La seconde vie des meubles et accessoires n'est plus un mythe

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Dossier La revente d'occasion et la mise en place de multiples filières de tri sont en train de bouleverser le cycle de vie des meubles et des équipements de la maison, qui sont réutilisés ou recyclés. Ces dispositifs, dont le coût n'est pas négligeable, répondent à l'évolution des modes de consommation et à une démarche plus responsable.

Avec son coin « bonnes trouvailles » ou son opération « Donnez une seconde vie à vos meubles », Ikea s’inscrit pleinement dans la tendance de l’occasion.
Avec son coin « bonnes trouvailles » ou son opération « Donnez une seconde vie à vos meubles », Ikea s’inscrit pleinement dans la tendance de l’occasion.

Ce n'est qu'une goutte d'eau par rapport aux volumes d'affaires de l'enseigne suédoise. Mais en deux mois, Ikea a repris et revendu dans ses magasins français pas moins de 9 410 meubles d'occasion. Ce test à grande échelle a d'ailleurs été tellement concluant qu'il sera désormais pérenne. Ce type d'initiatives a tendance à essaimer, et pas seulement chez le numéro un français du meuble. En ayant recours à l'occasion, le consommateur limite la fabrication de nouveaux produits, ce qui, par ricochet, a un impact favorable sur l'environnement, sans oublier un indéniable intérêt économique, un article d'occasion étant la plupart du temps moins cher que le neuf. Les jeux vidéo utilisent cette possibilité depuis longtemps, et les grands noms du textile commencent à se pencher sur des opérations de revente ou de collecte de vêtements, très porteuses en termes d'image .

  • 45% La part de déchets d'éléments d'ameublement réutilisés et recyclés fixée comme objectif par les pouvoirs publics d'ici à 2015
  • 40% La part de lampes vendues et usagées collectées en 2012
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  • 1 700 000 tonnes Le volume de produits mobiliers qui arrivent en fin de vie chaque année.
  • 23% sont recyclés, 22% sont incinérés et 55% sont mis en décharge
Sources : Eco-Mobilier, Recylum

Les pistes

  • Augmenter la durée de vie via le réemploi
  • Améliorer la reprise et la collecte des meubles, éléments et accessoires
  • Intégrer des matériaux recyclés dans les processus de fabrication des objets neufs

Les freins

  • L'achat d'occasion n'est pas encore naturel pour nombre d'enseignes
  • Le recyclage nécessite des filières logistiques dont la mise en place est plutôt longue
  • Le coût des écotaxes qui viennent en complément du prix de vente

Pour Ikea, l'opération intitulée « Donnez une seconde vie à vos meubles » a pour objectif « d'accompagner les consommateurs à adopter un mode de vie durable et responsable tout en faisant des économies » et de valoriser le réemploi des meubles pour « optimiser la durée de vie des produits ». Elle permet aussi, de manière ingénieuse, de fidéliser ses clients, le règlement étant effectué sous forme d'une carte-cadeau... à utiliser dans le magasin. Mais surtout, ne préfigurerait-elle pas de nouvelles pistes de consommation plus respectueuses de l'environnement et des attentes des clients ?

 

Favoriser l'écoconception à court et moyen termes

Maintenant que les incontournables du développement durable sont de mieux en mieux gérés (consommation d'énergie, logistique et transport), les efforts ont tendance à se déplacer sur le champ du produit lui-même, un chantier plus vaste et plus ardu. La revente « de seconde main » est en plein essor, puisque, selon l'Ademe, le nombre de structures d'emploi et de réutilisation (tous produits confondus) a explosé entre 2010 et 2012, passant de 1 619 à 4 943, avec un poids prépondérant des petits indépendants. L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie pointait, dans un récent rapport (chiffres 2011), que seuls 10% des biens arrivant en fin de vie étaient réemployés.

 

Réduire les déchets et « écoconcevoir »

Mais les lignes bougent avec, typicité française, la multiplication des filières de tri et de recyclage pour les biens de consommation, allant des emballages aux piles en passant par les ampoules et, derniers en date, les éléments d'ameublement. Sous l'impulsion des pouvoirs publics, et avec l'aiguillon de la réglementation (la peu connue mais contraignante « responsabilité élargie des producteurs », qui étend la responsabilité des entreprises jusqu'à la gestion de la fin de vie des produits qu'elles vendent), ces filières sont chargées de gérer la collecte, le tri et le recyclage. Leur but est de mieux gérer le flux de déchets, mais aussi de participer à l'écoconception des produits, le nouveau sujet incontournable, à en juger par l'intérêt qu'il suscite.

La filière de l'ameublement, qui dispose de son éco-organisme et d'une écotaxe associée, va ainsi devoir réduire drastiquement les volumes de déchets enfouis dans les prochaines années, et incorporer de plus en plus de matières issues de produits en fin de vie dans les meubles sortant des chaînes de fabrication. « Nous savons tous que la matière première sera plus chère demain. Il faut donc exploiter les matériaux mis au rebut. Et le but ultime de la filière, c'est de favoriser l'écoconception, de travailler avec moins de matières, des produits plus compactés... », indiquait-il y a quelques semaines à LSA Jean Louis Baillot, président d'Éco-Mobilier.

 

Des incidences en termes de finances et d'emploi

En matière de développement durable, l'argument financier et l'emploi font partie du tableau d'ensemble, compte tenu des opportunités nouvelles qui s'offrent. Avec l'obligation de reprise de certains déchets d'ameublement, qui devrait assurer un flux minimal de volumes, le groupe Cauval (literie Dunlopillo, Simmons, Treca, Steiner) s'est même décidé à investir en 2012, pour reconvertir son site de Flaviac. Situé en Ardèche, ce site est devenu la première usine française de retraitement des produits de literie en fin de vie, qui entreront dans la composition de matelas flambant neufs.

Hervé Grimaud, directeur général de Recylum* « Enseignes et consommateurs concernés à égalité »

LSA - Comment la collecte et le recyclage des lampes sont-ils perçus, selon vous qui êtes en contact avec 4 000 GSA et GSB ?

Hervé Grimaud - Depuis deux ans, la collecte d'ampoules usagées en grande distribution explose, avec une augmentation de plus de 50% par an. J'ai même reçu très récemment un appel de la part d'un distributeur indépendant qui souhaitait avoir des renseignements sur le recyclage des lampes à leds, pour tenir compte dans sa politique d'achat de l'impact environnemental des ampoules sur l'ensemble de leur cycle vie. La collecte des lampes usagées en magasin devient pour le distributeur quelque chose de valorisant, qui s'immisce dans l'acte d'achat.

LSA - Quels sont les leviers pour généraliser les opérations de collecte auprès de tous les publics ?

H. G. - Quand nous abordons ce genre de thématique avec les enseignes, la porte d'entrée c'est le développement durable, mais très vite le public concerné s'élargit, puisque cela tombe sous la responsabilité du responsable maintenance du magasin, du responsable rayon éclairage, du responsable de la sécurité, etc. Le consommateur n'est pas le seul concerné ! Nous lançons par ailleurs cette année une grosse opération de sensibilisation au recyclage des enfants des écoles primaires de France. Il n'y a pas de meilleur prescripteur !

* Éco-organisme en charge de la collecte et du recyclage des lampes usagées et des équipements électriques et électroniques professionnels.

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Article extrait
du magazine N° 2282

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