La vidéosurveillance gagne en intelligence

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Couplées à l’intelligence artificielle, les caméras ne servent plus uniquement à la sécurité.Elles deviennent aussi des outils marketing pour travailler sur l’expérience d’achat.

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GUJ0128517.jpg© © Julie Guiches / Picturetank

L’intelligence artificielle offre au commerce une nouvelle façon de travailler. De prime abord, on pense à la gestion de la data et à la personnalisation de l’offre. Mais toutes les fonctions de back-office bénéficient aussi de ces progrès techniques, comme la vidéosurveillance. Désormais, une caméra ne sert pas uniquement à diffuser des images à un PC sécurité. La reconnaissance d’images permet de créer des scénarios pour répondre à une situation précise.

Si on reste dans la fonction sécurité pure, Axis Communications s’est associé avec l’entreprise Milestone, afin de rapprocher un ticket de caisse et une image ou, autre possibilité, pousser des images au PC sécurité dès lors qu’un produit onéreux est acheté en caisse libre-service. Cela participe à la lutte contre la démarque inconnue. Enfin, au salon Équipmag, l’entreprise a présenté une nouveauté qui associe vidéo, reconnaissance d’images et haut-parleurs. L’idée consiste à automatiser la diffusion de messages contextuels, en lien avec la sécurité, ou non. « Le système peut servir à diffuser de la musique, et si la vidéo détecte, par exemple, qu’une issue de secours est bouchée, il annoncera tout seul qu’un agent de sécurité doit se rendre à telle porte, explique Azad Khamooshi, en charge du développement chez Axis Communications. Les haut-parleurs s’alimentent avec un seul câble, et ils fonctionnent individuellement ou collectivement. Autrement dit, le message peut se faire sur une seule enceinte ou sur une certaine zone. La gestion se fait via un portail web et, en quelques clics, on crée son réseau d’enceintes et on définit les messages. »

Floutage automatique

Chez TEB, entreprise française également spécialisée dans la vidéosurveillance, on propose aussi de la reconnaissance d’images pour détecter les intrusions. Les caméras suivront ainsi tout le chemin de l’intrus jusqu’à son interpellation. Mais depuis deux ans, la société ajoute des fonctions marketing à la vidéosurveillance. « Nous mutualisons les services en proposant de l’analyse de flux, détaille Marion Savoy, directrice marketing de TEB. Tous les magasins disposent de caméras de sécurité à l’entrée. En exploitant les images, cela évite d’investir dans des portiques pour le comptage. Et cela allège aussi l’entrée des boutiques. Nous analysons les flux entrants et sortants. Où se dirige un client quand il se présente dans le magasin, quelles sont les zones chaudes et froides. Nous remontons de la donnée aux distributeurs, afin qu’ils puissent appréhender le comportement des consommateurs. Et nous disposons d’une fonction automatique de floutage des visages avec notre offre Prynshop, afin qu’ils puissent disposer d’images pour une approche contextuelle. C’est la grande force de la vidéo, il n’y a pas d’interprétations possibles. »

En effet, les règles sont très claires, les images ne peuvent pas être en libre accès. Seules les personnes en charge de la sécurité et les dirigeants peuvent y accéder, et leurs noms doivent être communiqués à la Cnil et indiqués en magasin. Par ailleurs, « seules les données rendues anonymes peuvent être utilisées, sinon, cela devient un panel et les clients doivent signer une décharge », précise Marion Savoy.

Chez NeoSensys, la data est aussi remontée depuis la vidéo. L’offre Data Sense a été lancée sur Équipmag. Il s’agit, là aussi, d’exploiter un réseau de caméras déjà en place, et d’envoyer aux distributeurs des tableaux de bord issus des informations collectées.

Affiner l’implantation

« En business intelligence, on ne voit jamais les images, précise Anne-Lise Le Maître, responsable intelligence commerciale chez NeoSensys. Les informations mesurent la performance des allées ou des têtes de gondoles, qualifient la fréquence, ou encore comptabilisent les arrêts, pour définir le meilleur parcours d’achat. »

NeoSensys a mis en place un pilote dans un supermarché de la région niçoise depuis environ un an. Par exemple, l’allée du petit déjeuner a été analysée. Celle-ci est divisée en portions et, grâce aux images, il est possible d’identifier devant quelles zones les clients s’arrêtent le plus. Or, dans ce magasin, il y a un poteau implanté environ au tiers de l’allée. La vidéo a mis en évidence que les consommateurs n’allaient que peu au-delà de cet obstacle physique. « Les images permettent de recalculer la visibilité des portions et d’implanter les produits en fonction, détaille la responsable de NeoSensys. L’analyse des têtes de gondoles est aussi intéressante et, selon son emplacement et les produits présentés, la fréquentation change. La vidéo délivre énormément d’informations précieuses. »

Sur le prix de telles solutions, les fabricants restent discrets. Chez TEB, il s’agit d’un surcoût sur la licence, tandis que NeoSensys réalise des prestations sur mesure, le tarif variant selon les données. En revanche, ils s’accordent à dire que la facture est réduite grâce à la mutualisation du matériel. Mais le principal frein au déploiement de ces outils reste de faire communiquer des services qui ne se parlent jamais, à savoir la sécurité et le marketing.

Analyse du trafic

Qualifier le trafic en magasin n’est pas nouveau, mais le faire à l’aide des caméras permet de gagner en précision. Il est possible de suivre le parcours des clients devant la vitrine, quand ils franchissent la porte et même dans les allées. Ce service, proposé par NeoSensys ou encore TEB, permet aux distributeurs de travailler l’implantation de leur magasin, et d’identifier les zones chaudes et froides.

Envoi automatique de messages

Coupler la vidéo aux haut-parleurs, voilà la dernière innovation d’Axis Communications. Cette liaison permet de diffuser automatiquement des messages vocaux, dans une ou plusieurs enceintes. Ainsi, si un client entre par une sortie, le système diffusera un message pour l’informer qu’il se trompe de sens. Autre usage, si une allée est encombrée, on demande à un vendeur de s’y rendre pour la dégager.

Détection des files d’attente

Diminuer l’attente en caisse reste un enjeu permanent pour les distributeurs. Avec la vidéo, il est désormais possible de savoir en temps réel le nombre de personnes qui patientent. La société TEB a couplé cette analyse à l’envoi d’alertes dès lors qu’une file d’attente devient trop longue. Le manager peut alors prendre la décision d’ouvrir de nouvelles caisses.

Que dit la Cnil ?

La CNIL n’interdit pas le comptage ou l’analyse de trafic, mais s’oppose à la création de fichiers avec une segmentation des clients précise. Les consommateurs doivent être informés, au moyen de panneaux visibles, de l’existence du dispositif, de son responsable, et des modalités d’exercice de leur droit d’accès aux enregistrements visuels les concernant. En revanche, les images ne peuvent pas être en libre accès, seuls les responsables de la sécurité ou la direction du magasin peuvent les visionner.

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Article extrait
du magazine N° 2430

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