Marchés

La salle de bains sort du placard

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Changement de ton dans la salle de bains. Longtemps délaissée, cette pièce consacrée à l'hygiène devient un véritable espace de bien-être qu'on aime à montrer... tout en intégrant des aspects moins glamour et fonctionnels.

«Avec l'allongement de l'espérance de vie s'affirme la volonté de rester jeune le plus longtemps possible, via une hygiène alimentaire et une attention au corps. Cela conduit à envisager la salle de bains comme un espace de soin. On redouble d'attention pour cette pièce qui n'offre généralement pas une surface importante. C'est pourquoi il faut travailler à une nouvelle offre basée sur deux axes. D'un côté, une recherche fonctionnelle : améliorer le contenant en partant du contenu, en proposant des meubles adaptés aux véritables besoins. De l'autre, une quête esthétique : un parti pris décoratif qui répond à la personnalité de chacun. Enfin, la salle de bains se décloisonne, et s'ouvre sur la chambre par exemple. Cela engendre de nouveaux champs de compétences pour les industriels. C'est ce travail que certains ont choisi de mener avec le VIA, et dont le résultat sera communiqué en 2011. »
Le budget moyen des travaux de rénovation d'une salle de bains (tout compris). Source : LSA
La superficie moyenne d'une salle de bains en France (80% sont sans ouverture). Source : LSA
L'évolution du marché 2009 de la salle de bains (1,45 MdE de CA total).Source : Afisb
Le recul des ventes (271 ME) de meubles de salle de bains pour l'année 2009. Source : Ipea
Les Français sont les plus gros consommateurs de cosmétiques. Il faut donc de la place pour tout ranger dans un espace qui n'est pas démesuré. Aussi, la bataille se joue-t-elle sur une proposition de rangements à la fois modulables et adaptés pour ces petits espaces. Meubles sous vasque, rangement en verticalité, mais aussi meubles de petites dimensions (faible profondeur) sont aujourd'hui proposés.
Ressource menacée, l'eau est aussi celle qui est la plus utilisée dans la salle de bains. Pour pallier cet antagonisme, les équipementiers, essentiellement de la robinetterie, travaillent sur la réduction de la consommation. Mousseurs et cartouche céramique, des solutions existent pour passer de 14 litres par minute à seulement 5, comme ce mitigeur PuraVida de Hansgröhe. De plus, qui dit moins d'eau dit également moins d'énergie pour la chauffer. Enfin, le traitement des eaux usées est aussi un axe de développement, de même que les douches en circuit fermé pour éviter le gaspillage.
Les fabricants et équipementiers se tournent de plus en plus vers des designers de renom. Ces collaborations permettent de présenter des collections hors du commun et de se démarquer de la concurrence. Delpha s'est associé aux Sismo ou très récemment à Jean-Charles de Castelbajac avec son modèle Play d'eau, Vitra à Ross Lovegrove, Axor (Hansgrohe) à Philippe Starck, Jean-Marie Massaud et Patricia Urquiola, ou Lido à Jean-Michel Policar.
La problématique de l'accessibilité et de la gestion des âges se posera de plus en plus dans les prochaines années. Puisqu'on renouvelle sa salle de bains en moyenne tous les 15 ans, la concevoir aujourd'hui pour un usage facile demain (en remplaçant la baignoire par une douche italienne par exemple) devient un enjeu. S'il faut aller plus loin, il est aussi possible de trouver aujourd'hui des solutions pour l'adapter au handicap... même s'il est vrai qu'un effort reste à faire en termes de design.

On la croyait vouée à se cacher, tapie au fond de nos logements. Eh bien non ! La salle de bains opère une mutation et suit l'exemple de la cuisine. Elle se montre, désormais, et sous ses plus beaux atours. On la retrouve dans les pages des magazines de décoration, parfaitement mise en scène. Un salon lui est dédié, Idéobain, qui s'est tenu à Paris du 9 au 14 février et a rassemblé plus de 200 exposants. Et pourtant, les Français ne la rénovent en moyenne que tous les quinze ans. De plus, l'Association française des industries de la salle de bains (Afisb) estime que le marché global recule de 8 % en valeur en 2009. L'explication de ce paradoxe ? Sur un secteur occupé à 75 % par la rénovation, et en période de trouble économique, les Français, s'ils ont le goût des jolies choses, ne sont pas forcément prêts à consacrer quelques milliers d'euros à refaire leur salle de bains. Le marché du neuf a, par ailleurs, fortement chuté, ce qui entraîne davantage le secteur à la baisse.

