détectée par le système qui l’ajoutera sur le ticket de caisse.

  • Les gains

L’encaissement se fait plus rapidement, puisque le caissier n’a plus à chercher une étiquette à scanner manuellement.

Une démarque inconnue en chute

  • Le principe

La fréquence RFID est détectée par les antennes antivol. Si le produit n’a pas été scanné en caisse, celles-ci sonneront. Les agents de sécurité recevront une alertesur un smartphone précisant le produità chercher.

  • Les gains

Le taux de démarque inconnue a beaucoup baissé avec l’ajout de la RFID, mais Decathlon reste discret sur ses chiffres.

Une fluidification de la supply chain

  • Le principe

Dans les entrepôts, convoyeurs et tunnels lecteur RFID sont utilisés pour contrôler le contenu des colis à la réception et l’expédition. En magasins, le contrôle se fera à l’aide des lecteurs.

  • Les gains

Decathlon dispose d’une vue complète sur sa production et surtout sur la localisation de sa marchandise, avec des contrôles de colis plus rapides.

« Les étiquettes RFID ont la potentialité de remplacer à terme les codes-barres. Elles rendent chaque produit unique et peuvent fournir plus d’informations sur chacun d’eux.»

Jean-Marc Lieby, coordinateur projet RFID, Decathlon International

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Article extrait
du magazine N° 2395

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