La richesse et la solidité d'un patchwork

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Tout à la fois épicier, couturier et chausseur de l'Hexagone, la région a su profiter de ces savoir-faire pour ériger ses entreprises férues d'indépendance en « incontournables » des grandes surfaces.

La foire de Béré, à Châteaubriant (Loire-Atlantique), a affiché complet encore une fois. Presque millénaire, la vieille dame attire, chaque deuxième week-end de septembre, quelque 45 000 visiteurs payants. Unique en son genre, la manifestation sert de vitrine commerciale à un territoire rural à cheval sur plusieurs départements. Un mélange de tradition et de modernité, à l'image de cette « région patchwork » que sont les Pays de la Loire, selon l'expression du géographe Jean Renard.

Berceau d'enseignes nationales, la région entretient des liens privilégiés avec la grande distribution. En témoigne la présence de plusieurs des « barons » du groupement Leclerc : Joseph Fourage, Joseph Laury et Michel Payraudeau à Nantes, ou André Jaud à Laval. Et l'essor de Système U au cours des quinze dernières années doit beaucoup à son ancien et emblématique président, le Vendéen Jean-Claude Jaunait.

à l'opposé, Maisons du Monde ne peut pas arguer d'un tel enracinement local. L'installation récente au sud de Nantes de la chaîne d'origine bretonne (102 magasins de décoration, dont un à Madrid, pour un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros) procède d'un raisonnement stratégique. « Nous déménageons, parce que no-tre entreprise, en plein développement, avait du mal à faire venir des cadres compétents à Brest. Nantes apparaît plus attractive », explique une responsable de l'enseigne.

Si l'indépendance des groupes sarthois Comptoirs modernes et Tabur a pris fin après leur rachat respectif par Carrefour (1998) et Mr. Bricolage (2002), le discounter de textile Vêt'Affaires et VM Matériaux ont préféré chercher des capitaux en Bourse pour leur développement. De son côté, Beillevaire s'appuie sur un holding financier, l'Institut de Participations de l'Ouest. Positionné sur le haut de gamme, le fromager assure ses ventes (11 millions d'euros) par le biais de sept succursales (dont trois à Paris), de quatre magasins en franchise et par une présence sur les marchés.

L'agroalimentaire comme point fort

 

Quelle que soit sa dimension, chaque acteur tente de jouer sur l'effet de masse. Quand Ma Campagne (jardinerie) poursuit la densification de son maillage régional en profitant du courant loisirs-cocooning, Noz, spécialiste des déstockages, affiche déjà une centaine de points de vente. Un créneau découvert par le mayennais il y a vingt-cinq ans, bien avant la mode des petits prix.

Comme son armature urbaine, relativement équilibrée, la région Pays de la Loire dispose d'une économie diversifiée : moins du quart des établissements industriels comptent plus de dix sa- lariés. Il faut sans doute y voir là l'une des explications de la croissance de son produit intérieur brut (PIB), parmi les plus fortes du pays entre 1992 et 2002 : estimé à 74 milliards d'euros, il représente 4,8 % du PIB français. Pas étonnant, donc, de trouver un taux de chômage en dessous de la moyenne nationale (7,9 %, contre 9,5 %).

L'agroalimentaire est le point fort de l'industrie régionale. Fleury Michon, Sodebo, Brioche Pasquier, Lactalis, Terrena (Paysan breton, Gastronome...), la Boulangère, et encore LDC, Tipiak, Arrivé (Maître Coq), Biscuiterie nantaise, Saupiquet, LU, Socopa (Valtero), Charal : tous ces noms figurent en bonne place dans les réfrigérateurs et garde-manger. Et ne sont aucunement en reste en termes d'innovation, d'anticipation, d'investissement ou de marketing ! Peut-être parce que la plupart de ces acteurs demeurent des groupes familiaux, avec des centres de décision locaux.

Ainsi, la Sodebo a fait de sa petite affaire de charcuterie artisanale le numéro un de la pizza en GMS et, bientôt, du sandwich. Moins de trois ans après avoir attaqué ce créneau, le groupe en fabrique près de 700 000 par semaine et revendique une part de marché de 33,9 %, juste derrière le numéro un Daunat (Norac). « Le pouvoir est dans les mains du consommateur, analyse Yves Gonnord, patron de Fleury Michon. Sa fidélisation devient l'objectif prioritaire du distributeur et de l'industriel : le premier veut une bonne rotation des produits, ce qui implique, pour le second, de faire des efforts permanents sur la marque, la recherche et développement... »

Dans ce sillage, une kyrielle de PME occupent avec succès des niches. Depuis les rillettes, tripes et boudins des charcutiers sarthois Luissier Bordeau Chesnel et Bahier au pain biologique de Biofournil, présent outre-Atlantique. En passant par les rosaces de saumon du Marin vendéen et de son voisin Rolmer, ou les sardines label Rouge et primeur de la conserverie Gendreau. Pour sa part, le fabricant de salades appertisées Vif Argent (qui réalise 90 % de son chiffre d'affaires de 28 millions d'euros sous MDD) a signé un contrat d'exportation vers les états-Unis avec Van Rex. Ce distributeur a été séduit par la barquette thermoformée remplaçant la traditionnelle boîte métallique : dotée d'une fourchette, elle colle parfaitement à la tendance snacking.

La mode demeure un pôle économique majeur, malgré les coups de boutoir qu'ellle continue de subir, notamment dans son fief des Mauges (Vendée - Maine-et-Loire). Depuis 1997, dans le Choletais, la chaussure a perdu plus de 30 % de ses 10 000 emplois, dont ceux de Fourmi SA et Polygone (1 100 salariés à eux deux). Certains tirent pourtant leur épingle du jeu. En prenant la moitié du capital de Fabio Lucci, au printemps dernier, le groupe Eram a fait un pas de plus vers la grande distribution en périphérie des villes, un marché qui représente maintenant environ 40 % de ses ventes (207,3 millions d'euros).

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Article extrait
du magazine N° 1832

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