Apporter du rêve...

Pour redonner aux Français l'envie d'aménager leur salle de bains, fournisseurs et distributeurs fourbissent leurs armes, en leur vendant du rêve. Avec des mises en scène dans lesquelles ils pourront se projeter, comme la suite parentale, où la salle de bains, décloisonnée, ne fait plus qu'un avec la chambre, et ose se montrer. Même les grossistes s'y mettent, à l'image de Brossette Salles de Bains, un concept d'exposition créé il y a un an. « L'objectif est d'impliquer plus le consommateur dans son choix », explique Marie de Williencourt, chef de marché sanitaire de Brossette. Ce nouveau concept, avec ses cinq ambiances, répond bien aux besoins du client final de notre clientèle professionnelle. »

... en innovant

Le rêve, c'est aussi montrer des produits innovants, par leurs couleurs, leurs formes... Les fabricants l'ont compris, et font appel à de grands noms du design pour offrir des collections hors du commun. Philippe Starck, Patricia Urquiola, Matali Crasset, Ross Lovegrove... Les exemples se multiplient. « Travailler avec un grand designer et couturier comme Jean-Charles de Castelbajac nous a permis de proposer une version customisée de notre collection Influences d'aujourd'hui, tout en restant accessibles, explique Loïc Maumené, directeur commercial de Delpha (groupe Fournier). C'est aussi notre rôle de surprendre et d'apporter de la nouveauté. »

Au-delà du rêve, le consommateur est vite rattrapé par la réalité : il ne vit pas dans les pages glacées des magazines, et attend une solution adaptée à son cas. « En trois ans, nous avons totalement revu notre offre et rattrapé notre retard, indique Hervé Onfray, directeur de marché salle de bains de Lapeyre. Nous prenons de plus en plus en considération le client et sa façon d'évoluer, ses besoins, pour coller aux mieux à ses attentes. »

Adapter les produits aux diverses problématiques

Concrètement, les meubles commencent enfin à s'adapter aux usages. La profondeur est variable (de 34 à 60 cm), les modules sous meuble ou en colonne se développent, capables d'accueillir serviettes, maquillage et autres cosmétiques. La baignoire disparaît au profit de la douche, ou devient balnéo pour le bien-être. « Nos clients ont une problématique d'espace à aménager, raconte Sandra Jourdain, chef de produit salle de bains de Mobalpa. À nous de leur apporter conseils et solutions concrètes, qui allient esthétisme et praticité. »

Une approche humaine et environnementale

La vague écologique n'épargne évidemment pas la salle de bains, qui reste le lieu principal de consommation d'eau. Aussi, la robinetterie offre des solutions pour l'économiser, comme les mousseurs et limiteurs de débit... « Notre technologie EcoSmart pour douches et mitigeurs permet de réduire la consommation d'eau, sans pour autant renoncer au confort, indique Éric Losi, directeur marketing de Hansgrohe. De plus, moins d'eau signifie moins d'énergie nécessaire pour la chauffer, ce qui engendre des économies, un sujet auquel le grand public est sensible. »

Autre point sur lequel planchent les acteurs : l'accessibilité. Les maisons individuelles dont le permis de construire a été déposé à compter du 1er janvier dernier doivent disposer d'une salle d'eau accessible à une personne handicapée. Rendre la salle de bains compatible avec un handicap, ou à tout le moins utilisable par une population vieillissante, devient un véritable enjeu. « Mais, s'interroge Hervé Onfray, faut-il disposer d'une gamme spécifique, ou adapter l'offre existante ? » Certains acteurs, comme Cédéo, montrent la voie, en proposant des solutions modulables, utilisables par tous. Brossette prépare un catalogue en ligne avec les offres de ses partenaires. Mais il reste encore du travail pour proposer des produits fonctionnels « et » esthétiques.

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