La VAE, un outil qui gagne à être connu

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Valider son expérience par un diplôme: pour certains, la VAE permet d’obtenir le sésame raté plus jeune, pour d’autres, de faire redémarrer sa carrière. Dans les deux cas, c’est un pari gagné pour le salarié et gagnant pour l’employeur.

Les amateurs d’acronymes pourraient dire que la VAE est un Ovni! Un objet non identifié par la plupart des salariés, et qui, pourtant, a fait l’objet
d’une loi en 2004. Et que quelques distributeurs, qui se comptent sur les doigts d’une main, utilisent. Des grands, comme la Fnac, Conforama, Carrefour ou Auchan, et des moins grands, comme Natures & Découvertes.

VAE, comme validation des acquis de l’expérience. Traduction : permettre à des employés et à des cadres de compléter leur formation en validant leurs compétences devant un jury de professionnels. Conditions requises sur le papier : trois ans d’ancienneté minimum.

En réalité, l’essentiel est d’être motivé, car cela demande forcément beaucoup de travail personnel (vingt à vingt-cinq heures par semaine), le
soir et les week-ends, en plus de sa semaine classique. Liliane Trinquart, 52 ans, en sait quelque chose. « Mes trois enfants avaient fini leurs études, j’avais envie d’en faire pour moi, raconte cette autodidacte, qui a quitté l’école à dix-sept ans, en charge des produits techniques à la Fnac de Rennes, après vingt-cinq ans de service chez l’agitateur culturel. J’ai travaillé tous les soirs après mon travail et certains samedis et dimanches pendant six mois pour passer mon bac pro. » Et elle l’a eu, en novembre 2010. «Un joli cadeau de Noël », conclut celle qui rêve maintenant de passer un BTS.

 

«Ce n’est pas un sous-diplôme»

Pendant ces six mois, son entreprise a rémunéré sa formation, ses déplacements, et mis aussi à sa disposition un «coach» qui pouvait
l’entraîner en vue du grand oral devant un jury composé de professeurs de l’Éducation nationale, mais aussi de responsables RH. « La VAE ne donne pas un sousdiplôme, mais un vrai, qui permet aux salariés d’améliorer leur “employabilité ”, et aux entreprises de canaliser la formation et de motiver les personnes, assure Dominique Brard, DRH de la Fnac depuis un mois et demi. Nous, cela nous permet aussi de mieux identifier les talents et de limiter le turnover. »

La Fnac a ainsi fêté son 400e « diplômé VAE » en juin. Cette année, 36 personnes y ont eu droit, dont la moitié en bac pro, huit en BTS et huit en licence ou en master. Montant de l’investissement: 200 000 € par an. En matière de VAE, il n’y a pas de profil type. Seulement un âge, autour ou plus de 40 ans, bref l’âge de la remise en question. « Cela va des cadres de magasins, qui veulent devenir agents immobiliers, aux chefs de rayon, qui souhaitent compléter leurs diplômes pour être au même niveau que les nouveaux embauchés », précise Corinne Dion, conseillère VAE à l’Institut du marketing et du management de la distribution (IMMD), qui forme des salariés de Carrefour, d’Auchan ou de Conforama. La VAE apparaît complètement adaptée à la grande distribution, qui regorge de personnes peu diplômées.

 

Parcours du combattant

Pour certaines enseignes, c’est aussi une manière de compléter la formation des salariés. Comme Natures & Découvertes. « Notre personnel a toujours la fibre environnementale, mais pas forcément des diplômes directement liés au commerce, explique Valérie Azra-Auligné, responsable du recrutement et du développement professionnel de l’enseigne, qui emploie 1000 personnes en France. La VAE nous a tout de suite intéressés pour leur donner une compétence commerciale et valoriser leurs acquis. » Quelques dizaines de collaborateurs y ont droit chaque année, des vendeurs qui postulent à des diplômes bac+2 aux directeurs de magasin qui visent des master 1 ou 2.
Encore faut-il réussir le parcours du combattant: monter le dossier, convaincre son entreprise de participer au financement, accepter de doubler ses journées… « Beaucoup font la première démarche, puis se découragent », note Claire Vizzolini, senior manager ressources humaines chez Kurt Salmon.

Environ 20% des postulants jettent l’éponge. La Fnac ou Natures & Découvertes accompagnent leurs salariés dans la démarche,
humainement et financièrement. Coachs en interne ou tuteurs dépendants de l’université entraînent les candidats. Le coût (de 7000 à
8000 € par personne) peut être pris en charge entièrement par l’entreprise (la Fnac), ou partiellement (Natures & Découvertes, où 10% sont laissés à la charge du salarié).

Et après ? « Dans le meilleur des cas, une proposition de poste au retour du salarié », poursuit Claire Vizzolini. Nicholas McBride a eu cette chance. Ce responsable qualité des process à la supply chain chez Conforama a pris goût à la VAE. À 39 ans, il a eu envie de reprendre des études et a contacté l’IMMD. Il s’est lancé dans une licence de sciences de gestion et administration des affaires. Puis, un master 2, qu’il va
soutenir en 2012. « Cela m’a aidé grandement dans ma vie professionnelle, car j’ai acquis de nouvelles compétences en termes de gestion et sur internet », souligne-t-il. Et lui a permis aussi, à son retour, de prendre la responsabilité d’une plate-forme logistique de 42 000 m² à Brie-Comte-Robert (77). De retour dans l’entreprise, le salarié nouvellement formé a un oeil plus aiguisé sur le fonctionnement interne. « Il a plus de recul, note Valérie Azra-Auligné. La VAE facilite les progressions, mais aussi les départs. » Une manière de redémarrer une carrière.

Faire une VAE permet de se relancer sur le plan professionnel. J’ai acquis de nouvelles compétences, dans le domaine de la gestion et d’internet. Mais il faut s’accrocher, cela demande beaucoup d’investissement personnel.

Nicholas McBride, 43 ans, responsable de site chez conforama

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Article extrait
du magazine N° 2191

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