Marchés

LA VALSE DES GIGAOCTETS

|

Nombre de supports de stockage de l'informatique se sont étendus à l'électronique avec l'avènement du numérique. D'où l'émergence de concepts nouveaux et de marques inconnues.

Cartes mémoire sautant allégrement de PC en PDA, d'appareil photo numérique en téléviseur, de caméscope en lecteur DVD. Platines de salon DIVX accueillant des films pirates gravés sur PC. Caméscopes à DVD. Baladeurs audio et vidéo à disque dur. Si le terme de « convergence », parfois galvaudé, a perdu de son attrait, l'émergence de supports de stockage universels, communs à toutes les familles de l'électronique de loisirs, ne fait, elle, guère de doute. Et tandis que les analystes égrènent la liste, sans cesse changeante, des produits qui participent à la croissance des ventes, une tendance de fond traverse toutes les familles, au point de devenir parfois un argument en soi : la capacité de stockage.

Le disque dur pour faire la différence

Illustration avec le plus bel exemple : l'iPod d'Apple. Constructeur informatique minoritaire occupant une mince niche sur le marché des ordinateurs, Apple surfe depuis quelques mois sur l'incroyable succès de son baladeur numérique. Au point, souligne GfK, de réaliser en 2004 la deuxième meilleure progression de chiffre d'affaires de l'électronique grand public (EGP). « Apple est pourtant arrivé tard sur ce créneau du MP3, note Lonnie Arima, directeur général en charge de la distribution chez le fabricant de disques durs Western Digital. Mais il y a apporté une innovation : le disque dur, qui permet à son produit de se distinguer par son énorme capacité de stockage. » Le succès, immédiat, dure encore. Et s'il doit beaucoup au savoir-faire d'Apple, le moyen de stockage choisi a également sa part. « Le disque dur est vraiment le support qui a le vent en poupe, analyse Olivier Van Wynendaele, directeur marketing de Toshiba France. Vous le trouvez déjà dans des baladeurs, demain dans des téléviseurs pour enregistrer les chaînes numériques, dans des téléphones, dans les voitures... C'est la solution idéale face à la mémoire flash trop limitée en capacité et aux disques optiques, trop lents. »

Trop lents ? Les disques optiques - CD, DVD et leurs évolutions en cours - sont pourtant loin de se faire oublier. Avec une bonne nouvelle, même si elle vient bien tard : la fin des guerres de formats entre DVD enregistrables. Après bien des conversions, c'est au tour de Panasonic d'annoncer la compatibilité de ses enregistreurs avec le DVD + R de Philips. Si bien que le casse-tête des consommateurs confrontés aux formats + R, - R et -Ram n'a plus vraiment lieu d'être. Du moins pour la génération d'enregistreurs actuels, car, déjà, les DVD de haute capacité sont annoncés (pour la fin de cette année en Europe), et il faudra choisir entre deux nouveaux standards incompatibles, le HD DVD et le Blu Ray... Histoire sans fin ? « Les constructeurs lancent des formats en permanence parce que le véritable enjeu, c'est la licence qui les accompagne, constate Hartmut Kulessa, responsable marketing Europe de TDK. C'est une source de revenus formidables. D'ailleurs,Philips pourrait arrêter de fabriquer des CD et des DVD, il gagnerait plus d'argent en touchant ses royalties. »

Un savoir-faire marketing

Autre corollaire à l'apparition de concepts et de technologies nouvelles : l'émergence soudaine de marques inconnues, ou venues d'univers différents. Comme Apple dans les baladeurs audio, mais aussi Packard Bell, devenu en un an le numéro un des baladeurs MP3 à mémoire flash. Le secret ? Un savoir-faire marketing avant tout puisque, comme on le rappelle chez GfK, « tout fabricant est capable de se lancer sur des segments digitaux grâce à une grande facilité d'accès aux sources de fabrication ». Une analyse que Vincent Arnault, directeur produits vente d'équipements chez Auchan, reformulait plus brutalement lors de la Rencontre LSA consacrée, le 22 mars, à l'EGP : « Tout le monde, marque ou non-marque, fait aujourd'hui fabriquer ses produits en Chine. Le concept du PC où les marques sont des assembleurs de composants s'est exporté à l'EGP. Dès lors, le meilleur fournisseur devient celui qui assemble le mieux et le moins cher. Nos assortiments vont intégrer de plus en plus de produits d'import et de marques chinoises. Notre rôle ne sera plus d'être exhaustifs mais de faire notre marché dans ce qui existe, d'être des sélectionneurs. »

Le phénomène a déjà pris une certaine importance, avec la percée de marques comme Lite On ou Kiss sur les platines DIVX, Neovia sur les écrans plats. À charge pour les revendeurs de rassurer des clients qui, dans le doute, accorderaient plutôt leur confiance à Sony, HP, Philips ou Pioneer. Confiance que Vincent Arnault juge d'ailleurs assez flageolante : « Contrairement à ce qu'on peut croire, le consommateur ne suit absolument pas la course technologique qui s'est engagée. Il faut que la profession intègre cette idée, il faut venir en magasin écouter les questions que posent les clients ! » Madame Michu aurait-elle perdu pied ?

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter