La tendance Conso : vive les superaliments!

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Racines, microalgues, écorces d'arbre et autres sont l'objet d'un engouement qui touche une population de plus en plus nombreuse, en quête de bien-être, mais aussi d'un monde meilleur.

© ILLUSTRATION ANNE SIMON

Rue des Vinaigriers, dans le Xe arrondissement de Paris. À deux pas du canal Saint-Martin, le Bar des Artisans est une invitation à la découverte de saveurs gustatives. Dans cet espace où les tables sont serrées et où l'on s'assoit sans façon sur des tonneaux qui ont servi au transport de poudres et d'épices, on peut boire un verre : un cocktail d'algue bleue ou de maïs mauve, par exemple. On peut grignoter quelques crackers élaborés à base de poudre de spiruline ou se régaler de madeleines à la caroube. À la carte, une cuisine du marché exclusivement végétalienne et qui, spécificité du lieu, intègre une large part de superaliments. Il peut s'agir de racine comme la Maca.

QUI CONSOMME DES SUPERALIMENTS ?

Une population aisée et senior dotée d'un pouvoir d'achat important et soucieuse de sa santé. Des consommateurs militants du bio depuis la première heure. Mais aussi une population jeune qui, de par ses différents voyages, se montre ouverte à la découverte gustative et en quête d'alternatives alimentaires, dans un souci de préservation de l'environnement.

Il y a plus de quatre mille ans, les habitants des hautes montagnes du Pérou en consommaient déjà. La teneur élevée en nutriments rares leur procurait, paraît-il, force entrain et vitalité. Il peut s'agir de liane, comme la Griffe du chat. Originaire d'Amazonie, cette liane dont le bois utilisé en décoction nettoie l'organisme, soulage le foie et renforce les défenses naturelles. Ou de micro-algues, comme la spiruline dont la culture se développe dans le monde, y compris en France et qui, par sa teneur élevée en protéines, aide à lutter contre la malnutrition.

Maître du Bar des Artisans et fondateur de Voy Alimento, entreprise spécialisée dans la commercialisation de superaliments, Jean-François Hämmerle a découvert le potentiel de la botanique sud-américaine au cours d'un séjour au Pérou de neuf ans. Passionné de textes anciens, il s'amuse à reconstituer des recettes comme le « xocolatl », une boisson aztèque à base de cacao. « Découvert depuis peu par les chercheurs en nutrition, le monde des superaliments nous permet d'adopter des aliments santé originaux, de surprendre nos amis en laissant libre cours à notre créativité culinaire et, surtout, d'aborder l'alimentation en sortant des sentiers battus en matière de plaisir gustatif et de besoins nutritionnels », écrit Christine Josifoff-Gautier dans Cahier du Naturopathe « Cacao cru, l'aliment des dieux ».

Jeunes ou âgés, anxieux quant aux risques de cancer et de maladies cardiovasculaires que peut générer une alimentation trop riche, les consommateurs de superaliments dénoncent les excès des sociétés industrielles, et sont ouverts à d'autres cultures. Gorgés d'histoire, de savoirs ancestraux et d'enjeux futurs, les superaliments répondent à toutes leurs attentes.

QU'EST-CE QU'UN SUPERALIMENT ?

Un superaliment est une plante, un fruit, une algue ou un légume connu et utilisé dans l'alimentation traditionnelle des divers peuples de la terre. L'origine de ce superaliment est presque toujours liée à un mythe fondateur ou à un épisode important dans l'histoire des populations vivant là où il croît à l'état sauvage ou est cultivé. Il est utilisé comme aliment, remède, baume, et entre souvent dans la préparation de mets, boissons au quotidien ou lors de cérémonies, rituels et fêtes. Dans ces cultures traditionnelles, l'aliment, le sacré, le remède, l'histoire, les racines culturelles se rencontrent et tissent des liens à maintes occasions [...]

Extrait du Cahier du Naturopathe de Christine Josifoff-Gautier : « Cacao cru, l'aliment des dieux ».

Traversée de l'Atlantique 

Cet engouement est né aux États-Unis il y a une dizaine d'années. « Au départ, on ne parlait pas de superaliments mais de superfruits », précise Béatrice de Raynal, présidente du cabinet Nutrimarketing. Lorsque les Américains ont découvert que la richesse en nutriments de fruits et légumes comme la canneberge, l'açaï, la baie de goji ou le champignon shiitaké. « Il y a eu une véritable course à l'armement de la part des producteurs qui ont su mettre en avant les qualités de ces produits », poursuit Béatrice de Raynal. Un effet mode qui a traversé l'Atlantique avec un temps d'appropriation plus ou moins long. Ainsi la canneberge au goût acidulé, astringent et âpre, est très connue en Grande-Bretagne et en Amérique du Nord, alors qu'en France elle était peu prisée avant 2000.

Bien loin de la forêt amazonienne, ces superaliments intéressent l'industrie agroalimentaire. En témoigne la mutliplication de jus à base de grenade, d'açaï et autre fruit miraculeux. Récemment, Nestlé a lancé une gamme de céréales baptisée Nestlé Plus avec une référence riche en antioxydants. « Le marché des superaliments est promis à un bel avenir et se révèle très intéressant sur le plan nutritionnel, à condition de ne pas sombrer dans le charlatanisme », juge Béatrice de Reynal. Le récent coup de frein de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) portant sur les demandes d'allégations sur les antioxydants fait sans nul doute office d'avertissement...

COMMENT SONT-ILS CONSOMMÉS ?

Gélules, comprimés, ampoules... À l'origine des superaliments tels que nous les connaissons en Occident, un usage purement fonctionnel et une dimension presque pharmaceutique. Mais depuis quelques années, les industriels de l'agroalimentaire, soucieux aussi de redorer leur blason sur le plan nutritionnel, intègrent dans la composition de certains de leurs produits un pourcentage - souvent très infime - de superaliments. Résultat, pâtes à la spiruline, jus d'açaï, céréales de petit déjeuner aux effets antioxydants figurent en bonne place dans les rayons diététiques des grandes surfaces. Bien loin de l'environnement culturel du superaliment. Mais qu'importe si ces produits font assurément du bien...

 

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Article extrait
du magazine N° 2179

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