[Édito] La souveraineté en question

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yves puget

La guerre qui sévit en Ukraine démontre la même lacune de notre économie que la pandémie de Covid-19. Dans les deux cas, il est légitime de s’interroger sur la souveraineté française. C’est ainsi que nous avons appris début 2020 que nous ne fabriquions plus de paracétamol sur notre territoire et que tous les masques, ou presque, venaient d’Asie ! Quant au conflit avec la Russie, il évoque, une nouvelle fois, cette question de la souveraineté. Bien sûr, il n’est pas question de penser que la France peut vivre en autarcie. Point de pétrole ni de café chez nous !

Reste que le temps de la mondialisation heureuse s’effrite et qu’il va falloir déterminer ce qui est stratégique et ce qui ne l’est pas. Les produits qui garantissent notre indépendance et qu’il faudra coûte que coûte produire pour une forme d’autosuffisance. Ceux pour lesquels on sait que la production tricolore ne suffira jamais mais dont il faudra maîtriser les filières d’approvisionnement. Et ceux dont on décidera qu’ils ne sont en rien essentiels, non qu’ils relèvent du luxe mais parce qu’ils ne sont pas vitaux pour notre économie.

La France n’échappera pas à ce grand débat. En ne tombant pas dans les facilités habituelles (avec quelque grande conférence dénommée ­systématiquement Grenelle de quelque chose). En arrêtant cette logique de décroissance souhaitée par la stratégie européenne Farm to Fork (qui impose 4 % de jachères sur les terres cultivables). En ne se réfugiant pas derrière la seule question de défense du pouvoir d’achat pour ne rien faire (si des prix montent, d’autres peuvent ­baisser). En n’imaginant pas que de nouvelles taxes résoudront tous ces problèmes et en saisissant qu’il est urgent d’en réduire certaines (impôts de production…). En comprenant que trop de nouvelles normes sur les acteurs économiques finissent par créer de la distorsion de concurrence. En se posant la question de la surtransposition des normes européennes qui engendrent, notamment, des coûts supplémentaires pour les agriculteurs. En approchant, au niveau de l’État, des pays qui ont les moyens d’augmenter leurs capacités de production (comme le Maroc, l’Algérie et l’Égypte pour les engrais). Et à l’inverse, en aidant des pays qui importaient beaucoup de blé ukrainien, dont l’arrêt de production aura, sans aucun doute, un effet considérable sur l’offre et la demande et donc sur les cours, qui pourraient atteindre jusqu’à 500 € la tonne. En acceptant de changer quelques règles du jeu, par exemple avec la TVA sociale. En expliquant clairement aux Français l’intérêt de cette forme de patriotisme économique et de son enjeu.

Mais attention de ne pas croire que la France décide seule de son avenir. Elle ne peut guère échapper à la Commission du codex Alimentarius, à l’OMC et aux accords commerciaux bilatéraux. Sans oublier la politique agricole commune et les politiques commerciales européennes. Ces crises démontrent à quel point l’UE doit remettre, elle aussi, la souveraineté au centre de ses préoccupations. Cet enjeu de reconquête passe par une vision stratégique à long terme. Autrement dit, il est urgent, à Paris comme à Bruxelles, de donner des lignes directrices et de s’en donner les moyens dans le temps. 

ypuget@lsa.fr@pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2690

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