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La Saga : Gore-Tex, la membrane magique

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Issu d’un isolant pour câble, le Gore-Tex est un peu le Téflon du textile. Une matière inédite qui a conquis pompiers, militaires et sportifs de tous niveaux.

L’histoire démarre dans un garage, à la fin des années 50. Ingénieur chimiste chez DuPont de Nemours, Bill Gore découvre les vertus isolantes d’un produit synthétique, le PTFE (pour polytétrafluoroéthylène), qu’il utilise pour isoler des câbles. Un procédé nouveau à destination des principaux fabricants de l’industrie, alors florissante, de l’informatique. Bill en parle à son patron, qui ne croit pas à l’idée… Il quitte alors DuPont et fonde sa société, WL Gore, avec sa femme, Geneviève (photo).

Dix ans plus tard, c’est au tour de Bob, son fils, de trouver le moyen d’étendre cette membrane. Au lieu de se casser comme d’autres matériaux, le PTFE étiré s’avère solide, hautement poreux et extrêmement polyvalent. La technologie Gore-Tex, qui laisse s’échapper la transpiration, mais empêche le passage des gouttes d’eau, est née. Devenu célèbre dans le secteur des textiles fonctionnels, le tissu Gore-Tex se décline sur les vêtements dès 1975 aux États-Unis, puis en Europe, autour des années 80, avec Eider et Millet. En quarante ans d’existence, on retrouve cette « marque ingrédient » partout, dans les vestes, les chaussures, les gants… Le PTFE séduit les grandes griffes (Adidas, Nike, Puma…) aussi bien que celles destinées aux sportifs aguerris (Millet, Eider, The North Face…). Imperméable et respirant, le tissu Gore-Tex devient une marque générique. Pour se protéger, sapeurs-pompiers ou militaires utilisent aussi cette technologie.

Tests intensifs

En 1979 apparaît la première chaussure dotée de textile Gore-Tex. Aux États-Unis, en Écosse et en Allemagne, des centres de tests soumettent les produits estampillés Gore-Tex à une série d’épreuves uniques. Les chaussures doivent pouvoir rester quarante-cinq heures dans l’eau, subir 300 000 frictions et parcourir 350 kilomètres, le tout sans que le moindre bout d’orteil ne soit mouillé ! Les vestes, elles, passent sous la « Rain Tower », qui simule des pluies tropicales pendant une heure, une nuit… Le laboratoire installé à Feldkirchen, à une cinquantaine de kilomètres de Munich, teste ainsi 4 000 paires de chaussures par an dans ses chambres climatiques. La marque consacre 8 % de son chiffre d’affaires à la R & D.

Sans oublier pour autant ses salariés, pardon : « associés ». Ils sont 10 000 dans le monde, et pourtant, l’esprit start-up perdure. Pas de hiérarchie, très peu de bureaux. Partout où ils sont, les employés travaillent en réseau, plutôt qu’en pyramide. Ce sont les « leaders » qui dirigent, après s’être imposés non par leur fonction, mais par leurs compétences et leurs qualités personnelles. Chacun peut soumettre des idées d’innovation au groupe. Pour garder le maximum de souplesse, aucune entité ne dépasse 200 personnes. Une manière de conserver cet esprit d’innovation qui animait Bill Gore dans son garage. ???

En dates

  • 1958 : Bill Gore découvre de nouvelles utilisations pour le polytétrafluo-roéthylène (PTFE).
  • 1969 : Invention du Gore-Tex.
  • 1975 : Premiers vêtements aux États-Unis.
  • 1979 : Premières chaussures.
  • 1980 : Premiers vêtements en Europe.

En chiffres 

  • 3 Mrds $ de chiffre d’affaires dans le monde
  • 30 pays
  • 10 000 salariés

Source : Gore-Tex 

 

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